
chronique · 30 mars 2013 · Rock / Folk
Mudhoney
Vanishing Point
Après 25 ans de bons et bruyants services, Mudhoney est toujours là, avec pour objectif principal la jouissance sans entrave pour eux et leurs disciples.
par Mattooh
Et comme à chaque nouvel album, on s’attend à se prendre une rouste réconfortante et se demander comment ils parviennent à sonner si frais, authentique et en fusion après tant d’années de pratique et d’albums aux ventes modestes. J’aimerais chroniquer Vanishing Point en roue libre, joindre l’unanime enthousiasme entourant sa sortie, et m’enfiler cet album en boucle pendant quelques mois d’un bonheur rock sans nuage.
Tout cela va à peu près se produire.
Mais au milieu de ce concert de louanges, permets-moi quand même de venir faire ma mauvaise tête : pour la première fois, Mudhoney (nouvel onglet) sonne vieilli. A la découverte du disque uniquement, certes, car ce sentiment s’estompe rapidement sous le coup des estocades portées par un pack guitare/basse/batterie toujours aussi affûté et jubilatoirement puissant. Les lignes de chant de Mark Arm se contentent en revanche trop souvent de déclamations en mode automatique, les gueulantes et mélodies se faisant plus rares et on y entend parfois du Stooges rentier des dernières années, tu sais, celui qui daube l’infirmité, les mauvais festivals du sud de la France et la nostalgie rance.
Bon, rassure-toi : le moteur de la machine bastonne toujours aussi joyeusement (Chardonnay, The Final Course, Douchebags On Parade… tout, en fait). Mais on ne m’ôtera pas de l’idée que ce Vanishing Point ne lèguera pas de nouveaux classiques comme le précédent et fantastique album (The Lucky Ones). Où sont les successeurs de The Open Minds, Tales Of Terror et I’m Now ? The Finale Course, Douchebags On Parade, vite fait ? Sûrement pas le trop facile et un brin agaçant single I Like It Small en tout cas, qu’on aime évidemment pour le message martelé sur le refrain mais ce sera tout.
Heureusement, les midtempi souples et badigeonnés de coolitude sont bien là (Sing This Song Of Joy, What To Do With The Neutral). On regrette un peu les cuivres de Since We’ve Become Translucent ou Under A Billion Suns, mais en live le groupe n’en a jamais eu besoin pour irradier une foule de sa vista garage-grunge. Et une chose continue d’époustoufler avec Mudhoney : ce savoir-faire instrumental que nos jeunes négligent, ce LegoTM de cordes et de toms qui s’emboitent au millimètre pour créer un chaos si délectable. Dès les premières secondes d’In This Rubber Tomb ou I Don’t Remember You, on sourit à l’idée rassurante du retour des patrons. Et le voilà, le réconfort : au fil des écoutes, ce disque se révèle être l’assemblage hi energy haut de gamme qu’il devait être. Mudhoney transpire toujours un rock dopé à la soul dopée au punk, et ce n’est pas prêt de changer.
Pardonnons donc à Mark Arm d’avoir été moins inspiré cette fois-ci en studio, puisqu’en live la sanction est la même depuis 25 ans, et il l’a encore démontré dans les jardins de la Villette Sonique en 2012. C’est bien les Stooges turgescents de la grande époque que Vanishing Point évoque au final, et non pas leur cauchemardesque contemporain. Tout cela sur Sub Pop, le label historique, et en dépit de la merde ambiante, comme il en a toujours été ; Vanishing Point, ce mal nommé.






Brasser la merde