
chronique · 6 juin 2013 · Musiques électroniques
Zeitgeber
Zeitgeber
Comme ne pas frémir d’impatience lorsque l’on a appris que Lucy et Speedy J collaboraient secrètement ensemble depuis 1 an et demi, dans l’optique de sortir un album sous l’entité de Zeitgeber ?
par B2B
Quand deux artistes aussi omnipotents du milieu post-techno s’associent, il y a de quoi baver, d’autant que l’on a à faire à deux générations distantes d’une dizaine d’années, donc capable d’apporter chacune un point de vue reflétant son époque, tout en possédant au préalable une même inclinaison musicale. Parce que l’italien Luca Mortellaro, aka Lucy (nouvel onglet), a beau redéfinir les contours de la techno depuis 3 ans via son label Stroboscopic Artefacts (nouvel onglet), il ne faut pas oublier qu’avant cette hégémonie d’une techno claustrophobique au sound-design de mammouth, on pouvait déjà trouver un gars de la trempe de Speedy J (nouvel onglet). Le hollandais Jochem Paap a toujours questionné les rapports du corps au son et à la rythmique, s’éloignant ainsi d’une quelconque classification dancefloor de se musique. Depuis 20 ans, il a sorti une petite dizaine d’albums dont l’histoire retiendra avant tout le terrifiant Public Energy No°1 (nouvel onglet) sorti en 1996.
Nos deux producteurs ont toujours fait en sorte de fuir la techno frontale et le rapport primaire à la danse, pour se concentrer non pas sur la rythmique 4x4 et l’hypnose qui en découle, mais plutôt sur les espaces entre les beats. Chez Lucy et Speedy J, ce qui compte avant tout, c’est la respiration et le contact physique avec une matière sonore brute et épaisse. Cette techno compacte et abstraite doit se ressentir au plus profond des organes et pour en arriver là, il faut un sound-design capable de retourner vos intestins. C’est là qu’intervient le 3ème nom du projet, celui qui va opérer dans l’ombre, Dadub. Il revient au duo italien (auteur du magistral You Are Eternity en début d’année) de spatialiser les 8 morceaux patiemment agencés par Zeitgeber. Et l’essentiel réside justement dans ce travail de masterisation, permettant à Zeitgeber de prendre du volume à mesure que l’album avance, alors même qu’il faut admettre que la majorité des tracks sont assommantes.
On aurait aimé que cet album soit une tuerie immédiate, un uppercut direct collant K.O. sur le champ, mais ce n’est pas le cas. Il faut du temps, beaucoup de temps, pour commencer à l’appréhender avec un minimum de recul, tout en reconnaissant immédiatement un fait irréfutable : l’album bénéficie d’une qualité sonore impressionnante. Mais est-ce suffisant ? Loin de là. Le problème est bien plus important puisqu’il concerne la qualité de composition des morceaux. En effet, Zeitgeber ne semble jamais dépasser le stade de l’introduction, donnant ainsi l’impression de ne quasiment jamais rentrer dans le vif du sujet, sauf lors de None Of Their Defects, plus proche des travaux de Lucy en solo, et certes moins impressionnant physiquement que le reste de l’album, mais bien plus captivant car émotionnellement vibrant dans son désespoir progressif.
Pour le reste, on demeure sur la touche, attendant patiemment que quelque chose de notable se passe, qu’un semblant de structure narrative veuille bien apparaitre. Mais rien n’arrivera, pour la simple et bonne raison que l’objectif de Lucy et Speedy J est ailleurs, bien au-delà de ces considérations prévisibles. Ils préfèrent donner uniquement à ressentir et à respirer, en se jouant des notions d’espace et de temps, dans un souci d’abstraction permanente, quitte à en perdre délibérément leurs auditeurs comme lors des 10 minutes interminables de Now Imagine avec sa techno angoissée sous ses monstrueux appels d’airs ou lors d’un From Here stérile, passant d’une pulsation industrielle à un écho aquatique. A trop jouer avec l’espace et le temps, Zeitgeber en devient soporifique. C’est regrettable car le travail sur la moindre texture et le plus anecdotique des beats est remarquable de précision et de clarté, mais l’enrobage ne suffit pas à provoquer l’attention et on se retrouve avec un album certes impressionnant techniquement mais totalement impénétrable.
Même si Zeitgeber est un projet couillu de la part de Lucy et Speedy J, l’album, malgré un sound-design affolant, en devient tellement distant qu’on finit par ne plus y prêter grande attention. Cette première collaboration qui fait tant saliver n’est au final qu’une attristante déception.






Brasser la merde
5 commentaires
Knutt
C'est bien dommage pour vous, cet album m'a vraiment retourné. Une grande leçon de sound design Mais c'est vrai qu'il faut y goûter plusieurs fois avant de l’apprécier à sa juste valeur (Il faut peut être aussi aimer geeker sur des synthés pendant des heures pour prendre une vrai claque).
Mais si on s'attend à du "Dark Boum Boum", c'est sur qu'on est forcement déçu...
Guillaume Miko
Sinon y'a des "Dark Boum Boum" qui sonnent aussi. Cf le premier EP de Samuel Kerridge ;)
benk2000
Ah putain, speedy j !!! yes ! bon j'ai pas encore écouté celui là, mais j'ai jamais rien entendu de mieux dans le genre que "Pannik" sur le maxi "pattern"(remix). Une tuerie indémodable ! Sinon son album "A Shocking Hobby " sorti sur Novamute en 2000 est assez monumental aussi mais jamais trop cité dans les critiques d'albums ... Et pourtant ... Donc je m'en vais me faire un avis rapido parce que sur le papier, speedy j + lucy + Dadub ... Bordel, elle est où la teuf ;) D'ailleurs merci encore pour la découverte de Dadub, juste monumental !
Knutt
@Miko
Je suis un grand fan de "dark boum boum". C'est juste qu'il ne faut pas s'attendre à du Surgeon énervé sur cet album...
Paranoiak
Pas assez d'éléments rythmiques à mon goût. Le mastering est effectivement terrible mais ça suffit pas. J'ai perdu foi en Speedy depuis bientôt une décennie, il semble abandonner le dancefloor, libre à lui. Public Energy était bien plus intéressant. (même si non orienté dancefloor)
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