silent weapons for quiet wars

Pochette de The Edge Of An Era

chronique · 26 avril 2013 · Rock / Folk

Blaak Heat Shujaa

The Edge Of An Era

Il y a quelques mois, je t’annonçais le prochain album de Blaak Heat Shujaa comme un probable masterpiece, via un teasing de dingue suite à la parution d’un fabuleux EP envoyé en éclaireur avertir les foules candides de profanes barbus.

par Mattooh

T’ai-je induit en erreur, lecteur retorse ? Absolument pas. Mais à l’écoute de ce LP, on comprend bien pourquoi le groupe a voulu scinder la sortie de ses derniers enregistrements en deux disques différents, car The Edge Of An Era est bien différent de The Storm Generation et leurs compositions respectives auraient perdu à cohabiter sur un unique disque.

Entendons-nous bien : les ingrédients restent les mêmes. Blaak Heat Shujaa (nouvel onglet) n’a pas fondamentalement changé, et l’intégralité des titres constituant les deux disques ont d’ailleurs été enregistrés durant les mêmes sessions (pour rappel : en plein désert californien, dans le ranch-studio de rien de moins que Scott Reeder de Kyuss). Seulement, là où The Storm Generation offrait une variété de formats et d’influences étonnante (car inédite par rapport au premier album), avec de longues constructions à tiroirs instrumentales et autres débordements surf-spaghetti où des influences multi-culturelles se faisaient entendre, The Edge Of An Era semble avant tout tourné vers la transe, la méditation distordue et toutes ces fantaisies à l’encens.

Plus particulièrement, cet album est l’œuvre d’individus manifestement marqués par OM, ou tout du moins sensibles aux mêmes vibrations qu’Al Cisneros. On retrouve des motifs de basse simples qui tournent lentement en boucle, avec une guitare qui suit le mouvement ou fraye son chemin en parallèle et un batteur, toujours aussi efficace, qui plombe le tout ou, à l’occasion, le dynamite carrément. Ses déchaînements soudains sur Land Of Freaks, Home Of The Brave sont assez remarquables et ce titre, tout comme Society Of Barricades ou le break central de The Obscurantist Fiend, sonnent ponctuellement comme une version de Tool allégée et d’inspiration moyen-orientale. Des tourneries simples y montent progressivement en intensité, puis se développent en intégrant de progressives variations mélodiques initiées par de subtiles transitions rythmiques. A l’éclosion, un rock psychotrope rampant, fin dans sa lourdeur et rythmiquement chiadé pour un effet totalement grisant ; sur ces titres, la tension sous-jacente sur le reste du disque explose magnifiquement.

Sur Society Of Barricades, on retrouve également des tricots de riffs dont les racines orientalisantes évoquent une vision stoner des univers de Secret Chiefs 3 ou Estradasphere, eux aussi artisans d’une électrification sévère d’une musique d’obédience ni latine ni anglo-saxonne. A une époque où la moindre sortie rock est estampillée « psychédélique » dès qu’un guitariste appuie sur une pédale d’effet, Blaak Heat Shujaa fait honneur au terme et en épouse de multiples formes dans l’essence même de ses morceaux. Et si ses ambitions sont portées par une maitrise technique impressionnante (je ne voudrais pas poser la couche de trop mais ces 3 garçons manipulent leurs outils respectifs avec un brio peu commun), le groupe fait preuve d’une sophistication et d’une finesse qui vont bien plus loin dans l’hypnose qu’une simple déformation du son de guitare ou de filtres sur la voix.

D’un point de vue vocal justement, les pistes semblent relativement peu trafiquées et si le timbre particulier de Thomas Bellier reste tout à fait reconnaissable, la filiation avec les déclamations d’Al Cisneros est là encore bien présente. Mario Lalli, des fantastiques Fatso Jetson, est invité sur Penham Blue et fait des merveilles dans un environnement musical finalement assez différent de ses propres groupes. Autre luxueux et exubérant invité, le poète gonzo Ron Whitehead voit sa tribune Closing Time, Last Exit placée en ouverture du disque pour égrener les prévisibles mots-clés (Buddha, Jesus, Hunter S. Thompson, gonzo, …), et atteindre son pinacle sur un « America is an illusion » de bon aloi ; et Blaak Heat Shujaa de s’élancer vers les exploits que, maintenant, l’on sait.

Ainsi, The Edge Of An Era bouscule moins immédiatement que The Storm Generation et souffre aux premières écoutes de la comparaison avec OM dont l’ombre plane lourdement. Mais il s’agit en fait d’un puissant grower, qui n’est pas l’aboutissement de The Storm Generation mais une œuvre complémentaire et d’égale importance, un alter-ego dont la véritable dynamique des titres se livre progressivement mais sûrement. Te voilà prévenu : pour atteindre le plaisir sans limite qui t’es promis, tu devras ouvrir bien grand tes chakras et faire préalablement preuve de l’abnégation des justes. Mais ça vaut bien toutes les séances de yoga du monde.

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Nifa

    Vraiment bon mais un peu frustrant de par sa courte durée !

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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