
chronique · 9 novembre 2015 · Autre
Tiny Fingers
The Fall
Le post-rock est devenu une musique facilement ennuyeuse et stéréotypée. Quand il est mélangé à l'électronique, c'est tout aussi casse-gueule. Mais qu'est-ce qui fait de ce disque une petite pépite, exception dans un genre en déliquescence programmée?
par Mattooh
Tiny Fingers (nouvel onglet) nous vient d’Israël. Un pays dont on entend malheureusement beaucoup parler en politique internationale, et assez peu dans les musiques actuelles. Et si je découvre Tiny Fingers avec ce nouvel album, il est clair qu'il s'agit du genre de bonne surprise qui donne envie de creuser dans la discographie du groupe, mais aussi dans les activités de ses membres pour voir s'il ne cacherait pas d'autres sucreries du genre.
Mais revenons à The Fall. Sorti en juillet dernier, je ne l'ai vraiment approfondi que ces dernières semaines ; pourtant, c'est un disque très facile à appréhender, voire complètement tubesque. Du post-rock tubesque, dis-tu? Essaie Traveller Soul (nouvel onglet), pour voir. Il s'agit ici de la frange la plus ludique du genre - qui est comme beaucoup d'autres plus une catégorie fourre-tout pour caser le rebut des musiques instrumentales amplifiées qu'une collection d'artistes homogène et significative - mais qui évite la mauvaise pratique de l'effet de manche pour camoufler une pauvreté d'écriture affolante (je pense là à Näo, Maserati, les infâmes Ratatat ou à toute la clique du post-math-rock anglais à frange).
Munie d'un break à l'arpège pop en mode mineur nous rappelant que, comme nous, ils ont grandi en écoutant Radiohead, Deuteronomy (nouvel onglet) est une bonne introduction à ce que peut proposer Tiny Fingers : entre grosses basses électroniques un brin tapageuses, choin-choins évoquant tout autant le rock progressif que les Chemical Brothers et les susmentionnées tentations post-pop, le titre brasse les idées et les contraires avec une maîtrise et une fluidité impressionnantes. Pour continuer le catalogue, on retrouve sur The Fall des éléments de dub, de trip-hop sombre pour blancs trentenaires du Massive Attack de 100th Window ou encore -allons-y- d'IDM, et même localement une certaine frénésie de notes façon math-rock.
Alors Tiny Fingers, du post-rock? Allez, pourquoi pas. Peu importe l'étiquette, ce qui compte c'est qu'on évite ici tous les poncifs. Comme un Rave Tapes de Mogwai sorti de ses gonds (Gremlin?), un The Soft Moon aux idées larges, un Holy Fuck en plus fin ou un Maserati débarrassé de ses insupportables tics de composition façon Jean-Michel Jarre meets Dire Straits, Tiny Fingers propose une musique complexe mais qui semble couler de source. Savante, mais hyper accrocheuse. Passant d'un coup de caisse claire de la mélancolie à la décharge d'énergie, du petit bout d'ombre au plein soleil. Tiny Fingers sonne souvent comme s'il jouait à la guitare pointue de superbes thèmes mélodiques d'ambient, plongeait le tout dans un bain d'effets aquatiques (cette pochette, c'est donc ça), le calait sur un socle de rythmiques bien chiadées et le mettait en tension par des sonorités électroniques simples mais jamais de mauvais goût.
Bref, un bordel feutré mais excitant, assez difficile à décrire. Le mieux est sans doute de s'y plonger rapidement, et de ne pas trop se poser de questions. La durée de vie de ce bazar n'est pas assurée, mais ça passera bien l'hiver.






Brasser la merde