
chronique · 7 avril 2014 · Musiques électroniques
Todd Terje
It's Album Time
Inutile de faire l’autruche, vous n’échapperez pas à la sortie de l’album de Todd Terje et à son cortège à venir de réactions démesurées. It’s Album Time sera le blockbuster de l’été, vous allez devoir l’accepter. Cependant, doit-on pour autant s’incliner devant cet objet outrageusement kitsch ? Tout dépend de son rapport au premier degré.
par B2B
Todd Terje (nouvel onglet) est un fin calculateur. Depuis 3 ans, il nous sort un EP bien troussé par année, mélangeant nu-disco et house hédoniste, au son d’un synthé old-school joueur. Tout a véritablement explosé pour lui en 2012 avec la sortie de l’EP It’s The Arps dont le single Inspector Norse s’est taillé la part du lion dans la majorité de vos soirées. Reconnaissons à Todd Terje son savoir-faire, réussissant à transformer une partition potache en tube ludique redoutable. Depuis ce coup de maitre, l’homme a refrappé deux fois, de manière toute aussi jouissive, avec Strandbar et Spiral. Mais se focaliser sur ces deux dernières années serait oublier les fondements de son esthétique sonore. Avant Inspector Norse, Todd Terje militait pour la démocratisation du nu-disco, vague courant charnel d’obédience norvégienne ayant connu son heure de gloire à la fin des 00’s, avec ses partenaires scandinaves que sont Lindstrøm et Prins Thomas. En parallèle, ces trois-là ont toujours eu les yeux braqués vers les tropiques et les rythmes sud-américains. En véritable diggers, ils n’ont eu de cesse de fouiner dans les bacs à vinyles, à la recherche de l’ultime pépite exotica. C’est cette quête continue de l’esprit des 60’s qui anime encore aujourd’hui Todd Terje et qui transparait principalement à l’écoute d’It’s Album Time.
Il va falloir dissiper tout malentendu : un album candide est-il foncièrement un mauvais album ? Non. En effet, Todd Terje a beau tomber dans la naïveté la plus crétine qui soit, il ne nous prend jamais pour des cons. Cependant, il faut aussi reconnaître qu’It’s Album Time est un album creux, épuisant et parfois limite. Le rétro-futurisme est poussé à son paroxysme, dans un délire tellement assumé qu’il en devient fatalement rédhibitoire. Etrangement, It’s Album Time n’est pas toujours dansant. Paradoxalement, il n’est pas destiné à une écoute domestique. Cet objet ne peut être écouté (et potentiellement apprécié) qu’à 2h du mat’, dans une soirée explosive, en plein air. Il n’est donc pas évident de réussir à réunir tous ces ingrédients.
Là où Todd Terje est fourbe c’est en proposant quatre anciens titres dans son album. Le problème étant que ces morceaux sont les plus qualitatifs de l’ensemble. On retrouve l’imparable Inspector Norse, une version raccourci de Strandbar et le diptyque Swing Star. Malheureusement, les huit titres restant sont pour le moins décevant.
Todd Terje tente bien de nous refaire le coup du tube estival avec Delorean Dynamite et Oh Joy, mais le premier souffre de son aspect maximal flirtant de trop près avec la turbine, pendant que le second est une sucrerie hommage à Moroder tombant à plat sur sa deuxième partie (malgré une début progressif prometteur). Cela ne serait rien si on occultait les autres titres d’une kitscherie indépassable. Leisure Suit Preben et Preben Goes To Acapulco se révèlent être trop potaches, dans un esprit Love Boat dégoulinant, Svensk Sas donne l’impression d’écouter de la samba sous speed et Alfonso Muskedunder est une parenthèse criarde épuisante. Car tout le problème est là : ces nouveaux titres sont tellement intrusifs qu’ils en deviennent fatigants trop rapidement. Vous les subissez pendant qu’ils vous massacrent le cerveau à coups de grandes envolées synthétiques hystériques. Seul la parenthèse glacée de Johnny and Mary (cover du tube 80’s de Robert Palmer), chantée par le toujours impeccable Bryan Ferry, garde la tête haute car figée et intemporelle, sexuelle et mélancolique.
Tout le paradoxe Todd Terje se dessine dans cet album. Alors que l’homme est un amoureux des rythmes et sonorités exotiques, il ne peut que singer maladroitement ses modèles. C’est lorsqu’il devient plus frontale qu’il est le plus pertinent et lorsqu’il ralenti le tempo qu’il est enfin touchant.
It’s Album Time est une plaisir coupable acceptable en société. Cet album va fédérer tout le monde puisque c’est une passerelle intelligemment agencée. Il faut le voir comme l’équivalent d’un feel-good movie, un plaisir fugace et immédiat, crétin et premier degré. Vous allez adorer le descendre en public devant vos potes, histoire de démontrer qu’à vous, on ne la fait pas, que vous connaissez par cœur les ficelles, mais dès qu’ils auront le dos tourné, vous retournerez danser dessus comme un imbécile heureux.
Les plaisirs coupables nous sont indispensables et certains sont plus appréciables que d’autres. Après tout, on n’est pas à un paradoxe près.






Brasser la merde
4 commentaires
Tenebryon
C'est assez plaisant de voir qu'en vérité, j'aime beaucoup lire vos articles, et je suis même souvent d'accord dans le principe. Certaines fois, en écoutant les musiques concernées tout en lisant, voire relisant l'article, je peux voire ma mentalité évoluer quant à l'appréciation d'une piste, d'un style ou d'un artiste. Mais là où c'est formidable, c'est que cette évolution est toujours positive. Toujours. A chaque fois que vous tapez violemment sur quelque objet sonore malchanceux, j'y trouve un intérêt, une autre forme de substrat, source de plaisir. :) Eh bien là par exemple, le crétinisme musical dont Todd Terje semble faire preuve, moi j'y voie cette même satisfaction que j'ai à m'enfiler des dragibus. Et c'est autrement meilleur que du boeuf bourguignon quand ce que vous voulez, c'est du sucre et de la couleur dans la bouche. (on m'a déjà parlé de la tartibifle remarquez, je vous laisse deviner) Après, c'est pas forcément la musique dont je suis fier d'extraire l'essence transcendentale à chaque lecture. Bref, vous élevez tout ce côté sombre dû à ma méconnaissance ou mon absence d'opinion, mais tout ce que vous dite est une minoration de mon état final. Donc merci. Grâce à vous je diverge. Tartibifle !
TontonToby
Assez d'accord avec votre chronique. It's album time reste quand même un poil décevant avec un bon nombre de fillers. Surtout que la face B de Spiral, "Q" laissait présager du meilleur. Il ne s'est pas trop foulé le père Terje, à nous ressortir les mêmes tubes depuis maintenant deux ans... (et juste pour faire la fine bouche, tout a (re)commené avec Ragysh et Snooze for Love sur l'ep précédant It's the arps, à mon humbe avis)
zamal
On peut aller sur n'importe quel forum de musique spécialisé ( en hip hop, en musique electronique, en rock, en pop....) , à chaque fois qu'un artiste fait quelque chose d'original ou qui sort légèrement de son style habituel, il ce fait démonter par ces "spécialistes"!!
Quand on aime la musique, on aime la musique dans sa globalité! On ne ce limite pas à un genre ou à un style! les artistes c'est pareil! J'ai l'impression que les "spécialistes electro" n'aiment pas trop le virage old school ou disco funk 70/80s ou pop 80s de certains artistes d'aujourd hui comme daft punk, M83 ou todd terje ou bien d'autres...! C'est domage, quand on apprécie toutes les musique et quand on est ouvert! On apprécie alors amplement mieux tout ce que ces artistes fond!!
zamal
Cet album est magnifique!! ultra riche dans sa recherche sonore et musicale! C'est un premier album! forcément il va mettre des morceaux EP antérieur!! Sa ce fait depuis plus de 30 ans par tous les artistes de tous les genres différents!
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