
chronique · 5 mars 2014 · Rock / Folk
St. Vincent
St. Vincent
Au cours de la carrière de St Vincent, la belle Annie Clark a retourné la question de « l'art-pop » dans tous les sens. Tout d'abord en jeune élève de conservatoire pas si naïve (la douceur un brin ironique de « Marry Me »), puis en réalisatrice d'une bande très originale qui mélangeait scènes de cinéma et scènes de vie avec un point de vue glacial (« Actor »), et enfin en mère d'un monstre synthétique aux discours obscurs mais aux petits bras qui vous prennent à la gorge (« Strange Mercy »). Nommer ce quatrième opus « St Vincent » voudrait-il dire que la mutation est désormais complète et parfaite ? Voyons ça.
par Hank
S'il y a bien une caractéristique, outre la caisse d'étiquettes qu'on peut lui donner (indie/math/electro rock, funk, chamber-pop, experimental), qui est restée collée à la musique de St Vincent depuis ses débuts, c'est la prétention. Celle d'être raffinée, au dessus du lot, précurseur, mais aussi souvent celle d'avoir un bagage culturel conséquent (textes en références à Godard, Terrence Malick, Philip Roth, Jenna Holzer), ce qui a toujours formé un mélange difficile à digérer pour l'auditeur "inculte" (hello).
St Vincent est, miracle, un disque accessible et prétentieux à la fois. Annie Clark décide ici de mêler au maximum l'organique et le synthétique pour critiquer de plus près la décennie en cours. Entre une histoire de course-poursuite nue dans le désert avec un serpent (L'irresistible electro-funky Rattlesnake) et un appel aux donations d'émoticoeurs à peine cauchemardesque (Bring me your loves, qui chaloupe entre des claviers contortionnés et fuzzy) l'album est un journal sonore de la solitude, de la profusion d'idées, de la fantastique perdition dans laquelle l'ère Internet et "réseau social" nous baignent. Mais outre un concept terriblement bien choisi, nous avons surtout affaire à des chansons bien troussées, qu'elles prennent une voie plus classique (la pop légère et nostalgique de Psychopath, la ballade musclée et jouissive Regret) ou vraiment lunatique (Huey Newton, qui passe du cabaret langoureux au boulet de canon rock fuzzy) ou encore Every Tear Disappears (qui allie lyrisme et orchestres de robots détraqués).
On pourra néanmoins reprocher à St Vincent d'accoucher d'un disque qui sonne souvent démonstratif, et assez constipé du coeur, privilégiant souvent le groove, le déballage de riffs et boucles de synthé travaillés à la machette et/ou au burin, atrophiant les sentiments même lorsqu'ils sont censés être au centre des attentions. Par exemple sur I prefer your love, dédiée à sa môman qui a vécu quelques graves problèmes de santé il y a peu. Qu'importe, Annie Clark n'a jamais été une artiste confessionnelle, et c'est bien pour ça que sa musique passe par tous les chemins les plus escarpés. Pour brouiller les pistes, et nous laisser avec des questions plutôt que des réponses.
Une des plus grandes qualités des disques qui expérimentent et réussissent à capter l'oreille, à remuer la matière grise, c'est qu'ils ne sont pas compressibles en une bribe de mots, difficilement arrangés sur un espace virtuel et perissable. If I can't show it, If you can't see me, what's the point of doing anything explique ironiquement Annie sur Digital Witness, critiquant nos démonstrations et nos commentaires qui deviennent plus importants que nos actions. Ceci est une démonstration, un commentaire, et ça ne vaudra pas un coup d'oreille ci-dessous, ni même un coup de porte-monnaie à votre marchand de galettes noires et argentées, pour être converti.






Brasser la merde
2 commentaires
Zwei Kreise
Excellent disque et critique à l'avenant. St. Vincent me retourne le cerveau avec une constance et une régularité effrayante. Facilement un des meilleurs albums de ce début 2014 (large).
madfab
la dame sait écrire des chansons pop de très haute volée...ça devient rare de nos jours ...et merci pour la chro ..
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