
chronique · 5 novembre 2012 · Techno / House
Christopher Rau
Two
Il y a deux ans, on découvrait que la paresse était un douillet compagnon musical. Avec Asper Clouds, l’allemand Christopher Rau rendait la sieste obligatoire sur le son d’une deep-house alanguie et classieuse. Fait rare, l’album a su se bonifier avec le temps pour acquérir le rang d’incontournable. Faut dire que la maison Smallville a depuis pris du galon, obtenant enfin une juste reconnaissance dans le milieu en finissant par apparaître comme l’un des labels les plus qualitatifs du genre.
par B2B
Depuis 2010, Christopher Rau (nouvel onglet) n’a pas chômé, sortant une tripotée de maxis plus ou moins marquants, dont on retiendra principalement sa collaboration avec Moomin en début d’année, sous l’entité Roaming, pour l’EP Believe In Reflecting, parangon d’une deep-house esthète et précieuse. Que Two, deuxième album du mec, déboule aussi vite est une surprise tant on a connu Smallville (nouvel onglet) plus avare en matière de longs formats. Mais difficile de faire la fine bouche.
Pourtant Two déçoit dans sa majorité. Non pas que l’album soit indigent, puisque s’inscrivant dans le haut du panier deep-house (reconnaissons que le genre est rempli à 90% de merdes insipides se calquant les unes sur les autres), mais apparaissant comme pantouflard. Christopher Rau ne se foule pas, livrant ici le service minimum le temps de 8 titres aux mieux reposants, aux pires dispensables.
On peut scinder l’album en deux parties distinctes. Une première attrayante et une seconde indolente. Le meilleur morceau trouve -trop- rapidement sa place dans l’album puisque dès la deuxième piste surgit un Swag Lude doux et soyeux, fortement influencé par l’esthétique sonore des musiques de films français des 60’s. Ce stimulateur de songes favorise la paresse et on se dit qu’on tient le bon bout, que Christopher Rau va pouvoir nous faire croire que glander est la clé d’un avenir prometteur. En se jouant d’une rythmique répétitive, Two développe un musique à écouter et non à danser. La régularité s’efface, les sonorités s’éclatent. High s’offre même une incartade vers un univers plus ralenti et lancinant, à la limite du vice. Jusque-là, tout va bien. Christopher Rau offre de véritables compositions maintenant la tête haute.
Mais surgit alors un ventre mou impardonnable, nous plongeant dans une léthargie redoutable via les aseptisés Weird Alps et Girl, pendant que Sound Shake tombe dans la deep-house bourgeoise. Mais que s’est-il passé ? Christopher Rau semble connaître les codes deep-house en vigueur du bout des doigts et se contente d’enchaîner alors des tracks prévisibles manquant d’âme. La moitié de l’album, dont on peut rajouter le cheap morceau introductif Apple Snapple Tracking, donne dans le prévisible et le dispensable. A partir du moment où plus de 50% d’un album est anecdotique, on peut posément parler de déception. L’envie, autant chez l’auditeur que, et c’est plus ennuyant, chez Christopher Rau, disparait alors et on finit par écouter l’album sans réel conviction.
Peut-être attendions-nous Christopher Rau trop haut, peut-être ne pouvions-nous qu’être déçu. Une chose est sûre, le « cool » (au sens noble et jazz du terme) du premier album a disparu et Two coule simplement entre vos oreilles, sans laisser de trace. Demi-déception, mais déception tout de même.






Brasser la merde
11 commentaires
ARTY
Ohh rage OH désespoir je ne l'ai pas encore écouté mais j'ai entendu plusieurs retours négatifs sur la nouvelle galette du PADRE de la deep house. Ce gar était pour moi la perfection dans son genre, sa musique me faisait rêver j'ai hâte de pouvoir écouter sa mais je me doute bien que la magie n'est plus la! Sur ce j'attend la sortie officiel pour me faire mon propre avis et m'en vais écouter de sublimes albums tel que Cardiac de NEBULO découvert grace a vous mes amis, ou encore l'album de BRAMBLES (magnifique) j'attend votre chronique dessus!! A+
Gillou1975
Juste un petit mot pour saluer ici l'ancienne équipe de Chroniques électroniques grâce à qui j'ai découvert plein d'albums fabuleux, moi qui jusqu'ici était plutôt amateur de rock, hip-hop et jazz... Dettmann, Tobias, Kreng, Dictaphone, Hecker, Black Dog, le K, Lucy, Monolake... Je suis tombé dans une marmite dont je ne suis pas prêt de ressortir... J'ai donc été un peu triste de voir le blog s'arrêter... Alors longue vie à SWQW, salutations à toute la nouvelle équipe, et svp restez aussi exigeants et inspirés !
PL
Crotte !! :(
Pie-rre
l'album sonne surtout daté je trouve, les samples et les boucles rappellent les productions d'il y a 10 ans, notamment l'ouverture Apple Snapple Tracking avec son gimmick donnant l'impression d'être cent fois entendu. Enfin cette album pourra toujours servir aux apprentis DJ pour débuter un mix facilement ou à barman voulant donner une ambiance "lounge" à sa soirée salsa.
De toute manière peut-on encore parler de deep house en 2012 ?
B2B
Oui, on peut encore même si ça se réduit à une poignée d'albums chaque année.
Heisenberg
Je suis étonné de voir vos critiques et celles de certains sites. Moi j'ai décollé.
Georges White
Roam no more !
Uyuni
Complètement d'accord avec cette chronique, en même temps il fallait bien que Smallville nous déçoive un jour...
shadowbox
je tiens à souligner son fantastique EP sorti cette année avec Bon, Morning Funk dont la track éponyme est une pure merveille
Beck
Bon article, Bon Style,
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