
chronique · 13 novembre 2012 · Drone / Ambient
Brian Eno
LUX
Chacun suit son chemin musical personnel, toute sa vie durant, avec des errances, des embûches, des demis-tours. On marche sur des routes boueuses en tongs, sur des gravillons en baskets, et parfois, on arrive sur une route pavée d'or fin avec nos pieds nus. LUX est de ces chemins là, faits d'or et de soie.
Brian Eno, est-il nécessaire de le rappeler, a toutes les cordes à son arc. Diplômé des beaux-arts, "sculpteur sonore", producteur de génie, il s' auto-proclame « non musicien » mais a collaboré avec une liste d'artistes à vous faire pâlir. Non, je ne citerai donc pas les Roxy Music, Bowie, Nico, Ferry, ou même le petit son là, entendu au démarrage de Windows, parce qu'il n'est jamais aussi bandant que sur ses propres projets. Artiste, créateur, il a exploré les domaines vidéos, exposé son œuvre Quiet club # 13 OUT (un saut dans le temps) à la Biennale de Lyon en 2005. Cet été, La Cité de la Musique lui a consacré un évènement, sobrement intitulé A Brian Eno Celebration et n'en déplaise à certains, c'est autrement plus classy que Corbier qui consacre une chanson à sa barbe. Il n'a donc, et de loin, plus rien à démontrer (faut-il le marteler ,à toi, l'aigri ?). Le monsieur arrive à tout transmettre d'une entière et parfaite gamme d'émotions, sans fioritures et sans excès.
Avec Discreet Music et Music for Airports, Eno définit l'ambient de manière concrète : comme une musique "très réfléchie, proposant des atmosphères très minimalistes, parfois sombres, parfois froides qui peut aussi bien se prêter à une écoute attentive que distraite". Sur l'album solo LUX dont il est aujourd'hui question*,* illivre une composition de 75 minutes en quatre morceaux. Qui sont autant de rêves, évolués à partir d’un travail exposé à Turin et qu'il considère comme la suite du projet Music For Thinking, qui inclut Discreet Music (1975) et Neroli (1993). Des oreilles neuves (non perverties par des années d'aigritude pseudo-underground qui, sous couvert de rancoeur envers Warp, empêcheraient de se montrer sensible aux incontestables qualités du pape Eno) sauront se faire dépuceler en toute bienséance par ces quelques effleurements de piano.
Tout en retenue et en délicatesse, il fait goûter à la douceur de son instrument. Et c'est aussi pur qu'une foutue aube de printemps. Avec la sensation de gouttes de rosée dans les oreilles, et l'odeur de l'air lavé par la nuit. Parce qu'endormi sans s'en être rendu compte, le doux et surprenant réveil se fera en écho aux sons que perçoivent sûrement les habitants des mondes oubliés. Il y a de la couleur dans la texture. Lumineuse, antarctique. Elle diffuse les premiers rayons du soleil, encore froids mais qui vont bientôt réchauffer toutes les formes de vie.
On entend (on écoute!) le Silence laissé entre ces notes délicates, amples, volubiles dans leur sobriété, qui impactent chacune le murmure dont notre âme avait besoin pour s'éveiller au jour nouveau. Pour le coup, malgré l'absence de tumulte extérieur, on est bien loin de l'écoute distraite. On arrête de bouger, totalement absorbés par ce qui est en train de se passer. Retenir un moment sa respiration, pour la caler ensuite sur chaque souffle perçu.
Une musique est souvent choisie pour accompagner un moment précis de vie. Il est aussi de ces musiques qui n'accompagnent pas, mais qui initient le moment. C'est le cas de LUX, qui emporte avec lui tous les alentours. Il tend à faire oublier qu'il existe au même moment des gens qui courent. Qui parlent, qui vivent. Oubliés. Parce que les notes prennent toute la place. Elles envahissent toutes les dimensions disponibles, nous laissant vivants mais vides. C'est uniquement pour mieux nous remplir quand ensuite tout recommence, comme les premiers mots entendus à la naissance.






Brasser la merde
7 commentaires
kehezen
j'en ai marre des pochettes à marge(s) blanche(s).
Jean Calin
J'ai l'impression que je vais kiffer comme la première fois que je suis tombé dans son "music for airport". Je ne suis plus rentré comme ça dans aucune de ses autres productions, mais la je sens que la boucle va être bouclée. Ta chronique + l'extrait = ouiiiiiiiiii... Brassons la rosée !
SEN
Je sent que je vais aimer cet album !
daYmo
Je vais me faire une journée de labeur toute en douceur puisqu'accompagnée des albums des Brian Eno. Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas fait, m'étant plutôt orienté vers des journées de Biosphère, Helios, & co. Superbe plume Fridol von Kuppeltag, vraiment ! Mode d'emploi de cette chronique : 1) appuyer sur de la video en bas de page 2) revenir au début de la page 3) se laisser emporter par la musique en lisant cette chronique qui à partir du 2ème paragraphe semble être une plume dictée par cette oeuvre acoustique.
SEN
Pour le coup je viens de pré-commander l'édition vinyle ! Et il a pas finit de tourner !
Hilde
C'est tout doux... C'est tout joli... Merci...
breubant
magnifique album de Brian Eno, y tourne pas en boucle mais presque et c'est étrange de se balader dans la rue avec cette album dans les oreilles, le monde parait différent. essayez! vous allez voir c'est troublant...
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