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Pochette de More Light

chronique · 18 septembre 2013 · Rock / Folk

Primal Scream

More Light

Oh, Primal Scream, tu as un peu lâché l’affaire. Ils sont vieux, n’ont pas fait grand-chose de fameux dans la dernière décennie, et puis ils ne se sont jamais séparés donc ne pourront vraisemblablement pas se reformer dans l’euphorie générale. Ça sent la fin, penses-tu même en regardant la pluie d’automne battre le rebord de fenêtre du bureau de ta SSII de Levallois-Perret. Laisse-moi, s’il te plait, m’inscrire frénétiquement en faux.

par Mattooh

Contre toute attente, ce More Light a tout d’un grand album. Pas de remplissage, déjà : aucun filler, et une richesse bluffante. Une variété bienvenue, ensuite : de la transe brit-rock hypnotique (2013), en passant par le petit cocon de psychédélisme acoustique (River of Pain), le titre épique à tiroirs (Relativity) ou le classique tube pastiche des Stones (It’s Alright, It’s Ok) jusqu’à l’exutoire obsédant (Cultureside). Cette vieille crapule de Bobby Gillepsie se permet même de crooner sévèrement sur un texte de Jeffrey Lee Pierce issu d’une démo pré-Gun Club (Goodbye Johnny), bien aidé par une instru de grande classe (ce sax suintant !), et ça le fait complètement. Enfin, pour appuyer son petit air de masterpiece, More Light incarne l’inattendue renaissance d’un groupe qui s’était sérieusement affadi en enchaînant les disques de garage 2.0 post-Stones sans ampleur. Qui attendait encore quelque chose d’imposant de la part Primal Scream (nouvel onglet), bande de junkies quinquagénaires tournant de moins en moins et pas pour le meilleur – je garde un souvenir amer de leur passage raté à Dour 2006 ?

C’est probablement la raison pour laquelle ce disque, tout du moins en dehors du Royaume-Uni, a relativement peu fait parler de lui ces derniers mois, rapporté à sa grande qualité. Ca, et le fait que d’une manière générale, la dictature de la nouveauté tend à éclipser tous les disques de ces vieux rockers qui continuent à turbiner sans penser à leurs annuités, ni à l’allongement de la durée de cotisation à la SACEM.

Mais, bon.

Le fait est que la discographie de Primal Scream souffre de n’être que ça face à ses deux propres cimes. Et la question qui revient depuis 13 ans à chaque nouveau disque se doit plus que jamais d’être posée : ce More Light atteint-il le niveau d’un Screamdelica ou d’un XTRMNTR ? J’ai tendance à penser que oui, même s’il faudra encore lui laisser du temps pour s’assurer qu’on reviendra dessus aussi souvent que sur ses glorieux prédécesseurs.

Certes, More Light ne bénéficie pas de l’effet de surprise de Screamdelica, pas plus qu’il ne fusionne rock sauvageon et musique électronique comme le fit si brillamment XTRMNTR. Mais le spectre musical couvert par ce disque n’en est pas moins immense, et réaffirme haut et fort le savoir-faire et la créativité de nos increvables écossais. Primal Scream sait toujours mélanger acid-rock, psychédélisme, dub et blues pour en extraire d’insensés tubes à l’éloquence appropriée pour submerger, au minimum, n’importe quel anglais sous ecsta. Il y a bien 13 excellents titres sur ce disque, mais il y a surtout cette chanson, 2013 ; ses 9 divines minutes, son gimmick de cuivre obsédant, et sa folle dynamique qui voit un Bobby Gillepsie survolté vomir son époque post-Thatcher sur un texte salement désabusé :

What happened to the voices of dissent

Getting rich I guess

Become part of the establishment

Power corrupts the best

They killed the counter-culture underground

It offers no critique

No revolutionary spirit left

They've sanitised the freaks

Ah, c’est un peu convenu mais c’est pas Franz Ferdinand, hein. Enfin, voilà : tu sais ce qu’il te reste à faire, au lieu de t’escrimer à chercher une chanson correcte dans le nouveau Arctic Monkeys. En matière de rock anglais tout particulièrement, old is the new young ; Bobby Gillepsie, petit diable ricanant derrière ses 51 automnes, te le prouve à nouveau.

Mattooh

Brasser la merde

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