D’un côté Lucy (nouvel onglet), aka Luca Mortallero, boss du label Stroboscopic Artefacts, responsable du meilleur album techno de 2011, Wordplay For Working Bees. De l’autre, Silent Servant, aka Juan Mendez, membre du collectif Sandwell District, auteur l’an dernier du corrosif Negative Fascination. Cet enchaînement de références devrait vous suffire. J’en vois déjà qui stoppe la lecture ici-même pour se précipiter sur History Survivors, premier EP commun de nos deux bonhommes. Et vous avez raison.
C’est une évidence que de retrouver Lucy et Silent Servant au sein d’un même EP, une évidence se mélangeant à de l’appréhension. Mais cette crainte ne concerne pas le résultat – comment imaginer un seul moment un échec ? – mais plutôt la peur d’être englouti par une techno belliqueuse et ne pas pouvoir en ressortir vivant. Et justement, ces deux morceaux ne laissent aucun répit, aucun espoir.
History Survivors se compose de deux titres, dépassant chacun les 10 minutes. Le fait de signer cet EP sur Mote-Evolver (nouvel onglet) est loin d’être anodin tant le label anglais n’en finit plus d’imposer sa signature radicale via les récentes sorties de Shifted ou Planetary Assault Systems. Nous sommes dans le domaine de la techno pour adulte, hostile et insoumise.
Dormancy Survivors débute sur une rythmique percussive, tribale, quasi cannibale. Elle ne fera que vous poursuivre dans l’unique but de vous maintenir sous pression. Cette fuite s’accompagne d’un arrière-plan angoissant, gigantesque appel d’air glacial, refusant la moindre lumière. L’hypnose débute alors, supprimant toute tentative d’évasion, bouffant votre moindre pensée évasive. Cette masse est tellement dense qu’elle en devient terrifiante. Au bout du chemin, rien. Le trou noir.
Victors Survivors ne viendra pas vous porter secours, bien au contraire. Sur un beat cardiaque, c’est une mille-feuille en forme de nébuleuse acharnée qui se met en place. Mais la violence est invisible et rampante, prenant son temps pour s’installer dans un recoin de votre cerveau et finissant par vous imposer ses idées noires.
Il est moins question de radicalité que de tentative de domination. En somme, Lucy et Silent Servant vont faire de vous des esclaves, vous réduisant à l’état de sous-hommes. Vous ne tomberez pas sous les coups d’une techno frontale mais plutôt sous les contrecoups d’une violence sourde, se dissimulant dans les moindres recoins.
Lucy et Silent Servant n’ont pas fait les choses à moitié avec ce History Survivors. Voici sans doute un des EP les plus magnétiques de l’année. Vous n’avez plus qu’à fermer vos gueules et encaisser.






Brasser la merde
5 commentaires
Georges White
High voltage !
Doug
Pan !
Globule
Elles sont un peu redondantes tes chroniques, mais pour parler de disques tellement bien que tout est oublié aussi tôt !
B2B
Oui, je comprends bien et suis assez d'accord. Mais il n'est pas toujours facile de trouver de nouveaux angles d'attaque pour parler de ce genre de disque.
Laurent
Je trouve ces deux titres vraiment fiable et cette chronique orientée SM leur rend justice. Moi, cette musique ne me donne pas d'idées noires, ou alors au sens littéral ( plutôt le trou noir, donc ), et m'apporte la paix, comme sait le faire la morphine, car sans doute je désire être un esclave. Cette musique me porte secours, tant qu'elle me tient, et le soleil se lèvera toujours trop tôt pour que je puisse le regarder en face.
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