chronique · 21 mars 2014 · Rock / Folk
Pillars & tongues
End dances
« La musique met l’âme en harmonie avec tout ce qui existe. » Oscar Wilde
par Booboow
Comme nous vous en parlions récemment, la ville de Chicago a défini les contours du rock/noise/post des années 90 avec les labels Touch and go (Slint / Brainiac / Don Caballero / Shellac / Shannon Wright / Jesus Lizard) ou Drag City (Royal trux / Bill Callahan / Red krayola / Palace music ). Mais pour notre sujet chicagoan du jour, Pillars & Tongues (nouvel onglet), c'est vers les expérimentations abyssales et passionnantes des labels Kranky (GY!BE / Labradford / Grouper / Tim Hecker / Low / A Winged Victory For the Sullen), Thrill Jockey (Barn Owl / Mouse on mars / Tortoise / Trans Am) ou Atavistic (Glenn Branca / Lee Ranaldo ou pour ses versant plus jazz expé Gustafsson / Vandermark / Nilssen-Love / Brötzmann) qu'il va falloir se tourner.
Au diable donc (le name-dropping) l'éternel trio guitare / basse / batterie des fieffées nineties estampillées Touch and go ! Place au trio harmonium / percussions / violon le tout branché sur sampleurs... pour aboutir à une folk ambiant électronique, somme toute assez expérimentale et poussant même à l'orée du jazz. Voilà qui pourrait parfaitement définir la musique de Pillars & Tongues (mais également des 3 labels pré-cités). Débarassés des carcans folk primesautiers (guitares/banjo/mandoline et tutti quanti), Ben, Beth & Mark pourlèchent les circonvolutions des piliers des musiques expérimentales, nous proposant leur digestion mystique et bourdonnante de la face cachée de Chicago depuis 2007. C'est pourtant avec leur 7ème galette en 7 ans, End Dances, que le contact se fait, notre oreille étant accrochée par le soupçon de pop ajouté à leur bouillon de culture.
Le pilier de Pillars & Tongues, c'est bien entendu l'harmonium. Sa respiration ronflante insuffle vie à leur musique (Bell + Rein). Cette vie qui se développe, qui respire et nous happe, c'est cette utilisation d'instruments "anciens", pour en faire des boucles ou drones virevoltants (particulièrement frappant sur l'introspectif et planant Ends, qui porte bien son nom). Cet instrument inspire et expire de façon ensorcelante sur chaque titre. La basse quant à elle, est toujours très ronde et enveloppante, limite aquatique (Dogs). Si elle n'est pas présente sur chaque titre (Ben Babbit est également préposé aux percussions et à la batterie) elle apporte un côté réconfortant, nous berçant doucement, nous invitant même au voyage intérieur sur Travels. Tandis que les percussions se font légèrement tribales, nous invitant à la transe, le violon, mystique, nous envoûte par ses volutes orientales ou plus classiques. Un des meilleurs titres, Bell + Rein, nous montre l'étendue du talent du trio (avec l'aide de Théo Karon ingé-son aux bandes magnétiques), chaque musicien apportant tour à tour dans le morceau son savoir-faire pour mieux nous hypnotiser. Le tout est parsemé de boucles et de subtils filtres et effets pour un rendu frôlant parfois le kitsch suranné des années 80, mais s'en jamais dépasser la limite qui habituellement nous fait prendre les jambes à notre cou.
Mais s'il est question ici de pilier, ce sont pourtant les langues qui se délient admirablement jusqu'à nous rappeler les timbres des barytons Peter Gabriel ou Brian Perry (Dead Can Dance) et font tout le charme du trio. Les harmonies vocales entre le baryton Mark Trecka et la douceur féminine de Beth Ramis et les mélodies entre new-wave et litanies religieuses amènent des sonorités spirituelles et enveloppantes (Medora / Ships) que l'on peut rapprocher encore une fois de Dead Can dance mais aussi de Wovenhand. Les chœurs ne sont pas en reste. Se faisant tantôt percussif, tout en écho (Knifelike), tantôt flottants, pour mieux accompagner l'ensemble céleste (Dogs / Travels).
Pillars & tongues est un arbre de connaissance avec des racines puisant dans les expérimentations folk alentour, un tronc ambiant, des branches populaires et des feuilles nervurées de mysticisme. Une harmonie naturelle.






Brasser la merde
1 commentaire
Kyklops Karsten
steu pochette de merde
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