
chronique · 11 novembre 2012 · Techno / House
Redshape
Square
Au début du projet Redshape, il y a eu beaucoup de spéculations sur l’identité réelle de celui qui, lors de toute prestation scénique, se dissimule derrière un masque rouge. On a vu circuler les noms de Carl Craig, de Dave Clarke, de Laurent Garnier, de Luke Slater et de tout un tas d’autres purs fantasmes de technophiles. Au-delà du mystère à proprement parlé, qui vaut ce qu’il vaut, le name-dropping était porteur d’un sens caché : musicalement, il n’était pas impossible que les tracks de Redshape soient réalisés par tous ces noms importants. Et c’est peut-être ça, le plus important à retenir.
En réalité, Redshape est Sebastian Kramer, un enfant de la RDA au background intéressant mais très local. Peu importe. Square est son deuxième long-format après l’acclamé Dance Paradox. Le paradoxe techno, Redshape est justement toujours dedans : machines émotives et futurisme nostalgique. Square offre un éventail humble et efficace de tout ce qu’on peut trouver dans ce genre d’albums : des rythmiques féraillées, des pluies de cordes synthétiques, des répétitions aliénantes et des méditations quasi-ambient.
Loin des laboratoires technologiques d’Ostgut Ton ou de Stroboscopic Artefacts, Redshape a plutôt trouvé son bonheur chez Running Back (nouvel onglet), label qui, habituellement, préfère le bidouillage manuel et les mélodies tournoyantes aux lignes de chiffres et aux équations complexes. Ce n’est un hasard, Redshape est porteur de cette culture techno un peu old-school, tirant vers le krautrock et le jazz et privilégiant une approche un peu plus live et brute de la composition. Le son général de Square est d’ailleurs bien ancré dans les 90’s, et il y a évidemment de grosses similitudes avec le tout récent Motor : Nighttime World vol. 3 de Robert Hood, à la différence que Square est moins ambitieux et plus ramassé. Alternant mid-tempo obsédants et down-tempo mélancoliques, Redshape confirme qu’il maîtrise comme peu le format album. Le LP n’est pas pour lui une simple addition de tracks à mixer ou à écouter séparément, c’est un ensemble, à traiter différemment d’un single ou d’un remix solitaire.
Redshape l’a d’autant mieux compris que ses EP sont plus directs et plus dancefloor, et que quiconque l’a vu en live sait que dans ce cadre-là, c’est un rouleau compresseur d’une puissance monumentale. Redshape s’adapte aux situations et aux formats, tout en affirmant à chaque fois son identité avec autorité. C’est un signe d’intelligence et de qualité. Et si Square n’est pas non plus un disque indispensable comme peuvent l’être ceux de Robert Hood ou de Peter Van Hoesen, bien malin celui qui saura y trouvé un défaut. Square n’est qu’une petite virée nocturne, qu’une petite anecdote qu’on ne racontera pas aux enfants ; il n’empêche, quand le disque tourne, le moment est indubitablement précieux.






Brasser la merde
5 commentaires
el_reg
D'accord avec cet article, un très bon album qui ne vaut cependant pas la claque que j'ai pris en l'écoutant sur mon mix pour Boiler Room il y a quelques jours. http://boilerroom.tv/redshape-live-in-the-boiler-room/
Mais un très bon album quand même.
julienl
Ouais en live il est géant.
lambdachronicles
De la substance grise et de la matière noire, une pointe de magie blanche. Cet album est moins Allemand qu'il n'y parait même si on y retrouve les basses en dent de scie analog caractéristiques. Très bel album inventif et bel univers musical.
Kriv
Tout à fait d'accord avec la critique, mais je ressortirais quand même quelques sonorités et morceaux plus innovants (dans un moule classique, et ce n'est pas un défaut) comme Starsoup.
Le live était excellent, hyper travaillé. On voit que le mec est talentueux mais aussi bosseur.
madfab
j'avais adoré le très cohérent Dance Paradox et son ambience "retro-futuriste" qui m'a tjs fait pensé à des films de sf 70's genre "New York 1997" de Carpenter ...son univers est assez cinématographique en somme ....y'a -ti tjs ces beaux "samples de batterie" qui donnent une certaine souplesse à ses compos ? ... y'avait une production assez "chaude" et un savoir faire (une recette? ) évident sur ce disque ...un truc pas prise de tête en fait (moins cérébral que l'école Ostgut-Peter VH-Lucy) bref, m'en vais écouter le nouveau et thank you pour les chros ...
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