
chronique · 9 mai 2014 · Musiques électroniques
Paskine
Nimrod
"Au dernier canot nous confions nos lettres, et, à dix heures du soir, nous voyons le Nimrod virer vers le nord. Poussé par un bon vent, il s’éloigne rapidement… Les derniers liens qui nous rattachent au monde civilisé se trouvent définitivement rompus." (Ernest Henry Shackleton)
par Aurélie S.
Nimrod, en plus d’être un personnage biblique, est aussi le nom de l’expédition vers l’Antarctique de l’explorateur britannique Shackelton en 1907. Celui qui a voyagé à bord de son navire baptisé Nimrod a ainsi tenu le journal de son expédition polaire. Des écrits peuplés par le froid, les crevasses et la faim. Une certaine présence physique des éléments, avec leur violence feutrée qui contamine le corps, que l’on retrouve également sur ce premier album de Paskine.
Après Nebulous Sequences d’Hakobune et Exposure de Damian Valles, le jeune label français VoxxoV Records sort à présent le premier album physique de Paskine, fruit de trois années de travail. Egalement l’auteur de l’artwork qui l’accompagne, le jeune français livre ici un disque dont la richesse des éléments absorbe et fascine de bout en bout.
Avec son foisonnement de matériaux électroniques, le bouillonnement incessant et itératif de ses flux, Nimrod fait jaillir une énergie organique en effervescence. Une matière vivante et brute, à la densité farouche, excédant toute forme stable. Dans un réseau de flammes et de glace, de craquements et bruissements, les strates sonores se métamorphosent au cours des pistes.
Sur des titres tels que North ou Disclosure, des bribes de techno se retrouvent digérées, absorbées, étirées dans un méandre de nappes d’où se détachent des éclats de mélodies. Un album qui se refuse ainsi à tout genre ou catégorie, juxtaposant les couches et multipliant les sources sonores qui occupent l'espace par le poids de leur répétition.
Ramassées, agglutinées, les substances électriques de Nimrod se condensent, et transportent avec elles un déchainement étouffé. Dans la lente dérive d’un chaos latent, les explosions sont assourdies du fond des gouffres. Ce sont là des textures qui se rejoignent, luttent et s’étreignent, laissant derrière elles la trace d’une tension sur le fil de la destruction.






Brasser la merde