chronique · 19 mars 2014 · Rock / Folk
Elbow
The Takeoff And Landing Of Everything
Elbow est une heureuse anomalie.
par Mattooh
En parallèle de ses groupes siamois (I Am Kloot, les Doves et Gomez), Guy Garvey et les siens se permettent depuis la fin des 90’s de faire du pop-rock brillant … en Angleterre. Dans ce pays où la musique à guitares est dans un état de désolation qui confine à la catastrophe culturelle, ces quatre groupes imposent des standards de qualité surdimensionnés, en ne sortant quasiment que des bons disques. Malheureusement les ressortissants anglais qui s’exportent massivement sont les pires, et la suprématie artistique de nos esthètes passe relativement inaperçue sur le continent. Elbow (nouvel onglet) et les trois autres ne jouent pour ainsi dire jamais en Franque, pour certains leurs disques n’y sont même plus disponibles qu’en import et les amateurs n’ont plus que leurs yeux pour pleurer, ou Internet pour passer des commandes.
Cela va-t-il changer ? Aucune chance. Même le Brit Award du meilleur groupe anglais, obtenu par Elbow en 2009 au nez et à la barbe de Radiohead et Coldplay (LOL) n’a provoqué ici qu’un imperceptible frémissement (et, enfin, une date parisienne deux ans plus tard – temps de réaction habituel) tandis qu’il replaçait le groupe au centre de l’attention outre Manche. Il faut dire qu’après des débuts remarqués (Asleep In The Back, en 2001, avait eu droit à son quart d’heure de gloire, dans la grande tradition saisonnière de la pop anglaise post-Blur et Oasis), Elbow était en passe de ressortir des radars médiatiques jusqu’à ce que ce sublime The Seldom Seen Kid (2008) bénéficie de l’attention qui lui était due.
Par rapport aux autres, le péché mignon d’Elbow, c’est une certaine grandiloquence discrète. Guy Garvey injecte dans ses compositions l’héritage prog-pop totalement assumé de Peter Gabriel. Laissant énormément d’espace à son bel organe, Garvey chante aussi divinement que ses acolytes sont inspirés dans leurs arrangements. Claviers, ensembles de cordes, basses saturées, guitares premium, chœurs par dizaines, Elbow ne se refuse rien en studio si bien qu’on retrouve généralement une dizaine d’individus sur scène durant leurs concerts.
Publié en éclaireur, le titre Fly Boy Blue/Lunette rappelle de bons souvenirs : cette mélodie en douce tension, suspendue à mi-hauteur, se dévoile comme un clin d’œil au titre Any Day Now qui avait révélé le groupe en 2001. Un bon signe, et une chanson superbe dans ses différentes phases de composition comme dans ses arrangements. Le second sommet de The Takeoff And Landing Of Everything est l’entêtant single New York Morning, si bien qu’en dépit de l’homogénéité du disque, sa première moitié est la plus mémorable. Et Elbow de rester Elbow, et sa musique de rester l’expression d’un crooner un peu désuet, façonnée à l’ancienne et pétrie de la classe réconfortante qui va avec. Pas de tube, mais une douce constance qui donne presque l’impression de déjà connaître le disque à la première écoute.
En se replongeant dans la discographie d’Elbow, on se souvient qu’il y a aucun mauvais disque, chacun abritant humblement ses pépites. En revanche, un pattern se dessine : une alternance disque excellent/disque inégal. Le précédent (Build A Rocket Boys !, 2011) n’étant que partiellement réussi (en fait, surtout plombé par une lenteur excessive), ce The Takeoff And Landing Of Everything promettait d’être « plein » pour respecter l’alternance. Mission accomplie : suivant le chemin d’I Am Kloot, qui a sorti le superbe Let It All In il y a un an, Elbow vient de sortir un très beau disque. On ne parle pas non plus d’un résultat du niveau de l’inégalable The Seldom Seen Kid, mais d’un opportun moment de grâce tranquille, une belle bulle de musique hors des tendances pop et imperméable à la médiocrité britannique ambiante. On attendra juste un peu plus de turbulences au prochain vol, ou plutôt celui d’après.






Brasser la merde
3 commentaires
Laurent
Est-ce la voix ? Deux syllabes de cuivres brièvement étirées en fin de morceau ? Qu'est-ce qui rendait si poignante une chanson comme Powder Blue, au lyrisme languissant de prime abord assez plat et convenu ? Je n'ai aucune idée d'où sort le charme indélébile qui émane d'Asleep in the back, qui pointe plus rarement son nez dans leurs disques suivants mais trouve quand même le moyen de s'y révéler dans quelque coin. Sa musique me semble souvent ennuyeuse mais je ne peux qu'aimer ce groupe, ça s'impose et je ne me l'explique pas. J'aime sourdement la banalité anormale d'Elbow ( sourdement comme on dit aveuglément, je les réécoute de temps à autre mais pas besoin, c'est resté, je les entends), on peut par épuisement s'attacher à la banalité, mais le pouvoir de faire basculer celle-ci dans le vif de l'émotion n'est assurément pas banal.
Philippe 4
On engage aux Inrocks si tu veux.
kehezen
New York Morning peut faire penser à un roman de Bret Easton Ellis, allez savoir pourquoi.
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