silent weapons for quiet wars

Pochette de Eraas

chronique · 28 janvier 2013 · Rock / Folk

Eraas

Eraas

par Mattooh

Eraas (nouvel onglet) est bâti sur les cendres de Apse, combo new-yorkais séparé en 2011 et auteur du sublime Spirit, en 2006. Les chiens ne faisant pas des chats, Eraas pratique ce même kraut-rock sombre et délicat, incrusté d’ornements mélodiques lumineux. En moins turbulent, moins rythmique, moins grandiloquent aussi. On effleure parfois post-punk et trip-hop, mais on va le dire vite parce que ces deux termes évoquent quantité de souvenirs abominables, alors qu’ici tout n’est que beauté pâle et transe cosmique.

Mais tu te tiens sur tes gardes, à raison : Apse a trahi son monde et toi le premier avec Climb Up, album sur lequel un groupe lassé de ses propres compos par trop de tournées tournait le dos à son dark-art au profit d’une concision pop plus anodine. Et tu ne leur as jamais pardonné ; on te l’a fait trop souvent, ce coup-là.

J’ai une bonne nouvelle pour toi : Robert Toher et Austin Stawiarz ont fait le ménage, et Eraas vient pour laver l’affront.

La doublette Black House / A Presence introduit le disque sans mentir : atmosphères pesantes sur rythmes répétitifs, et minimalisme d’arrangements triés sur le volet, au service de grandes idées mélodiques. Sur Ghost, Eraas sonne comme Massive Attack circa 100th Window : grosses basses envahissant l’espace sonore, quelques notes de guitare éparses, mélodie fantomatique et chant fébrile. Sublime. Le groupe tisse des nappes instrumentales pour un rendu très organique, plus rarement électronique (pensez Liars ou Clinic, pas plus loin) ou cold-wave (la guitare maigrelette de la fin de Briar Path, qu’on croirait parachutée là par un Robert Smith jeune qui se serait trompé de porte en studio). Skinning et At Heart donnent à entendre la manière dont sonnerait Arcade Fire s’ils déformaient leurs chansons sous l’effet de psychotropes, à l’aide de rythmiques hypnotiques automatisées et d’instrumentations épurées. On constate sans surprise que c’est bien plus excitant comme ça. On pense aussi à un Radiohead débarrassé de ses obsessions électroniques et réduit à son squelette rythmique et mélodique (Fang), ce qui fait plutôt du bien à l’heure où nos vieilles gloires oxfordiennes ont arrêté d’écrire des chansons. La lente Trinity clôt elle magnifiquement le disque, tout en tension et en répétition avec le bouquet final noisy qui va bien.

Ne te laisse pas dégoûter d’avance par mes comparaisons pénibles et pas forcément ragoûtantes : tu te dois de découvrir cet album si tu veux conserver la moindre chance de briller dans tes soirées hipsters tribales. On retrouve ce don qu’avait Apse de faire soudain jaillir la lumière au milieu d’une chanson, par une voix ou quelques notes égrenées. Ce qui fut esquissé sur Spirit et négligé sur Climb Up est ici bien présent. Bref, on n’est pas malheureux et si tu ne connais pas Apse, tu te retrouves maintenant avec deux groupes à découvrir absolument. Veinard.

Mattooh

Brasser la merde

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · rock / folk

    En attente