
chronique · 9 avril 2013 · Rock / Folk
Endless Boogie
Long Island
Ce disque et ce groupe commencent à faire parler, et ça fait plutôt plaisir. La justice pénétrerait-elle les milieux musicaux les plus ingrats ?
par Mattooh
Tu veux savoir de quoi on cause, lecteur fourbu ? Ma tâche va être ici excessivement aisée, puisque rarement un groupe a aussi bien porté son nom. Te voilà donc, un peu méfiant, face à un space-hard-blues-stoner-boogie psychédélique sous influence Canned Heat et Hawkwind / Motörhead (enfin surtout Hawkwind mais de toute façon peu importe, c’est l’esprit de Lemmy qui importe ici) sans gêne, dont les chansons tournent en moyenne autour des 10mn. Mais alors que ce genre de pratique devient quelque peu monnaie courante (dans le milieu, hein, parce que bon, le petit peuple de la rue n’a jusqu’à preuve du contraire toujours rien à branler d’une bande de barbus ventripotents s’acharnant à passer à tabac des riffs mal dégrossis – toujours remettre les choses en perspective) et qu'à force de s'enfiler d'interminables jams mal branlées on en viendrait presque à écouter les Foals pour se tasser le cérumen, Endless Boogi (nouvel onglet)e (nouvel onglet) innove : miracle, ce n'est pas chiant.
Un dépeçage track by track étant relativement superflu dans une masse de musique aussi cohérente, je me contenterai d’y relever un highlight parmi d’autres: The Montgomery Manuscript en l'occurrence, et ses 14mn complètement chipées à Can et Hawkwind mais surtout complètement fabuleuses. Il est assez difficile de mettre le doigt sur ce qui, fondamentalement, fait la différence entre eux et les pelletées de jeunots qui s’escriment à appliquer les mêmes méthodes en espérant arriver au même résultat mais finissent, après une demi-écoute, écrasés dans des corbeilles électroniques aux 4 coins du monde, suite à de nerveux clics droits de dépit. Mais le fait est que le résultat est ici riche et hypnotisant comme il y a 40 ans, et ces 14mn en sont la quintessence : oui, on peut faire tourner un unique riff en boucle aussi longtemps, et rendre cela passionnant par de menues nuances, un groove mécanique de l’enfer, quelques variations d’intensité bien senties, les occasionnelles vocalises vaudou et surtout : une énorme paire de balloches.
Ce mille-feuille de guitares et de basse, délicieusement touffu, offre un son d’une chaleur qui ne peut pas sortir de nulle part (Occult Banker, On Cryology, délices invraisemblables du monde moderne). Et effectivement, ces garçons ne manquent pas de métier. D’un âge cumulé dépassant allègrement les 200 ans (dont près de 60 rien que pour son chanteur-guitariste, Paul Major – ce grand gars stoïque coiffé comme Carla Bruni sur la photo), Endless Boogie est un quintet de zicos aguerris trainant leurs carcasses dans la scène new-yorkaise (eh oui) depuis bien longtemps, et travaillant tous dans le milieu de la musique. La légende veut même que la mort de Sonic Youth en fasse le plus ancien collectif new-yorkais. Des trois guitares officiant sur Long Island (on est jamais trop prudent), l’une est tenue par Matt Sweeney, ex-Zwan (groupe éphémère monté par un Billy Corgan déboussolé sans ses citrouilles), ex-Chavez (ce génial groupe de slackers noisy dont tout le monde se tape, entre Sonic Youth et Dinosaur Jr) et collaborateur occasionnel de Cat Power, Bonnie Prince Billy ou Current 93 ; pas des lapins de 6 semaines, quoi.
Fun fact : on doit remercier Stephen Malkmus pour beaucoup de choses dans la vie, et l’une d’elles est l’éclosion d’Endless Boogie. C’est en effet à la demande du leader de Pavement que le groupe donna son premier concert en 2001, afin d’assurer les premières parties du monsieur et de ses Jicks. C’est ainsi que d’un défouloir entre potes, Endless Boogie a progressivement mué en un groupe en bonne et due forme, venant aujourd’hui jouer son rock des comptoirs américains lors de concerts payants en Europe (17 avril à Paris, Point Ephémère ; retiens). Plusieurs disques furent écrits dans l’intervalle, dont ce Long Island qui nous occupe aujourd’hui. Un disque plus étiré que ses prédécesseurs, d’une durée délirante (80 minutes de musique, soit le maximum pouvant être gravé sur CD) jouant à fond les cartes de l’hypnose et de la répétition. Mais ce n’est pas tout : avec un feeling déconcertant, les 6 toutes petites minutes de Taking Out The Trash se permettent de terrasser les Rolling Stones sur leur propre terrain, celui d’un blues ceinturé de barbelés électriques, efficace à en chialer.
Oh, je sais bien : tu viens sur SWQW avant tout pour y pécho de la came électro non coupée, genre premier choix, et occasionnellement pour te repaître du tronçonnage de la dernière raclure tapineuse de la scène mongolo-électronique franquaise. Que vas-tu donc bien pouvoir faire de ces papys poilus et de cette quantité absurde de riffs étalés grassement ? Mais bordel, laisse-toi aller. Et si ce disque ne déchaine pas dans ta cage thoracique une excitation au moins aussi primale que la lecture de la chronique du dernier Kavinski, alors seulement je renoncerai et te laisserai attendre le leak du nouveau Daft Punk pour filer, triste et blême, sur les autoroutes de l’ennui.






Brasser la merde
6 commentaires
KEfen
J'avoue que la recette annonçait un banale gateau au yoghourt, mais putain ça fait du bien de redécouvrir le fameux gateau au yoghourt de ta grand mère ! La chaleur des guitares, la subtilité de la batterie, les nuances de l'ensemble et l'état de transe inévitable est juste jouissif... J'avais plus faim de ce genre musicale mais là c'est de la gourmandise et j'ai peur qu'elle se transforme en addiction, j'en veux plus!!!
P.L
J'aime beaucoup le "terrasse les Stones sur leur propre terrain" :D. Cette chronique ne manque pas d'enthousiasme on va dire, ça fait plaisir et ça pourrait bien combler mes manquent épisodiques de guitares (entre deux rails d'électro non coupée).
Seekle
Moi qui commençais à me lasser du rock ça fait du bien d'entendre ça. Bonne chronique
Globule
Belle chronique, merci. C'est sûr qu'un tel album, ça fait du bien par où ça passe. Globule, amateur d'électron non coupée, mais aussi fan des Stooges.
SEN
Pétard ! Voilà un album qui fait du bien !
RUNNINGSHINE
"un gigantesque rot en FA majeur" pour paraphraser un confrère...
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