silent weapons for quiet wars

chronique · 31 octobre 2012 · Drone / Ambient

Mirrorring

Foreign Body

par Lexo7

Liz Harris est plus connue par les amateurs de drone gras et narcotique, sous l'avatar du projet Grouper. Elle a fait les beaux jours de labels tels que Type, Kranky, Room 40 ou Yellow Electric. Ses disques sont aussi un recours pour les âmes grises mais pas aigries, qui savent que la dépression saisonnière est l'apanage des grands réalistes. Elle est ici associée à une certaine Jesy Fortino, officiant sous le joli et intriguant nom de scène Tiny Vipers. Son songrwriting épidermique, associé à une guitare sèche, vibrante et gracile, grignote les entrailles de ceux qui n'ont pas succombé aux postures strictement "mêchues" de la folk music. Peut-être parce que ses compositions savent se faire plus nébuleuses et complexes, et qu'elles dépassent allégrement le format simpliste de la chanson triste. Balmorhea, autres pensionnaires de Type ou Western Vinyl, l'ont compris avant même de collaborer avec elle. Rien que sur le papier, cette rencontre envoyait du rêve. Gris et torturé. Mais du rêve quand même. Parce que la nuit remue et que la vraie tristesse se mérite, cet album somptueux sorti en mars chez Kranky (nouvel onglet), revêt à l'heure des premiers frimas une tonalité toute particulière.

Trop dense pour être rangé dans notre actuelle "fourre-tout" catégorie rock/folk, trop singulier et en nuance pour prétendre à l'étiquetage drone/ambient tel qu'on le connaît, j'ai longtemps hésité sur l'endroit où j'allais planquer Foreign Body de Mirrorring. Dans ma tête, comme dans nos lignes.

Pour absorber cet opus comme il se doit, il est recommandé d'attendre le coucher du soleil. Aussi encombré soit-il. Car les textures ici dévoilées, dans ce qu'elles ont de plus ambient en tous cas, semblent illustrer le spectacle impressionnant des mouvements d'un ciel crépusculaire. Avec tout ce que cela comporte, comme menaces et promesses potentielles vis à vis du lendemain. Définitivement ambivalent, l'ensemble brille et bouscule de par les contrastes et sensations évoqués.

Derrière les lignes pastorales transperçant le dessus de nos têtes, Fell Sound ouvre le bal avec douce tension volatile, ambiguïté et désarmement. Celle qui laisse des traces donc. Car quand les murmures vocaux se perdent dans les nuées des drones, les cordes sensibles de Fortino semblent s'échapper, se rétracter dans un sursaut dézingué. Parce que la liberté a bien trop de charme.

Le ciel s'assombrit pourtant déjà, se parant de cette sombre couleur, omniprésente dans les regards de ceux qui ont trop souvent contemplé l'abîme. De cette texture tendant vers le gris, désuète et livide, qu'on trouve dans les plumards trop plein de rêves secs et morbides. Mais il y a aussi des traces d'espoir tenace, de caresses maladroites mais bien intentionnées. Celles qui voudraient te faire croire que demain, tout ira bien. Quenelle mortelle !

Car le suivant Silent From Above, chef d'oeuvre de folk song à la structure classique (par rapport au reste), inonde de par son texte adulte et désincarné, imagé sans être trop concret, reconnectant l'espace de 5 minutes l'auditeur à une triste mais souriante réalité. Le contraste camarade, la tension latente, c'est en composant ce qu'elles font de mieux individuellement que Liz et Jesy ont trouvé la fusion catharsique. Avec tout le romantisme, et presque le mysticisme emprunté à Ärvo Pärt (putain encore lui, le vieux con est partout). Tel un buisson ardent couvert par un timbre subtilement guerrier, Cliffs peut donc prétendre au moins, au même niveau d'excellence. Comme le revigorant, cristallin et sublime Drowinging The Call dans son canevas d'échos, de réverbérations, tout droit sorti du pays imaginaire des sylphides.

Mine sera sans doute le plus transi et immédiat des titres, voilà pourquoi il s'élève sans doute comme celui qui m'en touche une sans plus secouer l'autre. Malgré ces parfums de paix après un combat inutile perdu d'avance, et cette voix qui ferait presque penser au fantôme de Louise Rhodes, échappée de ce que fut Lamb pour l'occasion.

Perdus dans les reflets opaques et réversibles de Mirror Of Our Sleeping, les auditeurs qui sauteront le pas, pourraient bien être atteints par la béatitude de ses volutes analogiques, enveloppant l'oeuvre dans un voile définitif de mystère et de volupté.

Foreign Body n'est pas un de ces énièmes coups de lames joliment placés au creux de la gerçure. On y croise des sensations nobles, le spectre de Nick Drake, des fragments du Tourbillon de la Vie et les invisibles mots de l'inoxydable Mémoire et la Mer.

Boris, dis à Thibault et Natasha que je ne rentre pas ce soir. Les yeux bardés de Paul Prédault, je m'en vais en forêt, composer un feu de joie avec des fruits frais, des sloggis et des photos moches de Louis Garrel. Pour célébrer les artistes du jour, qui ont su me faire aimer.

Lexo7

Brasser la merde

1 commentaire

  1. julienl

    J'ai un amour sans limite pour Liz Harris, mais là, bizarrement, je m'ennuie un peu. Enfin, faut reconnaître, je suis une exception sur ce disque.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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