silent weapons for quiet wars

Pochette de Living With Ghosts

chronique · 20 novembre 2012 · Techno / House

Sigha

Living With Ghosts

Personne pour rallumer la lumière ? Bon, ok, on fera sans alors. Après tout, s’il ne faut plus compter que sur un seul point fort, autant que ce soit le physique. Et dans le noir, seul les plus aguerris auront une chance de s’en sortir. Parce que si vous pensiez déjouer le plan machiavélique mis en place par Sigha, c’est peine perdue. Vous allez en chier mes petits amis, ô oui, vous allez en chier.

par B2B

James Shaw, aka Sigha (nouvel onglet), semble avoir préparé son coup depuis longtemps. Lui qui fut biberonné au noise et au shoegaze dans un Londres crasseux, s’est pris l’uppercut techno « made in Berghain » en pleine gueule il y a quelques années lorsqu’il a posé ses valises à Berlin. Depuis, il cherche son salut dans l’ombre malfaisante de la techno radicale ayant pris le pouvoir, ces dernières années, des danseurs acharnés, pantins d’une déliquescence contemporaine. Armageddon approche à grand pas, le dancefloor est devenu un terrain d’expérimentation apocalyptique où la transpiration d’une backroom virile n’est plus qu’un amuse-gueule.

Sigha s’est donc imprégné de lieux hostiles terrassés par une techno omnisciente et a su en prendre le pouls avec suffisamment d’intelligence pour ne pas sombrer dans la redite (combien d’albums, estampillés Berghain, sortent chaque mois alors même qu’ils sont maladroitement produits et tout à fait interchangeables ?). Il lui a fallu attendre quelques années avant d’oser franchir le pas du long format. Living With Ghosts n’est donc pas un coup d’éclat imprévu mais plutôt un coup d’Etat remarquable.

Se structurant autour d’une basse surhumaine, n’en finissant plus de vous perdre dans des mouvements circulaires hypnotiques, Living With Ghosts en impose par sa radicalité rampante. Cette techno se destine uniquement aux adultes capable d’en saisir la substance afin de tenir sur la longueur. Sigha c’est du Lucy bouffant du Marcel Dettmann, enrichit aux hormones de Shifted. Vous voyez le topo ? Exit la moindre tentative de fuite, vous ne verrez jamais aucune porte de sortie dans cette noirceur organique et irrespirable.

Passé la mise en bouche en forme d’eczéma géant d’Ascension, vous voilà immédiatement plaqué au sol par une techno pur et dur, aux vieux relents acides et traversée par d’immenses courants d’airs glaciales. Puritan et Scene Couple sont achevés, l’album en est à son premier tiers et vous pleurez déjà votre mère. Rassurez-vous, c’est pire après.

Sigha est cependant malin et il sait que trop de violence finit par épuiser. A la différence de Shifted qui hypnotise sur la longueur, Sigha adopte une démarche plus « club » en insérant quelques gimmicks comme balises (souffles, oscillations,…) et en structurant ses morceaux avec un sens aigu de la progression. Le résultat apparaît ainsi comme plus accessible qu’il n’y paraît. Ajoutons à cela un véritable travail d’orfèvre sur les drones et les nappes ambients malsaines (mention pour le sublime Aokigahara clôturant l’album), sur la rythmique 4/4 frondeuse (tantôt binaire, tantôt frondeuse) et vous voilà pris dans une perte de repères graduelle, d’autant qu’aucune note, aucune mélodie ne tentera la moindre incursion.

Living With Ghosts est une expérience auditive démentielle dont l’architecture sonore confine à la démence tant les sons se répondent inlassablement, sans vraiment oser s’affronter. She Kills In Ecstasy en est son plus fidèle représentant, lorsque la basse s’arrête net, vous laissant figé à contempler votre enveloppe inerte, dans une dissociation corps/esprit troublante.

B2B

Brasser la merde

8 commentaires

  1. lexo7

    J'ai cru que c'était un album de remixes de Placebo. Ok, je sors.

    1. BrsHln

      LoLcore

  2. Danick

    Sur quel label est sorti cette album??? D'ailleurs ça serait bien qu'il soit renseigné systématiquement dans les chroniques !!!

    ;-)

    1. B2B

      C'est mentionné systématiquement sur la colonne de droite. ;) (parfois j'en parle dans la chronique quand j'estime cela nécessaire) Pour cet album c'est sorti sur Hotflush, le label de Scuba.

  3. Danick

    Hooo ... c'était visible en effet lol Pas encore familiarisé avec la nouvelle interface ;) Merci :)

  4. TechNono

    Une belle chronique qui donne bien envié d'aller chialer sa mère :D

  5. TechNono

    Comment ça se fait que t'as un sein sur ta jaquette?!? Y'en a pas sur tes liens YouTube ni sur le lien du label!

    Du coup je sais pas si j'achète... ;-)

  6. theoimberty

    "Sigha c’est du Lucy bouffant du Marcel Dettmann, enrichit aux hormones de Shifted"... MIAM !!

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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