
chronique · 11 juillet 2013 · Rock / Folk
The Appleseed Cast
Illumination Ritual
Du post-rock intéressant, tu le crois, ça ? The Appleseed Cast, groupe originaire du Kansas qui change de musiciens comme de chemises à carreaux depuis 1997, relève le défi.
par Mattooh
Avec une batterie alerte, quelques savantes mélodies et un sens de la dynamique issu de son passé émo-power-pop, le groupe parvient, comme sur son précédent album Sagarmatha (2009) à faire des miracles dans un genre que je croyais condamné au manque d’inspiration et l’ennui éternels, dans un auto-plagiat effarant.
Il faut dire qu’avant de sortir des disques aussi éthérés, The Appleseed Cast (nouvel onglet) cognait un peu plus fort et chantait plus. Pas toujours pour le meilleur d’ailleurs, mais c’est manifestement ce qui lui permet d’envisager le post-rock comme une musique vivante et créative, en usant de formats variés allant plus loin que le sempiternel montée/descente/interlude/etc. avec des images en noir et blanc d’immeubles qui tombent et de ciels qui tournent. En résultent des titres aussi brillants que Great Lake Derelict, Cathedral Rings ou Barrier Islands, avec des refrains pop, des cascades de batteries débouchant sur des grooves à la précision délicieuse, des breaks cotonneux et de belles cathédrales instrumentales. A ce stade, on peut se demander d’ailleurs s’il s’agit bien encore de post-rock, mais je te propose plutôt de t’en foutre et de te gaver de ces magnifiques compositions sans trop te poser de questions. On peut deviner que le groupe lui-même se rit de ces cases de geek, et compose sa musique comme elle lui vient, dans son coin, comme l’écrasante majorité des groupes.
N’empêche que oui, les boucles guitare/clavier de Simple Forms, le thème central de Adriatic To Black Sea ou certains réflexes harmoniques sont tout à fait dans la lignée des sonorités de ce que des brouettées entières de jeunes gringalets mal coiffés et traumatisés par Mogwai ont pu malencontreusement enregistrer depuis 15 ans. Mais c’est surtout rythmiquement que The Appleseed Cast se démarque de la banalité pour surplomber la masse lymphatique de l’après-rock puisque le groupe a la chance de bénéficier des services d’un excellent batteur. Sa maîtrise et sa puissance régalent tout au long du disque, avec ce feeling jazz-rock qui semble servir de bases aux compositions quand la plupart des batteurs de post-rock se content d’appuyer avec dévotion les ennuyeuses tyroliennes mélodiques de leurs guitaristes barbus et leurs claviéristes bedonnants. Ecoute une chanson comme Barrier Islands : toute la première section repose sur la démonstration de ce bougre de Nathan Wilder, qui en fout plein la vue tout en finesse avant que le reste du groupe ne s’y colle pour donner à l’ensemble la forme d’une vraie belle chanson d’indie-rock, tendue et rêveuse, à la mélodie un brin facile mais salement entêtante.
Sans révolutionner son univers mais avec une grande maîtrise mélodique, une exigence artistique croissante et une énergie renouvelée, The Appleseed Cast livre un disque encore plus convaincant que Sagarmatha. Pour la peine, cet Illumination Ritual vient même se loger dans mon petit cœur au même niveau que Peregrine (2006), qui était lui-même un impeccable recueil de compositions moins ambitieuses, mais d’une variété et d’une efficacité redoutable. Fais-donc fi de toutes ces considérations étiqueteuses, et repais-toi sans arrière-pensée de cet album apte à encaisser les grandes chaleurs, lecteur aoûtien. Tu y découvriras un groupe qui n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il était le temps de ses deux premiers disques, mais ça fait déjà quelques disques qu’on est au courant. Considérant ce qu’on perd en chant approximatif et ce qu’on gagne en finesse d’exécution, on accueille les bras ouverts cette impeccable affirmation.






Brasser la merde