silent weapons for quiet wars

Pochette de Superscope

chronique · 20 mars 2014 · Musiques électroniques

Clark

Superscope

par Vincent Blandin-Canonne

Clark, Chris de son prénom, c'est un peu l'enfant chéri de tout adorateur de Warp qui se respecte. Révélé au "grand public" par son indispensable bestseller Body Riddle, on oublie malheureusement un peu facilement que Clarence Park et Empty the Bones Of You sont aussi d'excellentes plaques (surtout la première, sans même parler du EP Ceramics Is The Bomb). Adepte de la mélodie implacable, du breakbeat, du cut et de la transition bicéphale qui fout par terre, Clark s'était vu attribué une place de choix dans le coeur de ceux qui aiment à fréquenter les bordures de l'electronica. Plutôt que de se reposer sur ses lauriers, le britannique a ensuite dévoilé une facette de lui autreme nt plus sombre et plus frontale, presque schizophrène, avec un Turning Dragon technoïde littéralement habité par les fractures et les fumées d'une crack house. Plus tard, de manière autrement plus maîtrisée mais pas moins réussie, Totems Flare s'élevait comme la quintessence d'un certain romantisme psychotique. Growls Garden (nouvel onglet). Rainbow Voodoo (nouvel onglet). Tu te souviens ?

Même s'il est parfaitement normal et humain de dégager des préférences dans pareille discographie, l'inspiré sens de la nuance qui est le nôtre pousse à reconnaître le "sans faute" et le caractère essentiel de son oeuvre. Clark avait posé un mur de béton entre lui et la sempiternelle tirade chère aux aigris : "c'était mieux avant". Et tout d'un coup, sans qu'on le voit vraiment venir, Clark s'est subitement mis à arborer des chemises à carreaux de bûcheron, à fréquenter Bibio et ses cordes fleurant bon le végétarianisme primaire. Celui dont on adorait la darkitude s'est mis à aller bien. Crime égoïste de lèse majesté pour le fan absolu qui n'autorise pas un homme à avoir une autre existence qu'à travers son art; Toujours est-il qu'Iradelphic était surtout, encore plus avec le recul, foncièrement médiocre et convenu, malgré de jolis enrobages de production aussi vains que grandiloquents. On en était restés là, un peu sonnés, sans même jeter un lobe d'oreille à sa collection de remixs Feast/Beast. La capture de son live au boiler room, devant un parterre de jeunes oisifs berlinois (et autres) qui ont forcément découvert l'hédonisme du Berghain dix ans trop tard, où il se contentait bêtement de baisser et monter ses faders comme une âme en peine, avait suffi pour nous convaincre de ne pas être plus longtemps les témoins de pareil déclin. Sauf que voilà, Warp a pris un paquet de thunes grâce au dernier Boards of Canada (et à la ré-édition inspirée au format vinyle de toute leur disco). On met les petits plats dans les grands pour nous expliquer comment jouir, que Clark ça continue de surbuter des castors lapons, que les sinusoides dans un clip c'est aussi révolutionnaire que la découverte en 2014 de la fonction du'un oscilloscope. On a connu le Clark mélodiste, le Clark psychotique, le Clark bûcheron qui pêche la truite à la main dans les torrents, place au Clark clubber avec la raie sur le côté.

Voilà, la chronique devrait et doit s'arrêter là. Tu le sais très bien toi aussi. Il y a des moments où la musique prend le dessus sur n'importe quel discours. Je sais, c'est désarmant de limpidité pour ce qui est du constat. Clark offre ici une techno kilométrique (vaguement rétro-futuriste) de gendre idéal, où il frappe bêtement fort pour planquer tous les aspects lyophilisés, résolument proprets et vides (en terme de créativité), qui n'apportent absolument rien à un genre qui n'avait pas besoin de lui. Péter bêtement dans une flûte sur fond de 4/4 n'enfante pas d'un Haendel 2.0. Riff Through The Fog a beau être moins mauvais, les xilos et le joli matos analogique n'y pourront rien (même si à 3'41" j'ai presque failli y croire), on tient là le disque qui confirme définitivement la chute de Clark. Le fanatisme et la patience ont leurs limites. Elles sont pour moi ici atteintes. En un seul objet, Warp et Clark ont réussi à réunir les deux titres et les deux clips les plus inutiles de l'année. Ne serait-ce que pour ça, chapeau bas.

Vincent Blandin-Canonne

Brasser la merde

4 commentaires

  1. Georges White

    Grosse déception également.

  2. poney

    C'est triste

  3. tartiflette

    C'est inabouti, c'est dommage car si il clarkisait un peu tout ça en mode ce qu'il faisait il y a 5 ans, ça défoncerait.

  4. Old Bear

    C'est vrai que c'est assez plat, même si contrairement au chroniqueur, je préfère encore la techno à la "Turning Dragon" de Superscope que la mélodie simplette de Riff Through The Fog (j'ai l'impression d'entendre un vieil Aphex Twin). Je n'ai pas entendu le live évoqué dans la chronique mais pour ma part, j'ai préféré "Iradelphic" au précédent "Totems Flare". Après c'est clair que "Iradelphic" est très propret et gentil par rapport au reste de sa disco et je comprend tout à fait qu'on puisse le trouver totalement à chier si on est allergique à toute émanation pop. Mais vus les multiples virages de Clark entre tout ce qu'il a fait au cours de ses différents albums, je continue de croire que le prochain LP puisse être plus inattendu qu'on le croit, dans le bon sens du terme... à suivre, pour ma part (même si je ne me jetterais pas sur ce 2 titres, loin s'en faut).

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