
chronique · 14 mars 2013 · Rock / Folk
Clutch
Earth Rocker
Clutch est au rock ce que le hamburger gourmet est à la nourriture : excessivement ricain et toujours saturé en gras, mais plus évolué que la moyenne et tellement bon, bordel de merde.
par Mattooh
Après deux albums teintés de blues et plusieurs années de tournées intensives, Clutch (nouvel onglet) est retourné en répète sans trop se poser de questions (c’est pas le genre de la maison), mais ce long break discographique (4 ans, du jamais vu à leur échelle) a abouti à une remise à plat du son. La puissance de Pure Rock Fury et Blast Tyrant est de retour, et le groove n’est pas mis de côté mais il a pris pas mal de kilos. En plus d’un orgue parfois un peu envahissant, les excellents boogies de From Beale Street To Oblivion souffraient de guitares trop faiblardes et Earth Rocker donne quelque peu envie de les entendre renaître avec une production aussi balèze. Ce son, justement, c’est le producteur Machine qui en est responsable, lui qui avait déjà produit Blast Tyrant, disque référence du groupe et pivot dans sa carrière puisque c’est le succès du single The Mob Goes Wild qui a fait décoller le groupe aux USA, puis en Europe. Pas de mystère, hein.
Il flotte donc comme un parfum de redite sur Earth Rocker, qui est bien l’enfilade espérée de riffs massivement efficaces, de refrains testostéronés et de grooves à l’enclume. La lourdeur des charges est toutefois inédite, sans qu’on ne puisse pour autant parler de métal et ça c'est salement streets ahead, bonhomme ; Unto The Breach, Cyborg Bette et The Wolf Man Kindly Requests… assomment, l’obésité du son impressionne. A un seul moment, les amplis sont débranchés pour laisser se dégourdir les automatismes blues : bonne idée, Gone Cold casse le rythme mais pas le feeling de l’album. Cowboy ténébreux, ce genre.
Parfois les refrains passent un peu au chausse-pied (D.C. Sound Attack!), mais Clutch ne nous a jamais promis la finesse ; plutôt les déclamations un peu balourdes de Neil Fallon et les guirlandes de riffs frits de Tim Sult, et tu vas être servi avec Earth Rocker. La doublette introductive (Earth Rocker et Crucial Velocity) est ridiculement imparable, on succombe lamentablement dès la première écoute malgré nos résolutions d’esthètes et autres refus de céder à la facilité. Après 20 ans de carrière, Clutch, loin de décliner, est au sommet de son art, et plus fougueux que jamais.
Nul besoin de trop verber sur cet album, qui fleure bon le travail bien fait et la simplicité de l’essence-même du rock. Le temps nous dira si Earth Rocker deviendra un classique de la trempe de Blast Tyrant, mais le gonflage du son, s’il retranscrit plus fidèlement la manière dont le groupe sonne sur scène, tend aussi à uniformiser les titres. Le seul tort de cet album pourrait donc être un léger déficit de charme et de personnalité par rapport à ses grands frères, en tant que gros pavé aux hormones dans une discographie (un tout petit peu) plus nuancée. Comme son fringant ainé Strange Cousins From The West, Earth Rocker ne manque en tout cas pas de chansons emblématiques, de celles qui emballent une foule dès la première note de guitare. Ca tombe bien, suite aux récurrentes invitations du Hellfest, le groupe se met en 2013 à véritablement tourner en France ; tu prendras bien un peu de bacon ?






Brasser la merde
2 commentaires
Georges White
Très Hawkwind la pochette.
SEN
Excellent album, tout comme l'était le précédent.... Bien vu la référence à Hawkwind !
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