silent weapons for quiet wars

Pochette de Try Me

chronique · 4 février 2014 · Rock / Folk

Self Defense Family

Try Me

Commençons par un peu d’archéologie …

par Somath

En 1998, le duo/couple The Lapse sortait Betrayal!, ou la plus belle utilisation à ce jour des archétypes du noise rock (batterie sèche et guitares dissonantes, en gros) pour créer une musique profonde, belle, aussi bien exigeante que complètement évidente. En 14 pépites aussi dures que belles oscillant entre rock racé et folk nostalgique, le duo rentrait dans les annales de la qualité, sans pour autant rencontrer le succès qu’il méritait. Bref si tu connais pas, cours plonger une tête là-dedans de suite.

C'est toujours bien de détérrer certains chefs d‘œuvres intemporels, mais si j’attaque cette chronique par cette parenthèse c’est surtout que toutes les bonnes choses de ce Try Me de Self Defense Family me ramènent inlassablement à The Lapse, tant via ses mélodies non-assumées mais perçantes que via son empreinte sonore.

Vous connaissez peut être Self Defense Family sous son nom précédent, End Of A Year. Ce collectif de post-hardcore/émo-90s gravitant autour de Patrick Kindlon fait en effet tout pour brouiller les pistes, bien que ce nouvel opus sorte chez Deathwish (label connu pour des trucs bien plus brutaux comme Converge, ou bien plus merdiques comme Deafheaven). Vous l’aurez compris, ces gaillards sont très ancrés dans la tradition 90’s et raviront les oreilles des fans de Fugazi, Jawbox, Stanford Prison Experiment, ou encore Quicksand. Mais outre le passéisme évident, on a surtout affaire à des gars talentueux auteurs de bonnes voire très bonnes chansons.

La voix écorchée du leader est la colonne vertébrale évidente de ces courts instants de vie, de même que ses textes apportent une profondeur non négligeable. Les arrangements sont souvent assez simples voire intimistes mais suffisamment bien écris et bien pensés pour qu’ils apportent cohérence et dynamisme à l’ensemble. Du coup, que l’ambiance soit nostalgique (Tithe Pig, Turn The Fan On) ou plus révoltée (le superbe Aletta, Weird Fingering), on ne décroche pas une seconde et on en redemande. Dommage que le très répétitif Dingo Fence soit beaucoup moins réussi et clôture mollement ce disque. Dans l’ensemble c’est quand même plutôt triste (ah ces émos !) mais jamais niais, donc souvent touchant.

Ce double LP possède sur ses deux faces B une interview de l’ex-pornstar Jeanna Fine approchant les quarante minutes, sans arrangement musical aucun. Bien que les choses évoquées n’ont pas l’air dénuées d’intérêt, l’idée d’interrompre l’expérience musicale de cette façon méritait d’être tentée une fois, mais n’apporte rien du tout de telle sorte qu’on évitera ces deux monologues dès que possible. Cela n’enlève pourtant rien aux qualités certaines d’une galette qui a le mérite de faire du bien où elle passe et également de nous remémorer les plus belles choses des années 90.

Somath

Brasser la merde

3 commentaires

  1. schlounga

    Un gros merci pour m'avoir fait découvrir The Lapse.

  2. KJGY

    Oui pareil que pour schlounga... Je ne connaisais pas The Lapse et c'est juste formidable. Même si loin d'être inintéressant, Self Defense Family me parle moins mais ça demande peut-être une autre écoute de ma part.

  3. Globule

    J'aime bien les deux, c'est d'emblée émouvant et accrocheur. Merci.

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