
chronique · 10 novembre 2012 · Drone / Ambient
Stephan Mathieu
Coda (For WK)
Vingt minutes pour débusquer une énergie primitive s’écorchant sous les arcanes du temps et du silence. Vingt minutes, pour remettre en question l’ordre des siècles et la rythmique de nos vies. Beauté transie, originelle.
par Aurélie S.
Sur ce format court, Stephan Mathieu pose la conclusion - la coda - à son remarquable album A Static Place sorti l’année dernière sur 12k. Le label Minority Record avait par la suite également sorti cet album en format vinyle, en l’enrichissant de Coda (For WK). Une piste que 12k choisit aujourd’hui de remettre en lumière, et qui sort à courte distance de sa collaboration avec Sylvain Chauveau, Palimpsest.
Sa matière première, l’allemand la puise dans des enregistrements d’une autre époque. Des disques 78 tours des années 1920 et 1930, des compositions classiques, d’anciens gramophones. Derrière Coda (For WK) se trouve ainsi le pianiste Wilhelm Kempff, reprenant la sonate des Adieux de Beethoven. Nous sommes en 1927. Place ensuite à la métamorphose, complète, de l’électronique. Ne restent ni notes, ni mélodies au piano, mais des vapeurs granuleuses, des sillons tracés par des tonalités archaïques pour contenir ce qui n’aurait plus d’âge. La luisance du presque immobile, et les résonnances du silence.
L’expérience est absolue, plus encore que sur A Static Place. Le ton est plus froid, plus sombre aussi. Les nappes fréquentielles vont et viennent, s’amplifient, se rétractent, et étirent toujours un peu plus, à chaque reflux, la dilatation du temps. Le passé se retrouve ainsi réincorporé au présent, et la notion de successivité se désagrège. Jeu de calques et transparence de la superposition. Ces mêmes nappes vrillent la conscience, induisent une focalisation hypnotique sur le lent mouvement de chaque couche. Chaque détail, chaque fluctuation. On croirait pouvoir tout saisir, et pourtant, on a rarement été aussi proche de l’indéfinissable.
Dans une clarté contrastée, les rayonnements des fréquences brutes se déclinent dans les aigus et les graves. Aimantés par les contractures de l’être, ils en figent les débordements, remontent à la surface une pureté hantée par les fantômes de sensations oubliées. Ce qu’on ne voyait plus, ce qu’on ne savait plus voir. Les empreintes laissées par ces drones s’impriment lentement et inéluctablement au fond de soi.
A l’instar de Wilhelm Kempff qui, semblait-il, possédait le don de faire chanter le calme et le silence, Stephan Mathieu ramène le sonore à sa force primaire et évanescente. Au bruissement de la matière qui court sous la musique. Une conclusion en forme de prolongation, qui anesthésie à l’éther ce rongeur infatigable qu’est le temps.






Brasser la merde