silent weapons for quiet wars

Pochette de The Black Ideal

chronique · 23 septembre 2013 · Techno / House

various artists

The Black Ideal

par CMPTD\\Void

The Black Ideal, compilation monochrome qui de prime abord ressemble fort bien à une sorte de All Star Game de la Techno : un line up de damnés (Ancient Methods, Mondkopf, Polar Inertia, Shifted, Casual Violence, etc.), un packaging alléchant, une iconographie toute de rouilles et d’ombres. Bref, à l’annonce de la sortie déjà, nous sommes partagés entre fol enthousiasme et scepticisme désabusé. Problématique récurrente et intrinsèque à la Techno : est-il possible de produire un LP sans se fracasser le crâne sur les écueils propres au genre (linéarité ou incohérence, longueurs, arrière goût de charbon ou au contraire platitude insipide) ? Le format Various Artists semble, dans ce cas précis, offrir une alternative intéressante - bien qu’elle puisse a priori sévèrement entamer la cohérence de l’ensemble, mais restons souples, voulez-vous ? -.

Premère sortie du label Unknown Precept (nouvel onglet), nouveau venu dans le friche Techno parisienne, il n’en fallait pas tant pour attiser notre curiosité mais c'est ici encore un poids favorable supplémentaire dans la balance déjà copieusement lestée de notre avis sur la question. La première écoute de l’objet ne laisse pas indemne. Empruntant ses principes à l’Esthétique de la Destruction, elle dresse des tours célestes qu’elle souffle d’un blast, érige des icônes qu’elle macule, remodèle à l’acide sulfurique par la suite puisque faite d’enchainements aussi habiles qu’irrévérencieux de tracks séraphiques et de caillassages Techno en bonne et due forme. On apprécie particulièrement les manœuvres burnées de certains artistes s’attaquant à des registres qu’on ne leur connaissait pas – i.e. le Noise / Ambient presque léger d’Ancient Methods quoiqu’encore bien flanqué de glitches industriels ou encore la Techno extatique de Saåad & Mondkopf dont les dernières sorties n’auraient pas laissé présager une telle dextérité dans le façonnage du souffle, de l’ether -.

De belles surprises mais également des productions racées comme nous aurions pu les attendre des artistes cités précédemment. L’excellente Antimatter de Polar Inertia ne laisse elle aucun doute, yeux mi-clos ou non, toutes lumières éteintes, personne n’est dupe. De la pure Techno polaire comme on en redemande. Le duo, silencieux à la boutonnière, joue la carte de la sobriété comme à son habitude. L’esquisse est large et circonstanciée, la progression parfaitement dosée, élancée par ses propres pulsations concentriques. Autre exemple, avec Reinforcement, le duo britannique AnD, faux à la main, sectionne les artères fémorales avec l’aisance qu’on leur connaît. Les engrenages et les vérins en pleine déperche de WD40 grincent à l’unisson. La distorsion des métaux c’est un métier, tâchons de ne pas l’oublier.

Pour d’autres néanmoins, on sent ici, si ce n’est de la paresse, un manque d’inspiration flagrant. Nommons, sans crachats superflus malgré tout, les platitudes du bon élève Deep Techno Svreca qui contrairement à son habitude, laisse s’étendre une digression fade. Privée de ses reliefs et trouvailles inespérées, sa Deep Techno en devient insipide, voire emmerdante. S’inscrira dans cette même rubrique la conclusion de Violetshaped – et c’est pourtant en vrai amateur de leur musique que je parle – qui reste faiblarde, cantonnée dans son refus du 4 x 4 et vrombissant de parts et d’autres sans réellement arriver à définir son propre contour. La track n’éveille rien, aucune haine, aucun spasme cervical ni arrière goût de menstruations. Rien. Mais inutile de s’appesantir plus longuement sur les impairs de cette compilation.

Inutile en effet puisqu’à défaut d’être aussi infaillible que son line up, cet ambitieux idéal noir a le mérite d’assumer une certaine vision de l’Avant (garde) Techno. Aux confluents de la soustraction Ambient / Noise – où la motricité n’émerge plus du battement mais de la linéarité faite flux – et de la multiplication Industrial Techno – où le règne de la percussion prospère au point de rompre l’idée de boucle Techno –, on appréciera ici l’absence de compromis, la radicalité et la compacité de l’objet. La Techno n’a jamais fait rire pourquoi donc commencer maintenant. Assumer sa pluralité et sa noirceur sans clichés, c’est déjà en soi un certain idéal. Une bien prometteuse première sortie pour Unknown Precept en somme.

CMPTD\\Void

Brasser la merde

2 commentaires

  1. Knutt

    Bonne chronique (un peu en retard quand même). Cela me donne envie de remettre un coup d'oreille à cette sortie du coup

  2. Globule

    Oui, belle chronique ! Magnifique le ternaire et le son de Polar Inertia.

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