chronique · 22 novembre 2013 · Rock / Folk
Disappears
Era
"Avec l'ère des machines, beaucoup d'esprits se croient robots." Louis Pauwels
par Booboow
Si nous sommes passés de l'ère des machines à celle des microprocesseurs, l'humain prime toujours devant les robots (enfin bon, ça se discute). A notre époque, pour avoir du succès dans le monde de la musique, de nombreux soi-disant artistes et maisons de disque ne font que produire à la chaîne une bouillie prédigérée et insipide martelée à longueurs d'onde et de journée dans le but d'atteindre les cerveaux lobotomisés des masses dociles et consentantes. [Disappears](Julien Courquin) sort de ce schéma, bien entendu, nous n'en parlerions pas sinon, vous vous en doutez bien (même s'il nous arrive de déverser joyeusement notre bile sur certains suppôts de ce système pourri jusqu'à la moelle). Les chicagoans utilisent l'électricité pour produire en grande série (1 album tous les ans depuis 4 ans, plus quelques EP pour la route) un rock minimaliste, répétitif et sous tension à base de post-punk, de krautrock et de noise, chaque opérateur façonnant un son de manière bien précise : section rythmique lente et pulsative, guitares grinçantes et roboratives , chant scandé froid et itératif. On pourrait les croire robots après tout, répétant chacun leurs motifs à la chaine jusqu'à plus soif. Mais leurs répétitions minimalistes restent bien humaines, et si la cadence ne bouge pas d'un iota , de nombreuses variations parsèment leurs productions qui en deviennent uniques.
Disappears l'annonce dès le nom de l'album, Era, une nouvelle ère s'ouvre à eux. Le départ de Steve Shelley (Sonic Youth), remplaçant de luxe à la batterie, marque un nouvel essor pour le groupe et un retour aux sources pour le batteur parti rejoindre son compagnon de toujours au sein de Lee Ranaldo & The Dust. Si Shelley les a surtout aidés à se faire un nom, ils ne peuvent désormais plus compter que sur leur musique. Heureusement, la qualité est toujours au rendez-vous. Le jeu du petit nouveau, Noah Leger (ex Eletric Hawk) est mis en retrait par rapport à celui bien plus métronomique et pêchu de Shelley, mais c'est aussi parce que les nouveaux titres sont moins incisif et plus insidieux. Le tempo est ralenti, délaissant les sonorités garage noisy de l'excellent Pre-langage pour mieux s'approprier de nouvelles gammes allant du dub au post-punk. Cependant, si vous êtes déjà familiers des réalisations de Disappears, ne vous attendez pas à de grands changements même si vous ne retrouverez pas de titre à l'impact immédiat de Replicate.
L'album s'écoute en effet d'un bloc, le mix et la production de John Congleton (fidèle ingénieur de Disappears qu'on ne présente plus) aidant au rendu froid, monocorde mais ample qu'on leur connaît. Un son reconnaissable oui, mais avec quelques nouveautés s'il vous plaît. Si Era s'ouvre avec Girls, un titre qui démontre parfaitement le savoir-faire des chicagoans dans l'art de forger des brûlots minimalistes sans en avoir l'air, c'est pour tout le reste de cet album que la matière première qu'utilise le groupe est modifiée. Plutôt que de puiser dans leurs sacs à moitiés vides de psychédélisme noisy américain ou dans les champs de choux allemands, ils préfèrent piocher dans les mines dub ou les usines désaffectées post-punk anglaises. Grand bien leur en face. Ultra, pièce maitresse de dix minutes nous le confirme aisément. Si les guitares font toujours dans le traitement thermique à froid et dans le fraisage psyché lancinant, c'est bien la section rythmique qui rabote les restes délabrés du post-punk pour en récupérer des copeaux dub qui s’agrègent très bien au son du groupe.
Si l'hiver est déjà bien là, ce n'est sûrement pas Disappears qui va vous réchauffer avec cette petite beigne glaciale. Le seul moyen de ne pas vous geler les miches, c'est encore d'aller les voir samedi prochain au Point Ephemère (nouvel onglet) (ou bien à Nantes, Laval et Villeneuve d'Ascq) où ils jouent en la très bonne compagnie d'Eraas.
If you go, I go.






Brasser la merde
1 commentaire
P.L
"soi-disant artistes et maisons de disque ne font que produire à la chaîne une bouillie prédigérée et insipide martelée à longueurs d'onde et de journée dans le but d'atteindre les cerveaux lobotomisés des masses dociles et consentantes."
MDRRRRR cette puissance dans le discours.
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