
Je découvre Scout Niblett (nouvel onglet) avec ce disque. Enfin, je l’ai déjà croisée en festival mais la rencontre a tourné court : suite à un flou dans l’organisation, aucun groupe n’était prévu sur un créneau horaire en pleine soirée et je trouvai Scout assurant l’intermède, seule à la batterie, stoïque et comme déconnectée de ses semblables. Comme pour passer le temps, sur une petite scène, dans une cave d’un bel établissement de la capitale mosellane (Metz, pour les gens à l’Ouest). J’ai rapidement fui devant cet interlude arty à l’excès, car je n’aime pas ça, moi, les bricolages approximatifs d’individus poétiquement caractériels. Ni une ni deux, je la place dans la case « à ne toucher qu’avec un bout de bois ou le jour où un quelconque indie-nazi me fera écouter ses disques par la force ».
2013, c’est la crise. Il pleut. On fait un peu n’importe quoi pour se sortir de sa torpeur. Comme écouter le nouveau Scout Niblett, et se prendre le retour de bâton de ses propres jugements hâtifs. Pourtant, la lecture des titres est on ne peut plus claire, on va se prendre 45mn de complaintes post-rupture : Gun, Can't Fool Me Now, My Man, Second Chance Dreams, Woman and Man, What Can I Do ? ... sans déconner?
Bon, play.
Je découvre une artiste sur le fil, mais bien maître de ses émotions qu’elle canalise pudiquement sur ce très bel album. Comme une version plus minimaliste de Shannon Wright, parfois plus délurée aussi, mais pas moins portée sur l’électricité non filtrée. Les points communs sont nombreux, comme cette sensibilité à fleur de peau qui transparait dans une tension retenue de toute beauté (Second Chance Dreams), et des guitares expressives finement décharnées qui s’emballent, parfois, en contrepoids d’une batterie venant fixer au plomb les hululements retorses de la belle. What Can I Do ?, dernier titre aussi épique que dépouillé instrumentalement voit Scout atteindre des aigus qu’on ne pardonnerait à aucune autre chanteuse si ce n’est les habituelles Shannon Wright et PJ Harvey (on n’en sort pas, hein ?). Scout passe le test sans froncer aucun sourcil puisque comme tout ce qu’elle fait, ces époumonements ne tiennent pas de la pose mais d’un tempérament manifestement entier et de ce que ça implique d’engagement et d’excès.
Parfois, quand l’intimité laisse place à des refrains à gorge déployée (Could This Possibly Be), on pense à ce rock alternatif qui prospérait dans les 90’s, chanté par des filles sur des guitares électriques non camouflées puisque c’est ce qui marchait à l’époque. Riot grrrl, presque, école Sleater-Kinney, tout ça. Ce disque, promis à une certaine confidentialité en 2013, aurait pu cartonner dans le petit monde indé de l’époque. Une autre chose retient ce disque aux années 90 : cette improbable reprise de No Scrubs, de TLC. Je sais pas pour toi, mais en ce qui me concerne la simple évocation de ce girlband me fait rire nerveusement. Bien entendu, la chanson est méconnaissable, mais de quelle sorte d’innocence fantasque faut-il être doté pour se lancer dans une telle reprise ?
Œuvre d’une femme-enfant à fleur de peau, It’s Up To Emma est un disque comme on en entend aujourd’hui assez peu. Quand la tendance est à la fausse simplicité et la légèreté artificielle sous des nappes synthétiques cache-misère, les compositions de Scout Niblett font preuve d’une spontanéité et d’une rudesse bienvenues ; no bullshit, quoi. Sachant que ses précédents disques étaient produits par Steve Albini, il y aura pourtant bien quelque intégriste pour trouver ce It’s Up To Emma trop aguicheur. Attention donc aux allergiques à tout ce qui ressemble à un manque de pudeur, ce disque porte bien sa pochette et Scout fait de toute évidence partie de ces individus qui débarquent dans les fête foraines grimés en Blanche-Neige. Les autres, vous, dégueulasses esthètes voyeuristes, devriez vous régaler.






Brasser la merde
2 commentaires
KJGY
Fiou, sacré album... C'est moins énervé et grunge que par le passé mais purée qu'est-ce que c'est maîtrisé. Toujours si sobre mais d'une justesse incroyable. Merci pour la chronique.
daoudal
exellente chronique, merci. une lectrice originaire du finistère sud .(very far Ouest)
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