silent weapons for quiet wars

chronique · 31 octobre 2013 · Techno / House

Evigt Mörker

EP 1

« Vingthor, dès son lever, déchaina sa fureur. Lorsqu’il s’aperçut qu’il n’avait plus son marteau. Sa barbe s’agita, ses cheveux se dressèrent, tandis que le fils de Iord le cherchait partout. » Extrait de l’Edda par Snorri Sturluson.

par Feldspath

Décidemment, le puissant anticyclone en provenance de Scandinavie ne cesse de s’étendre vers l’Europe occidentale apportant sur nos régions, des masses d’air toujours plus froides. Une telle vague de froid descendant de nos voisins nordiques ne s’est pas faite ressentir depuis les vieilles guerres que menait Breivik sur l’ile d’Utøya. Vous avez sûrement du entendre parler de Värg, loup misanthrope ; Abdulla, la tête d’ange qui n’a de musulman que son nom ainsi que le duo Skudge qui ne cesse de faire germer des releases étendues sur des centaines d’hectares à coup de John Deere. Sans parler d’Acronym, Diagenetic Origin, SHXCXCHCXSH et toute cette armée de païens prêts à croiser le fer.

Cette fois-ci, on vous expose le petit dernier, tout chaud sorti du four : Evigt Mörker (nouvel onglet). Encore un qui laisse trainer l’ancienne Edda sur sa table de chevet. Il semblerait que le panorama technoïde actuel soit sacrément friand du concept de profondeurs abyssales et de prières de guérison lors de longues nuits hivernales devant l’autel de Riddarholmen. Toujours est-il que les germains savent souvent y faire quand il s’agit d‘assembler certaines pièces de métal pour réaliser des objets usuels.

Mélodies aériennes et cristallines. On débute avec Högre, composition planante dans un sens, mais assez faiblarde au regard de ses homologues. C’est le petit bémol de cet opus car ce fredonnement initial manque cruellement de caractère et peut très vite se transformer en killer-track pour un Rone porté aux nues par un lot de maniaco-dépressifs en manque d’imaginaire.

Fort heureusement, Gud ajoute cette portée céleste qui manquait de finition chez son ainée. Nappes atmosphériques et teinte azurée nous faisant retrouver cette ambiance cléricale qui pousserait le pire vaurien à se confesser. Quel intérêt donc d’écouter une musique faisant remonter à la surface, regrets, remords et honte en vue d’une éventuelle repentance? Aucun, excepté le fait de vivre un semblant d’émotion, chose convoitée de nos jours. Vous me direz : où se trouve tout ce barbarisme technique que chacun d’entre nous pense maîtriser? Nulle part, on ne suivra pas ici le protocole, trop gonflant et inapproprié vis à vis du sujet.

Venons-en donc à la troisième composition. L’auteur nous amène fuguer sur le mont suédois Kilsbergen que l’on surnomme également The Blue Mountain protégeant de tout son éclat notre chère Venise du Nord en proie aux colères des Dieux. Que dire de cette éminence hormis contes et légendes. Le soleil du nord caresserait-il les collines noires tandis que le ciel viendrait à bras ouverts se refléter sur les roches sacrées ornées de lapis-lazuli? Si l’on tend vers la poésie et si l’on aime un tantinet la masturbation intellectuelle, ce serait le tableau que nous peindrait ce naturaliste suédois. On quitte l’agression donc, et surtout cette humeur bougonne auxquelles nous avaient habitué ses compatriotes.

Evigt achève son périple et amarre sa gondole aux pieds d’Odin. Nous voilà en terre sacrée.

Vapeurs narcotiques et ensorcelantes vous hantent et vous dévorent.

On retiendra donc un EP assez abouti, attisant davantage cette attirance pour ce microcosme nordique et qui, espérons-le, ne tombera pas dans l’oubli au vu de la concurrence grandissante émanant de ce peuple germanique. Espérons aussi, que cette surabondance de déisme ne finisse pas par faire dégobiller le plus fidèle d’entre nous. Une seule chose est sûre, le feu des critiques n’atteindra pas ces conquérants ou tout du moins ne stoppera pas leur cortège. La techno a donné naissance à des porteurs de mauvaises nouvelles. Elève des corbeaux et ils t’arracheront les yeux.

Continuons donc d’imaginer que ces cruels guerriers du nord comptent encore sur les aurores boréales pour endormir leurs louveteaux.

L’invasion est annoncée à coups de cornes de brume, l’armée est en marche.

Feldspath

Brasser la merde

3 commentaires

  1. Georgie

    Vraiment cool tes chroniques

  2. odd

    Cria cuervos...

  3. Memphis

    Il s'écoute ou l'album ? J'ai acheté le vinyle, mais les 14 personnes qui votent elles ont ce vinyle ? Merci de m'éclairer.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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