silent weapons for quiet wars

Pochette de Geocidal

chronique · 18 décembre 2014 · Autre

tētēma

Geocidal

Un peu planqué derrière son éternelle image de fou furieux hyper productif, Mike Patton n’a pourtant pas sorti grand-chose de marquant, ces dernières années. Un Mondo Cane cagneux en 2010, les inévitables featurings bruitistes chez John Zorn et une poignée d’autres freaks, quelques musiques de films et de jeux vidéos, et voilà. La dèche, quoi.

par Mattooh

Mais depuis la parution d’un Tomahawk très correct l’an dernier et la réactivation inespérée de Faith No More et Fantômas, Patton semble reprendre goût à ses délires vocaux psychotiques et aux atmosphères saturées. C’est dans ce contexte qu’apparaît ce disque de tētēma (nouvel onglet), soit le résultat de sa collaboration avec le compositeur et pianiste australien Anthony Pateras, assisté ponctuellement du formidable batteur Will Guthrie. Sur le papier, on peut s’attendre à tout, y compris à un énième projet un peu imbitable. Geocidal se présente en tout cas sous un format très classique : la fameuse douzaine de pistes tournant en moyenne autour des 3 minutes. Confiant, on pousse la cassette au fond de l’autoradio.

Et bonne surprise : Mike Patton y donne effectivement de la voix. On y retrouve les borborygmes de chez Fantômas (Pure War, The Hell Of Now), les grandes crises vocales du fantastique EP enregistré avec The Dillinger Escape Plan (3-2-1 Civilisation, Pure War, Kid Has Got The Bomb), et les mélodies de crooner stellaire d’un peu tous ses projets les plus orientés chansons (Irundi, Tenz). La trame musicale, elle, est à la fois plus subtile et radicale que chez tous ces vieux combos à guitare, et l’ambiance flirte plus avec la B.O. de flim d’horreur qu’avec le rock de stade. En somme, la combinaison exacte de ce que j’attendais de Patton depuis des années : un compositeur exigeant, qui propose d’étranges et excitants écrins pour recevoir les élucubrations les plus variées de l'invraisemblable voix du Général. Au final, on est proche d’un mélange entre Delirium Cordia et The Director’s Cut (le fameux album de reprises de B.O. de classiques du cinéma) de Fantômas, infiltré d’électronique protéiforme et de plans jazzy.

Pour s’expliquer le rendu malgré tout assez exigeant et disparate de l’affaire (on va du vaporeux au concassage industriel, en passant par diverses nuances de bizarrerie), il est utile de rappeler le contexte de création de cet album. Après une phase de réflexion puis de composition en solo et en nomade, Pateras a rejoint Patton à San Francisco pour une finalisation express du disque, en 48h. Les compositions furent enregistrées live, sans l’aide d’aucun sampler, et aboutir dans ces conditions à une palette sonore aussi riche et stimulante constitue déjà une performance. Le propos de ce disque conçu à différents endroits du monde tourne lui autour de l’idée d’effacement des frontières, de la réaction de l’homme face à.ses propres migrations et notamment de l’importance décroissante de son lieu d’origine.

Pour ceux qui ne jurent que par les tubes, les guitares et les costumes blancs, pas de panique, Faith No More est dans le coin également. Le nouveau single Motherfucker (nouvel onglet) démonte, et l’album suivra bien comme il faut en avril 2015, pour un résultat qu’on peut déjà imaginer à la hauteur de l’héritage du groupe. Mais d’ici là, je te propose de passer l’hiver, pépouze, en compagnie de ce Geocidal inattendu et inspiré.

Mattooh

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