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Pochette de Lightning Bolt

chronique · 5 novembre 2013 · Rock / Folk

Pearl Jam

Lightning Bolt

Dans les années 90, Pearl Jam enchaînait les (bons) disques avec la constance des obstinés, au rythme d’une grosse pépite tous les 2 ans. Mais ça, c’était avant.

par Mattooh

Durant les 10 dernières années, il a fallu se faire à l’idée que nos héros à chemise de laine vieillissaient, et que leur productivité (créativité ?) déclinait. Si bien que depuis Riot Act chaque disque se fait attendre, et Lightning Bolt arrive même, essoufflé, 4 ans après son prédécesseur ; un calvaire, pour les fans invétérés. Dont je fais partie.

Pour moi, c’est bien simple, l’humanité se divise en deux catégories: ceux qui aiment Pearl Jam (nouvel onglet), et ceux qui n’ont pas de cœur. Rentrer dans un débat sur ce groupe avec un indie-objecteur forcené peut être foncièrement embarrassant, mais on ne choisit pas d’être fan de Pearl Jam, et crois bien que si je le pouvais, je me tiendrais éloigné de ces simagrées post-grunge. Dans un monde où « Daft Punk publie une playlist Spotify » constitue une news authentiquement excitante pour toute une frange de la population de moins de 40 ans, il va de soi qu’arborer une telle addiction en soirée est l’assurance de se faire traiter de bûcheron arriéré plus souvent qu’à son tour mais, espérons-le, un jour justice sera faite et les fans de Daft Punk devront vivre avec le même handicap social.

Sérieusement, pourquoi ne pas aimer Pearl Jam ? La voix chaude et ample d’Eddie Vedder, les lignes de basse moelleuses de Jeff Ament, les soli aiguisés de Mike McCready et tout ce cheptel de classiques heavy-grunge à chanter, hurler sous la douche, en voiture ou dans la fosse d’un grand festival ; peu de groupes de leur stature offrent un tel package. Et quand cela te touche, tu pardonnes tout : Mike McCready qui fait le même solo avec le même son tous les soirs depuis 20 ans, le talent du batteur Matt Cameron largement sous-exploité, les disques boiteux, les manières et l’alcoolisme ostentatoire de Vedder en live, ses attitudes un peu trop appuyées des années 90 ou de l’époque W. Bush… tout. Et puis, on n’est pas américain, mais l’engagement du groupe doit résonner différemment quand on a la malchance de l’être.

Depuis l’éponyme de 2006, Pearl Jam structure ses disques autour d’une poignée de brillantes décharges grunge-punk placées en tête de gondole (Worldwide Suicide, Comatose, Gonna See My Friends, Get Some) et le même quota de belles ballades coin-du-feu (Just Breathe, sur Backspacer, en est le meilleur exemple). Le problème, c’est le remplissage à l’œuvre sur le reste des titres enregistrés, et depuis 10 ans on ne compte plus les chansons jetables navigant entre classic-rock en chaussons, power-pop ampoulée, et pop-punk expédié (Cropduster, Marker In The Sand, Unemployable, Johnny Guitar, Force Of Nature…). Frustrant, parce que ces morceaux de rock patauds sonnaient nettement plus comme de la paresse artistique que comme un manque d’inspiration ou la fin des haricots. L’accroche instrumentale, elle, était toujours là.

Lightning Bolt confirme malheureusement cette tendance, et l’amplifie même. Le groupe n’a pas retrouvé l’envie de trousser des titres ambitieux, sophistiqués ou carrément expérimentaux comme il en dopait ses disques depuis Vitalogy (1994) jusqu’au mal-aimé mais très riche Riot Act (2002). C’est pourtant dans ce sens que Pearl Jam annonçait Lightning Bolt, « un disque bien meilleur que Backspacer » et plus « expérimental », à en croire McCready. Ca citait Pink Floyd et U2 (oufti !) comme influences, bon, pourquoi pas, après tout à ce stade de leur carrière un disque pantouflard mais pétri de classe sobre dans la veine de Binaural (2000) m’aurait très bien convenu. Au final, à l’écoute des titres les plus « expérimentaux », on entend surtout une clique de quinquagénaires assez larguée et plus focalisée sur les derniers disques de U2 et Pink Floyd. L’abominable balade Sirens synthétise même tout ce que je redoute chez Pearl Jam : la mélodie téléphonée pour faire chanter les stades de yankees briquets à la main, le clavier qui en remet une couche sur la fin, le solo de guitare sans gêne pile à l’heure, les chœurs embarrassants, bref, tout ce que le grand public attend du groupe.

A ce sujet, j’en suis mortifié mais en 2013 une majorité de critiques et d’admirateurs semble n’avoir écouté qu’avec une oreille les 10 disques sortis par Pearl Jam après Ten – ce foutu premier album, loin d’être leur meilleur mais rempli des classiques emblématiques du groupe et qui déchaînent toujours les foules en live. Personnellement, j’adore entendre ces chansons en concert mais à l’écoute je ne place même pas ce disque dans le top 3 du groupe. Surtout, il représente mal la musique de Pearl Jam puisque dès l’exceptionnel Vs (1993), les influences hard-rock 70’s se sont estompées au profit des vraies marottes de Vedder & friends : le punk des Sonics, le rock des Who et le folk/classic-rock de Neil Young. Avec des titres comme Sirens ou Infallible, les clients du Pearl Jam grandiloquent devraient être ravis et retrouver l’emphase suffisante pour verser leur petite larme.

Heureusement, Pearl Jam conserve sa capacité à écrire des mélodies accrocheuses et à se faire violence. En particulier, et comme sur chaque album, les premiers titres sont irréprochables, en tout cas par rapport aux standards du groupe : Mind Your Manners comme à la bonne vieille époque de Vitalogy, et la doublette Getaway / My Father’s Son qui compacte énergie et copyright mélodique, cette hyper-sensibilité du chant de Vedder qui rend si attachante les meilleures compositions burnées de Pearl Jam. On peut toujours trouver que PJ sonne comme les dizaines de groupes post-grunge qui ont tenté de l’imiter, mais aucun autre groupe n’est capable de rendre si attachants et humbles ce genre de titres puissants et toujours un poil surjoués. Allez, Lightning Bolt, la chanson éponyme, passe encore. Mais passé ce cap, c’est morne plaine.

Ce qui me chiffonne avec ce Pearl Jam en pré-retraite, c’est qu’on ne retient plus grand-chose du travail des guitares - heureusement d’ailleurs que Jeff Ament joue des coudes à la basse, avec son jeu souple, puissant et super mélodique. Peu de titres des années 2000 donnent envie d’empoigner une gratte pour tenter d’en reproduire les trouvailles, puisque Stone Gossard et Mike McCeady n’ont plus que des power-chords à offrir et quelque tentatives poussives qui n’« expérimentent » pas grand-chose de plus que quelques effets vaguement FM, quand ce n’est pas carrément un clavier dégueulasse qui s’y colle (Infallible, Pendulum). Allez, je sauve l’agréable petit boogie-pop Let The Records Play du marasme, avec pour le coup un travail un peu intéressant sur les six cordes, exceptionnellement sorties de leur torpeur. Sleeping By Myself est bien une jolie balade Vedderienne, mais … elle était déjà sur son dernier album solo – celui entièrement arrangé au ukulélé – et ne sort pas gagnante du traitement hyper classique que les quatre autres lui infligent.

Au final, c’est bien la première fois que je me retrouve à court d’excuses face à un disque de Pearl Jam. On ne peut pas dire que le groupe s’étale lamentablement, puisqu’en filant à ce point sur le confortable rail de son glorieux passé il ne peut rien lui arriver de bien grave. Mais si le tout se tient encore à peu près, Lightning Bolt est surtout un album fini au sucre pour l’allonger et lui donner plus de goût ; et la pulpe, dans tout ça ?

Mattooh

Brasser la merde

2 commentaires

  1. gaetan

    ??????

  2. pali

    Je croise quelqu'un du même avis que moi sur ce blog.

    Un pote me dit "Pearl Jam à Werchter, intéressé?". Je réponds "pour sûr mais quid de leur nouvel album?"

    Je consulte le web. ok, nouvel album sorti en mi-octobre: "Lightning bolt". Le nom donne envie d'écoute et donne la promesse que ça risque de bien réveiller les esgourdilles. Une vidéo du clip "Mind your manners". Hmmm, c'est pas mal. Recherche d'un autre titres: "Sirens", heuuuu... wtf? Je passe ensuite sur un site pour écouter des morceaux des titres... Je n'ai pas été éblouis. Ca me rappelle les albums précédents dans la plupart des titres et pas les plus anciens albums (et plus audacieux à mon humble avis). En tout cas, rien qui me donne envie d'écouter plus. Pourtant, j'adore ce groupe... ou peut-être que j'adore ce groupe à ses débuts. Même l'album d'Eddie Vedder (celui de la bande son du film Into the wild) me fut plus agréable que celui-ci.

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