
chronique · 10 juillet 2013 · Rock / Folk
Io Monade Stanca
Three Angles
Oh, le bel artwork que voilà : sans rien connaître du groupe, l’album m’avait déjà emballé avant de déballer la cire. Détournement esthétique hindouiste en un simple noir et blanc, cette illustration ostensiblement spirituelle m’interpelle ; en confiance, j’investigue.
par Mattooh
Io Monade Stanca (nouvel onglet) est un trio qui nous vient d’Italie, et ce disque (leur troisième long format) arrive entre nos grasses pâtes grâce à la divine intervention de l’excellent label A Tant Rêver Du Roi – il est de ces labels que l’on n’a pas envie de séparer de l’adjectif qui leur convient le mieux. L’excellent label Africantape s’était chargé du précédent et second album en 2009, mais depuis de l’eau a boulé sous les cons : quelque chose comme 200 concerts, une pause, et un split avec les palois de Calva. Et Three Angles de nous apparaître, marqué du sceau miraculeux de la féconde trinité² : trois musiciens, trois instruments, trois angles.
Comme de coutume chez ATRDR, on navigue ici en territoire math-rock/noise-rock. Io Monade Stanca se différencie toutefois du tout venant math-rock par une finesse de composition et d’exécution remarquable, et s’amuse notamment à enchaîner des sections accrocheuses et plombées à certains pans inclinés plus pop et délicats (Va Tutto Bene è Tutto Bellissimo). Il ne s’agit donc pas ici de proposer une noise bulldozer, mais plutôt d’envisager tous les différents chemins musicaux menant d’un point A à un point G. On passe par une excitante variété de registres, des motifs math-rock euphoriques de Ma Grand-Mère Est Méchante à des enchevêtrements de cordes plus intimistes comme sur Birichino Sarai Tu, en passant par l’hallucinée Un Giro In Bici. Si tout se passe bien, Vivaldi devrait même déchaîner l’hystérie sur les bandes FM de ton math-été torride.
Mélodiquement et méthodiquement, Io Monade Stanca me rappelle finalement pas mal l’approche rigoureusement foutraque des brillants La Terre Tremble !!!. Les compos à tiroirs et vocalises non conventionnelles n’accrochent pas immédiatement l’oreille, mais confèrent une personnalité extrêmement attachante au groupe, au fil des écoutes. Comme chez LTT !!!, on note une certaine propension à faire une seule chanson avec une foule d’idées qui auraient pu aboutir à trois ou quatre compositions chez un groupe moins inspiré. Et puis, ça groove, quoi : Va Tutto Bene è Tutto Bellissimo, encore, est un sacré petit bout de maîtrise rythmique.
Io Monade Stanca s’inscrit donc dans la filiation de ce qu’il convient finalement d’appeler la scène noise italienne qui, de Uzeda à Bellini en passant par Three Second Kissou Putiferio, conserve le meilleur des enseignements noise-rock chicagoans et y ajoute une subtilité toute latine, notamment dans le traitement des guitares et des mélodies. Three Angles se pose donc là pour les amateurs de bons vieux trios anguleux désireux de plus de fantaisie et de sensibilité que la moyenne ; comme toi , en fait.






Brasser la merde