
chronique · 12 septembre 2013 · Rock / Folk
Nadine Shah
Love your dum and mad
Les chiens ne font pas des chats. Ce vieil adage populaire trouve ici tout son sens.
par Booboow
A longueur de chroniques de ce premier album de la jeune anglo-norvègeo-pakistanaise, les comparaisons avec Nick Cave et PJ Harvey pleuvent comme il est de bonne coutume en Angleterre, pays humide et gris s'il en est. Outre la bonne contrepèterie de mise (Love your dum and mad), la petite Nadine paie de bien belle manière ses respects à ses parents spirituels et monstres sacrés du rock anglo-saxon classieux. Les 2 influences faciles sont tombées, désolé, mais elles sont on ne peut plus fortuite. En effet, Nadine Shah (nouvel onglet) emprunte tant leur art du storytelling, leur amour des textes poétiques brisé, leur appétit pour un rock décharné, leurs accalmies belles à pleurer et leur sens de la mélodie romantique mais pleine de noirceur qui colle au ciboulot. La tradition anglaise veut qu'un artiste prometteur (ou non) en remplace un autre la semaine suivante. Avant que Pitchfork ne fasse loi en matière de rock indépendant, le NME se posait là. Dégotant chaque semaine La next big thing, la nouvelle tendance, le nouvel Oasis ou la nouvelle PJ Harvey calmée (notre cas du jour). Il y a déjà quelques années de ça, Anna Calvi, présentée comme descendante directe de Polly Jean première période (rock décharné et sexuel) et de Jeff Buckley, a bénéficié de ce souffle médiatique. Comme c'est malheureusement souvent le cas sans que cela soit amplement mérité... La faute à trop de minaudage et pas assez de sexualité crue. Un nouvel album arrive bientôt, on aura l'occasion de s'en faire une meilleure idée (ou pas).
Bref, notre nouvelle sensation pointe le bout de son museau l'année dernière dans le monde impitoyable du rock anglais. Un 3 titres autoproduit sous le bras pour démarcher les labels, elle signe plutôt rapidement chez Apollo (nouvel onglet) qui flaire le bon coup et fait monter le buzz avec sa sublime reprise de (attention les yeux, mais pas les oreilles) Cry me a river.
S'ensuivent 2 singles, que l'on retrouve sur Love your dum and mad, et confirment les qualités d'écriture et d'interprétation de la belle qui semble déjà avoir vécu plusieurs vies.
La première moitié de ce premier album s'ouvre par les titres les plus tendus, entre post-punk pour corbeaux et rock sombre. Ce qui frappe de prime abord, c'est la basse sur Aching bones ( à la We real Cool du dernier album de Nick Cave). Véritable colonne vertébrale vrombissante, en tension domptée, comme si Nick Oliveri était enfin cocaïne free, elle est la caution rock des titres les plus raides. Sur To be a young man, elle reste lourde et claquante sans jamais être trop pesante. Elle se module selon le climat (toujours lent et mélancolique) de chaque morceau devenant ronde et jazzy sur Dreary town. Jazzy, le mot est lâché. Le piano et la voix de Nadine en son entièrement responsable et donnent corps aux complaintes fantomatiques du reste de l'album. Car si les premiers morceaux peuvent prétendre à des influences post-punk grâce également aux guitares discrètes et dissonantes, la suite elle, n'en garde que les déviances gothiques : noirceur poétique des textes et pianos grinçants et glaçants. Nadine nous entraîne dans son univers varié avec une facilité déconcertante. Notre féline ne sort jamais entièrement ses griffes mais ronronne de désespoir (Floating).
Sur la seconde moitié de Love Your Dum and Mad l'intensité électrique baisse d'un cran vers des folk songs à la tristesse contenue. Un peu comme si PJ Harvey était directement passée de To Bring you my love à White Chalk. Nadine délaisse donc basse et guitare pour se focaliser sur ses pianos et claviers, faisant osciller la suite entre ballades crépusculaires, complaintes fatales et comptines lugubres (le magnifique Dreary Town). L'accompagnement se fait plus discret et les nappes électroniques (All i want) et piano prennent le dessus pour des ambiances plus poignantes mais tout aussi entêtantes. Chaque note égrainée est nécessaire, la démonstration technique n'est pas de mise ici. Le chant quant à lui, se fait lamentation spectrale (Used it all) ou interprétation théâtrale. Cette voix de velours, chaude et grave, nous conte des histoires d'amour déçues, des rêves et espoirs brisés (To be a young man), des tromperies (Runaway) et autres joyeusetés de la vie sans jamais tomber dans la simplicité et surtout sans jamais flirter de trop près avec le pathos dégoulinant (sauf peut-être un tantinet sur Runaway). L'influence jazz refait son entrée pour clore le débat avec l'apparition de cuivres remarquablement amenés sur les deux derniers morceaux Filthy Games et Winter Reign. Ils contrastent avec la froideur des claviers et apportent une note finale presque réconfortante à ce voyage sec et amer.
Un premier essai qui laisse bouche bée d'admiration. Toi aussi, donne ta langue à Shah.






Brasser la merde
2 commentaires
SEN
Pétard quelle bombe !
Dan
Vache cte voix!!
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