
chronique · 20 décembre 2013 · Rock / Folk
Jonathan Wilson
Fanfare
Rattrapages 2013, on continue.
par Mattooh
Cette fois, on nage en plein classic-rock, perdu en territoire californien. Mais si on en cause ici, c’est que ce rock un brin easy-listening atteint un niveau de raffinement impressionnant. Tout en sobriété détendue dans l’écriture, Fanfare se situe au barycentre de Pink Floyd (post-Syd Barrett – classic-rock, on t’a dit), Wilco (toutes époques confondues) et de Bob Dylan pour certains intonations vocales (comprendre que malgré sa faculté à composer de belles mélodies, Jonathan Wilson (nouvel onglet) n’est pas un grand chanteur). Te voilà au parfum : Wilson est de toute évidence le genre de gars qui porte le cheveu long, fait des concerts de 2h et présente ses musiciens au dernier morceau, quand ils sont occupés à faire tourner un brouillon blues.
C’est d’ailleurs en live qu’il dévoile sa vraie nature, quand le claviériste tartine tellement sur son orgue Hammond ou son mellotron qu’on le giflerait d’un réflexe naturel, que le second guitariste accompagne au bottleneck les accords de Wilson dans un début de cauchemar country, et que, sur certaines errances mégalo à la Santana, on se croirait en pleine scène de la danse d’Une Nuit En Enfer ; sauf qu’on a beau chercher Salma Hayek faisant la danse du boa, on ne voit sur scène que cinq trentenaires chevelus portant le t-shirt près du corps et du bibelot vintage autour du cou. Oublions donc ces titres en pilotage automatique et ces relents de jam-bands dont raffolent la middle-class des grands espaces américains, et focalisons-nous sur le disque.
Après tout, s’il s’exporte jusqu’en Europe, c’est bien qu’il y a un truc en plus. Comme une vision alternative, expurgée de toutes ces tendances un peu ploucs. Jonathan Wilson est un guitariste virtuose, dans le bon sens du terme. Il serait facile pour lui d’empiler les gammes et de faire passer au chausse-pied des jams dantesques dans tous ses compositions, mais sa musicalité et son sens de la bonne chanson à l’ancienne lui enseignent surtout de ne pas sur-jouer. En résultent certes de sublimes pièces de psychédélisme 70’s tendance Grateful Dead / Pink Floyd (la stupéfiante Dear Friend, Fanfare, …), mais aussi de l’efficacité un poil grandiloquente façon Springsteen / Eagles (Love To Love), et de charmantes leçons de story-telling (Moses Pain, Cecil Taylor) ou de heavy-rock pré-grunge (Illumination) à la Neil Young. Pour emballer tout ça, la production fait preuve d’un tel savoir-faire qu’on oubliera bien volontiers le côté soft-rock de bien des arrangements.
Malgré des défauts inhérents au style et à l’ambition clairement affichée de se montrer imperméable à l’air du temps et à tout ce qui a pu se faire en musique depuis 30 ans, Fanfare est le disque irrésistiblement attachant d’un musicien passéiste mais outrageusement talentueux.






Brasser la merde
1 commentaire
Julien_LL
Bon disque à papas.
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