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Pochette de Unreal

chronique · 30 août 2013 · Rock / Folk

Hebronix

Unreal

Finalement, après un printemps pourri, on aura eu un été pas dégueulasse. Car oui, le soleil, ça change quand même pas mal la donne côté moral (la Compagnie Créole avait raison, bordel)

par Booboow

Mais bon, passons au sujet du jour. Si vous n'aimez qu'avec parcimonie les petites gâteries auditives gorgées de sucre, celle-ci peut valoir le coup d'oreille. Dans la moiteur torve de l'été, il est toujours agréable et de bon aloi d'accompagner ces moments de glande molle et apathique par un disque particulier. Le genre de disque a écouter posé comme un sac dans un hamac, un bouquin sur les genoux, une clope dans une main et une boisson houblonnée fraîche dans l'autre. Ne cherchez plus, si vous en avez marre d'Unknown mortal orchestra et consorts, voici le premier disque d'Hebronix (nouvel onglet) .

Enfin quand je dis premier, ce n'est qu'à moitié vrai.

Parce qu'en vrai Hebronix, c'est le projet solo de Daniel Blumberg. Avant il grattouillait en chantant dans Cajun Dance Party, groupe de brit pop niaise et sans intérêt aucun. Rapidement il s'en casse avec Max Bloom pour fonder Yuck, un groupe surfant avec aisance et légèreté sur le retour en grâce des darons du rock 90's (Pavement et Dinosaur Jr en tête). Pour preuve leur mini tube Get Away.

Mais le lascar aime la pop gorgée de soleil et quitte Yuck alors en "plein" succès (ils continuent sans lui vers des contrées plus shoegaze) pour se consacrer pleinement à son projet solo... En 2011 il avait déjà publie un album de folk cotonneux sous le sobriquet de Oupa. En 2013, il trouve un nouveau nom de projet ridicule et change encore une fois de style. Les seules choses qui restent constantes dans les travaux du jeune homme sont les influences 90's et les illustrations des pochettes de chacun de ses disques. Il les dessine lui-même et un peu à l'image de sa musique : simples en apparence mais biscornus et déglingués dans les détails. Cette fois-ci il part sur de la sunshine pop légèrement brumeuse, comme un jour de gueule de bois sur une des plages entourée de béton des gros complexes touristiques à beaufs.

3 titres font flotter cet ep XXL(6 titres pour 45 minutes) au-dessus du lot des bouées à têtes de canards et autres dauphins cherchant à gagner la course au tube de l'été indie 2013 : Unreal, The Plan et Unliving. Sous leurs aspects résolument pop, ses titres longs tissent leurs motifs tranquilou, pour nous emporter à la coule dans le sillage de mélodies en forme d'étoiles filantes. Sans même que l'ont s'en rende compte, ses climats de slacker interstellaire nous amènent à des rêveries éveillées. Toujours solidement ancré dans les glorieuses 90's notre bonhomme passe juste ici de l'influence Pavement qu'avait Yuck à celle d'un Dinosaur Jr qui aurait laissé tomber la disto ou encore à un jam entre Mark Gardener (Ride) (pour la voix mélancolique mais pleine de douceur) et Swell (pour la luminosité). On retrouve d'ailleurs une autre influence tout autant nineties sur Unreal par la présence à la production de Neil Hagerty (Royal Trux / Howling Hex), qui apporte sa touche de branleur lo-fi nonchalant.

Ce qui est très appréciable sur cet album, c'est que, contrairement à la ribambelle de groupes néo 90's (on est en 2013 après tout), Hebronix sait prendre le temps pour amener ses ambiances de moulardise à leur summum. Suffit de jeter une oreille au titre d'ouverture Unliving. Ça commence doucement, guitare-voix, comme une berceuse folk pendant 2 minutes avant de s'emballer tranquillement en empilant façon château de sable la guitare rythmique, les chœurs et solis évanescents, une batterie lente tout au long des 8 minutes suivantes de ce titre. Ouais, ouais, 10 minutes pour une entrée en matière. Ça peut paraître long, mais ça glisse comme Alice au pays des merveilles. Le second titre et également second single, Viral, est bien plus plus court et direct. Malheureusement c'est ce qui le rend beaucoup plus bateau et anecdotique ; La faute très certainement aux arrangements de violons un peu trop niais à mon goût (une réminiscence de son passé avec Cajun Dance Party?) et à une immédiateté plus commune. Heureusement ça s'arrange avec la suite. Wild Whim donc, sur laquelle notre briton pourrait presque nous faire croire qu'il est californien et passe ses journées à attendre LA vague ; Le cul posé sur le sable, le regard dans le vague et la planche plantée à ses côtés. Bon après, c'est pas pour autant du Jack Johnson hein. Le soleil n'est pas direct, et surtout on n’est pas à Honolulu. Pas d'ukulélé donc (faut pas déconner), mais un piano discret accompagne les mélopées de grattes apathiques toujours typées shoegaze et une basse mollasonne qui sonne j'm'en foutiste au possible, sans pour autant que cela soit péjoratif, bien au contraire. Premier single et pierre angulaire de l'album, le morceau Unreal résume parfaitement le son Hebronix : Basse nonchalante as fuck, solos dégoulinants de soleil mais toujours juste dissonants ce qu'il faut, batterie simpliste et branlante, choeurs chatoyants, piano sobre, petits bidouillis électroniques qui viennent gentiment perturber la mélodie. Et puis cette voix de jean-foutre qui nous susurre "I feel unreal" et nous pousserait presque à croire que c'est le cas. L'avant-dernier titre Garden hésite entre envolées un tantinet plus électriques et incartades ingénues à base de flutiaux, violons et synthés ruisselants de sucre... C'est moins mauvais que le titre Viral, mais ça sent quand même trop la joie de vivre... Cette légère faute est vite comblée par le final The plan, aux motifs délicats qui vont et viennent, prennent doucement de l'ampleur, un peu à l'image du ressac sur une plage abandonnée de toute présence touristique dont le sable serait encore tiède de l'après-midi. Nous laissant finalement la tête dans les étoiles et les pieds dans l'eau.

Une semi-réussite estivale pour ce premier jet qui reste parfait pour vos dimanches matin nébuleux ou autres moments paisibles sous le soleil.

Booboow

Brasser la merde

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