
chronique · 10 juin 2013 · Musiques électroniques
Jon Hopkins
Immunity
C’est bien simple, tout le monde aime Jon Hopkins. Rarement un mec issu du sérail électronique n’aura réussi à rassembler autant, tout en produisant une musique aussi qualitative, sans jamais vraiment décevoir. Jon Hopkins est devenu le petit prince de la musique électronique contemporaine et c’est parti pour durer.
par B2B
Pour l’anglais tout explose soudainement en 2009 avec la sortie de l’excellent Insides, album brillant principalement par sa propension à établir un pont cohérent et acceptable entre culture indie et culture electro. En réussissant à convoquer sous une même cathédrale IDM et envolées classiques, le public s’est immédiatement pris d’amour pour le bonhomme, oubliant par la même un début de carrière chaotique et accessoirement anecdotique. La presse s’est emparée du phénomène et a immédiatement fait de Jon Hopkins (nouvel onglet) sa nouvelle égérie geek. La consécration n’étant pas volée, le mec a immédiatement capitalisé sur son succès.
En 2010, il participe à la création de Small Craft On A Milk Sea de Brian Eno, transformant les longues plages ambients du maître en parenthèses étonnamment tendues. En 2011, il sort avec King Creosote, le downtempo-folk fragile de Diamond Mine. Mais soyons lucide un moment, car si Diamond Mine est un projet intéressant, il n’en demeure pas moins une ode à la vaseline. En effet, jusqu’à maintenant, Jon Hopkins arrivait à cacher sa propension à lisser le moindre son sous une orchestration jouant la carte de l’émotionnelle, mais à mesure que Jon réduit la grandiloquence, une certaine tendance à tout arrondir se fait jour. C’est qu’il faut bien comprendre que l’anglais est un malin qui a compris que pour toucher le plus grand nombre, il fallait faire figure de Monsieur Propre. Et la sortie d’Immunity n’est finalement qu’une évolution logique, entamée depuis longtemps mais visible depuis peu.
N’ayez crainte, Immunity ne sera pas lâchement descendu dans cette chronique car il s’agit d’un délicat album. Mais avant d’en énumérer ses qualités, il est important de clarifier la situation. Jon Hopkins dispose désormais d’un matos de dingue pour mieux gonfler ses créations. Il a aussi compris que depuis Insides, la planète électronique avait tourné, s’orientant de plus en plus vers des sonorités techno étouffées et une surexploitation du field-recording. Il sait aussi comment parler au public popeux de Pitchfork (média confondant musique électronique et papier peint) en arrondissant tous les angles, en supprimant la moindre aspérité et en donnant une structure pop à ses nouvelles créations. Le résultat est sans appel puisque toute la faune d’indie-boys crie au génie. On sera cependant moins dithyrambique pour la simple et bonne raison qu’Immunity est un produit certes esthétique et gracieux mais recyclant à tout va et trop roublard pour être totalement honnête.
Mais il faut parfois faire preuve d’indulgence et savoir se laisser porter uniquement par la musique. Et à ce petit jeu-là, Immunity emporte tous les suffrages en misant non pas sur la puissance mais sur la retenue. Ainsi, en ouvrant l’album sur des titres techno, Jon Hopkins provoque immédiatement l’auditeur. Avec We Disappear, ça glitch à tout va, ça joue la carte de l’aérien façon James Holden, ça démontre que la techno peut être puissante tout en étant oisive, et au final, ça force le respect. Mais on ne peut pas gagner à tous les coups et dès lors que Jon Hopkins prend la voix d’une techno trancey étouffante, Open Eye Signal, ça tombe à plat à force de se brider (un comble pour un morceau aussi immersif) et de ressembler trop ouvertement à du Luke Abbott ou du Applescal, en moins inspiré. Idem avec la techno claustrophobique de Collider, recyclant tous les gimmicks du genre de ces dernières années, pour un résultat sans relief car une fois de plus lustré au possible.
Non, c’est surtout quand Immunity s’assagit qu’il déploie limpidement sa poésie mélancolique. Dans ces moments-là, Jon Hopkins revient à sa formation initiale de pianiste et se contente alors de quelques notes crève-cœurs faisant monter les larmes, Breathe This Air, ou d’une ambient dont les nappes répondent avec élégance aux arpèges, Abandon Window. En achevant son album sur deux longs titres, Jon Hopkins en profite pour rendre un hommage appuyé au Music For Airports de Brian Eno sur Sun Harmonicus, avant de définitivement se reposer sur un piano élégiaque lors d’un Immunity à l’évolution prévisible mais pourtant poignante. On se rend alors compte que malgré son faux rythme et sa tendance à allonger inutilement les morceaux, Immunity a réussi à émouvoir avec un rien. Et avouons que c’est déjà beaucoup.
On pourra toujours pester contre cette fâcheuse tendance à tout vouloir lubrifier pour mieux caresser le public dans le sens du poil, à trop recycler sans jamais dépasser ses références, mais quand c’est fait avec autant de préciosité, on est forcé de s’incliner. Jon Hopkins est aussi malin que talentueux et malgré ses défauts, Immunity reste une délicate proposition poétique.






Brasser la merde
19 commentaires
Cornell
Opalescent fait figure d'un début chaotique ? Je le trouve bien mieux que son dernier opus...
Verno
Vous avez l'air désolés d'être d'accord avec Pitchork, faites abstraction de ces gars car vos petites piques au public "popeux" sont pas nécessaires. Bel album cela dit !
B2B
Je m'en fous d'être d'accord avec Pitchfork, mais la pique était nécessaire puisqu'à chaque fois que je discute avec des "popeux", ces derniers tentent de me faire croire que la crème de l'électronique se trouve du côté de Disclosure ou Mount Kimbie, merdes inaudibles ayant récolté un 8.5 ou plus sur le média américain. Et la encore, avec Jon Hopkins, ça se branle comme pas possible sans se rendre compte que c'est bien calculé pour leur plaire... et surtout que l'on trouve déjà 30 disques plus intéressants dans le genre cette année (me demande pas une liste, il te suffit de parcourir le site).
Merdeux
S'il y a bien un mec qui avait capitalisé sur son succès pour sortir une bouze formatée et se faire un paquet de thunes en lorgnant du côté mainstream, c'est pas Hopkins, mais cet enfoiré de Rone. Après qui peut en vouloir à ces mecs là d'essayer de vivre de leur taff ? C'est juste dommage d'un point de vue artistique. Au sujet de Hopkins, je saisis très bien ce qui vous dérange dans cet album, mais faut quand même admettre qu'on est sur des "concessions" bien plus faibles. J'ai justement prévu de lui poser des questions au sujet de cet aspect plus propre du son qui rappelle les grosses prods commerciales, mais je trouve que vous y allez encore un peu fort sur le discours "vieux con hermétique aux médias populaires". Je partage la tendance mais pas (encore) l'excès, j'suis sûrement trop jeune, mais j'ai l'impression que quand t'as mis un pied dedans t'es foutu à long terme malheureusement...
Bref, en tout cas j'ai apprécié l'album et je trouve qu'il y a toujours un travail d'orfèvre dans les prods de ce gars, alors je dirai simplement que ce serait p'tet bien des fois de soutenir un truc même s'il est un peu "formaté" dans le sens où ça ouvrira avec un peu de chance les oreilles des popeux qui écouteront ça, faut bien une porte d'entrée pour que les gens s'intéressent à ce type de musique.
B2B
Ahah, le parallèle avec Rone est fourbe mais tu tapes dans le mille. Sinon, ma chronique est plutôt positive. Je dis surtout du bien de l'album me semble-t-il. J'atténue seulement les propos dithyrambiques que l'on entend partout. Que l'album soit trop propre, je m'en accommode finalement. Et ne crois pas que l'on est anti-mainstream. On a défendu le dernier Justin Timberlake, le DJ Koze et j'en passe. On essaie juste de faire un peu de tri.
lambdachronicles
Et je fut exhaussé !!! merci B2B, ca confirme bien ce que je pensais sur cet album, c'est pas l'album créatif de l'année mais c'est sans doute celui qui a fait le plus bouger mon croupion depuis plusieurs semaines ! Tu as tout à fait raison sur le matos dont a de dispo Hopkins pour bosser, on est vraiment sur un mastering ultra poussé, ultra optimisé, y a qu'a passer l'album au spectro pour comprendre que c'est plein comme un oeuf.
Laurent
The low places est si beau.
Laurent
Je précise pour qui veut, c'est-à-dire personne et c'est très bien comme ça, que ce qui me touche dans ce morceau n'est pas tant une réminiscence de Sonate au clair de lune ou de Spiegel im Spiegel ( Pärt ), en tout cas pas en soi, que l'homme où la femme évanoui(e) ou bien mort(e) sur son klaxon à l'arrière plan ( quelque chose comme ça ) et la façon dont tout se déploie et s'articule autour de tels affleurements.
Philippe
Wow, quel bel album! Je ne connaissais pas Jon Hopkins, du moins de nom, mais pas ce qu'il faisait. Ça entrera dans mes écoutes des prochaines semaines et même plus. Je retrouve certaines similitudes avec Nathan Fake, un musicien que j'affectionne particulièrement.. Bref, merci pour cette chronique, c'est une très belle découverte pour moi.
Globule
Ca sonne super bien, les intros sont terribles, il y a des bonnes idées, ca groove, mais c'est vrai que les morçeaux sont un peu longs, on finit par s'ennuyer. Question de lissage peut-être, je ne sais pas, mais trop longs c'est sûr.
Resti
B2B si tu pouvais éviter de mettre Disclosure et Mount Kimbie dans le même panier tu serais gentil merci. En revanche je n'ai pas trop compris l'assimilation de DJ Koze au mainstream, sachant que tu as amplement soutenu son dernier disque...
B2B
Oui, c'est vrai que Disclosure et Mount Kimbie c'est différent. D'un côté on a des imposteurs passant pour des génies (je maintiens que Settle est la plus bouse la plus vulgaire de l'année) et de l'autre un génie qui commence à frôler l'imposture (son dernier album est une blague). Pour DJ Koze, j'adore son dernier album, c'est une synthèse brillante entre pop mainstream et électronica désincarnée. Cela confirme ainsi que chez SWQW on est bien loin des considérations "si c'est connu, c'est de la merde". On essaie d'avoir un minimum de recul tout de même (tout comme on s'évertue à expliquer que nous faisons des chroniques et non des critiques).
suce mon disque
Le travail d'orfevre c'est bien sympa mais quand l'orfevre en question fait un bijou fantaisie bien mielleux pour les pucelles prepubères il pourrait s'abstenir ou du moins ceux qui crient au génie. Cet album est un ramassis de clichés pompeux, écouté 2 fois dans des conditions optimales et bien concentré, c'est une vaste blague, rien que de mois ci y'en au moins 10 des albums dans cette veine largement meilleurs. ceux qui trouvent ça bon devraient au moins écouter un ou 2 warp de la grande epoque pour comprendre un peu le délire ou au moins le dernier album de James Holden sorti en même temps et qui pour le coup propose un vrai truc et pas ce truc bêta de sound designer en mode mineur
zerascal
Pour l'avoir vu en live 2 fois en 2 ans, déjà c'était le même live ou quasi car le plus récent (27 Juin 2013 à LILLE) était plus long, 50mn pile, c'est bien abusé avec les 2 premiers morceaux excellents et après que de la techno soupe casual/mainstream suceurs de B. ça m'a trop fait pensé à Bird Nam Nam et leur virage cluby à chier...
B2B
J'ai aussi assisté à son concert au Point Ephémère fin juin et oui, 50 minutes c'est clairement du foutage de gueule. Et je te rejoins sur le côté Birdy Nam Nam de l'affaire : une grosse machine à tubes pour bouger son cul.
Globule
Ceci dit, on peut se gargariser sur la seconde moitié de l'album, mais Open Eye Signal, titre 2, donc, est quand même une tuerie techno très réussie. En tout cas moi j'aime bien.
T2_M
Je ne connaissais pas l'artiste. Superbe découverte et cet album me plait vraiment (Inside et le featuring avec King Creosote aussi). Il passe à Nîmes en Septembre pour Marsatac, je vais essayer de le voir en live pour me faire une idée plus précise. Mais je trouve ça rafraichissant.
joel
Peut-être parce que j’ai pris le train en marche – à savoir, me plonger dans le passé d’Autechre et de BoC m’épuise rien que d’y penser – en tout cas cet album d’Hopkins (auteur de que je viens de découvrir) fait pour moi partie de ceux qui provoquent des découvertes musicales en cascade. L’avenir dira si je le mets dans le même panier que les artistes découverts sur ce site (et l'ancien) qui marquent et qui squattent ma playlist depuis un moment : Arandel, Francis Harris, The Lawless, culprate (colours), Igorrr, Rone (et oui ! pour l’analogie je mange des kebabs tous les we et j’adore ça !), le Kilimandjaro darkjazz, Oyaarss, Bersarin Quartett, Dictaphone, Frank Riggio et j’en passe. Bref hommage (et pommade) les gars ! J'ai bu trop de vin rouge
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