silent weapons for quiet wars

Pochette de I See Seaweed

chronique · 25 avril 2013 · Rock / Folk

The Drones

I See Seaweed

par Julien Lafond-Laumond

Vous avez peut-être remarqué que sur SWQW, on parle rarement de chefs-d’œuvre. On prend ce terme au sérieux, du coup on évite de toutes les semaines vous le balancer à toutes les sauces. Un chef d’œuvre, par définition, est un disque rare. C’est pas seulement un excellent disque, qu’on adore écouter ou qui nous passionne, c’est encore autre chose. Le chef d’œuvre, du moins au sens où je l’entends, est obligatoirement un aboutissement, un point de non-retour, un disque après lequel ça ne peut plus être pareil.

Au fond, je pourrais même envisager des chefs-d’œuvre que j’apprécie moyennement, voire qui ne me plaisent pas du tout. Tant que le disque va au bout de ses idées, qu’il est formellement indépassable et qu’il incarne quelque chose de fort, il peut être un che-d’œuvre. Pour moi, le nouvel album de The Drones en est un. Et je l’aime à en crever. Sauf que j’ai du mal à imaginer que tout le monde puisse ressentir la même chose. Déjà parce qu’il est issue de scènes dont les lecteurs de SWQW ne sont pas forcément habitués, ensuite parce que The Drones se débat au milieu de noms qui font déjà référence dans le milieu et qu’il est difficile pour eux de se faire une place auprès de leurs aînés. Tant pis je l’assume, et je vais essayer de vous en convaincre : I See Seaweed est un authentique chef-d’œuvre comme on croise que rarement, un disque auquel on peut être sensible ou pas, mais qui, avec autorité, se pose-là quoiqu’on en pense.

I See Seaweed est le sixième disque de The Drones, groupe Australien particulièrement sous-exploité qui depuis une dizaine d’année balance à qui veut l’entendre des grands disques de rock sale. On dit de leurs albums et plus encore de leurs concerts qu’ils sont abrasifs et sulfureux, couillus et romantiques. I Sea Seaweed correspond bien à tous ces adjectifs et s’inscrit avec fluidité dans la discographie du groupe, à la différence que ce dernier va encore plus loin dans l’efficacité et dans, si j’ose dire, la virtuosité des marécages.

Pour approcher ce disque, on pourrait le situer entre les grandes dépressions folk-noise de Neil Young et du Crazy Horse et les coups de boutoirs psyché-rock de Led Zeppelin. Ou, pour prendre des groupes plus contemporains, entre la fièvre sentimentale des Walkmen et l’ampleur instrumentale des Swans. The Drones est entre ces deux pôles : ni franchement pop, ni clairement expérimental, mais les deux simultanément. I Sea Seaweed est composé de huit vraies chansons, merveilleusement écrites, composées et interprétées par Gareth Liddiard ; et ces grandes trames mélodiques sont ornées, présentées sous les atours des plus grands disques de rock de poilus, avec des musiciens incroyablement doués et déchaînés, des structures complexes et un son pour le moins brutal.

Parfaite fusion des contraires, I See Seaweed est un disque marqué du sceau de l’évidence. Puissamment charpenté et jouissant de constructions retorses, il explose immédiatement en bouche et tient en haleine comme un grand spiritueux. Il déploie ses subtilités sans faire de manière, te frappe une joue tout en te caressant l’autre. Il ne se prive d’aucune vertu, d’aucun vice. Il est tout simplement parfait, dans son genre, dans sa sensibilité, dans son univers. À chacun après de voir si tout ça l’intéresse.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

4 commentaires

  1. lexo7

    tuerie

  2. Samuel Rosenstock

    Excellent ! Un des meilleurs albums de cette année. Mais pourquoi ne pas avoir mentionné d'autres influences aussi évidentes, notamment celle de Rowland S. Howard ?

  3. julienl

    C'est vrai qu'on aurait pu faire des références 100% australiennes, les mecs The Birthday Party, les Dirty Three pour la mélancolie. Question de choix. Et puis j'avoue que je connais pas bien toute la carrière de Rowland S. Howard, même si ça a l'air génial.

  4. Kaiser

    Excellent album. Le qualifier de chef d'oeuvre est un peu exagérer d'après moi mais certes.

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