chronique · 3 novembre 2012 · Drone / Ambient
Hakobune
All The Other Hearts I Knew
Là où rien ne disparaît et tout se superpose. Les ombres insidieuses aux désirs suspendus, l’absence des chairs à la soif titubante. Tous ces cœurs approchés, absorbés, abandonnés. Contre lesquels on s’est fracturé, après avoir perdu sa propre trace. Dans lesquels on a rêvé, travaillé les silences, désappris un langage pour en façonner un autre. All The Other Hearts I Knew, selon le japonais Takahiro Yorifuji.
par Aurélie S.
Une sortie de plus, certes, pour celui qui, derrière le nom d’Hakobune (nouvel onglet), totalise déjà une dizaine d’albums rien que pour cette année (avec notamment, une remarquable collaboration avec le tout aussi fécond Pleq sur Adrift), mais pas des moindres. A noter qu’il est sorti simultanément au magnifique Amber Studies - capture précieuse d’un lieu, de tout ce qui y vit et s’y agite - de Will Bolton, tous deux chez le label Rural Colours (nouvel onglet) et dont le parrain n’est autre qu’Hibernate.
Le passé comme tout ce réel digéré, contenu, dense et diffus à la fois, et sans qui le présent – celui qui frappe de plein fouet, sans filtre et sans buvard, la sensibilité - ne serait pas grand chose. Il suffit pourtant de se retourner, de revenir un peu sur ses pas, pour constater le silence et la stabilité des instants passés. Les choses se figent. Les drones d’Hakobune tracent lentement un trait, large et gras, plus ou moins appuyé selon les modulations de volume et de hauteur, surlignant les souvenirs qui se rangent peu à peu, alourdis, dans le balayage du silence.
Tristesse songeuse et mélancolie douloureuse. La première piste est un monument qui contient dans ses drones tout le sublime des ruines d’amours disparues. De l’inachevé, sûrement, et des regrets, peut-être. La linéarité est trompeuse, les variations captivent. Les échos sont ces miroirs où se reflètent le pluriel des peaux rencontrées et les morceaux de soi façonnées dans l’autre.
Les nappes denses témoignent du passé filandreux et lourd que l’on porte avec plus ou moins de facilité selon chacun. Elles consignent à la fois l’amertume des attentes déçues, les manques, mais aussi l’apaisement et la reconstruction. Les Blackland Prairies conduisent l’espoir d’un renouveau, qu’on retrouve dans la construction même de l’album. Deux morceaux, chacun divisé en deux parties réparties alternativement de part et d’autre d’un interlude. Une histoire de cycles, de toute évidence. Peu importe la chute, les brisures, on finit toujours par y retourner. Il y a tous les autres cœurs qu’on a connus, et celui-là. Les fantômes, malgré tout. Et les vivants, surtout.
Méditatif et contemplatif, All The Other Hearts I Knew nécessite plus que jamais une écoute entière et attentive, pour en capter toute la profondeur émotionnelle. S’en dégageront alors des sursauts de mémoire brute, une peau qui se remémore, et des traces inouïes de dispersion immobile. Perdurera cet abandon de soi dans tous les visages des cœurs aimés.






Brasser la merde
3 commentaires
bob
Les deux premières tracks justifient l'achat. Et, selon moi, c'est même un peu dommage tant elles surclassent le reste de l'album.
SEN
De la musique contemplative, le terme est juste... Tout Hakobune en écoute gratuite sur son Bandcamp là :
http://hakobune.bandcamp.com/
Moritz Von Kuppeltag
Ouhlala je regrette pas d'avoir cliqué après avoir lu!
la suite, depuis 2026