
chronique · 19 novembre 2013 · Rock / Folk
Of Montreal
Lousy With Sylvianbriar
Of Montréal est de ces monuments éternellement méconnus, forgeant depuis ses débuts une pop dérangée sans limite, de style et de goût. Après une période à déformer sévèrement le disco, le RnB et surtout la funk, Kevin Barnes, grand manitou aux commandes, passe avec Lousy with Sylvianbriar par la case "back to basics", sans synthétiseur et sans cotillons.
par Hank
Pour retrouver le calme, Barnes s'est réfugié à San Francisco quelques semaines, où il est devenu obsédé par les poèmes de Sylvia Plath, écrivaine américaine des années 50 chroniquant ses dépressions et ayant fini par se suicider dans sa cuisine. Ça, c'est pour confirmer le fait que Barnes n'est toujours pas un joyeux drille. Mais le résultat est bien plus lumineux que prévu, car Lousy with Sylvianbriar est un disque apaisé et définitivement classique, au bon sens du terme.
Ici, Of Montréal (nouvel onglet) se transforme en héritier poli des influences 60's et 70's qu'il tentait auparavant de défigurer : les Beatles, David Bowie, Beach Boys, The Grateful Dead. Enregistré sur un 24 pistes analogique, le disque transpire la simplicité mais met surtout en valeur, s'il le fallait encore, l'écriture de Barnes. Les atmosphères flottantes de Sirens of your toxic spirit, Colossus, et Amphibian Days sont autant de voiles sur les histoires sombres comptées : dépression bien sûr, folie suicidaire, isolement sont le quotidien des personnages que Barnes rencontre, tentant lui même de s'écarter de ses démons.
S'il y a un genre qui fait surface sur Lousy with Sylvianbriar, hors du psychédélisme habituel compris dans l'ADN du groupe, c'est la country, au sens noble, celle qui a, bon gré mal gré, inspiré Dylan (héros de Barnes) une longue partie de sa carrière. On l'entend largement sur la très cynique Belle Glade Missionnaries et l'introductif Fugitive Air à la pédale steel chopée dans le bayou.
Mais c'est lorsque le groupe rajoute sa touche de skyzophrénie qu'il devient irrésistible, comme sur She ain't speaking now qui doit autant à Denis Wilson que Syd Barrett, ou la cataclysmique Imbecile Rages comptant le dialogue de Barnes et d'un fan exécrable, où l'on se croirait clairement au dernier show de Ziggy Stardust, les paroles haineuses en plus.
Avec Lousy with Sylvianbriar, Of Montréal retourne dans le giron des groupes accessibles (après Paralytic Stalks, disque décapité par la critique, et pourtant fascinant par sa densité et son jusqu'au boutisme), mais signe surtout son meilleur album depuis le chef d'oeuvre Hissing Fauna, are you the destroyer. Avec le recul, on pourrait même croire que Kevin Barnes est arrivé à la réalisation que l'inventivité ne doit plus être son ressort majeur pour avancer, et on s'en réjouit.






Brasser la merde
1 commentaire
clo
"skyrophrénie "
Hein, quoi ?
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