
Après avoir passé plusieurs années enfermé en studio, affairé à la composition de musiques pour films et jeux vidéos avec son BFF, le producteur Atticus Ross, Trent Reznor revient aux affaires. D’abord avec le premier album de How To Destroy Angels (nouvel onglet), projet monté avec sa femme Mariqueen Maandig et ce même bougre d’Atticus Ross, puis avec Nine Inch Nails dans les mois (ou années) qui viennent. Dans la foulée, un deal avec Columbia a été signé à grand bruit pour les prochaines sorties de HTDA. De la part d’une icône des 90’s qui prêchait il y a quelques années encore pour le boycott des majors et organisait sa propre distribution indépendante, cela sonne comme un renoncement. Eh bien, musicalement, il y a de ça aussi.
Ce qui frappe d’abord sur Welcome Oblivion, c’est que l’identité sonore du disque n’engendre aucune surprise. La moindre de ses textures nous ramène aux travaux récents de Trent Reznor. C’est comme s’il devenait possible de mettre au point un générateur de Reznoreries, avec ce beat lassant dont on pourrait changer le tempo ou les textures mais qui aboutirait toujours à la même compo.
Symboliquement, On The Wing exsude à la fois les traces de plusieurs années à composer des B.O. (les orchestrations très cinématographiques) et ces ficelles synthétiques du NIN dernière période (les grosses basses avançant par vagues alors que le beat stéréotypé sert de fil rouge). Et l’album d’alterner entre plagiat de NIN plus (Welcome Oblivion) ou moins (The Loop Closes, non mais sans déconner ?!) inspiré, faux tubes électro-pop horizontaux et plages ambiantes assez peu marquantes.
Vocalement, Madame Reznor pose un timbre de voix assez impersonnel (quoique varié) pendant que Monsieur se contente de peu de choses : essentiellement des murmures, des expirations, très peu de mélodies. Et quand il y en a, cela occasionne des refrains électro-pop anodins (Too Late, All Gone, Strings And Attractions) ou carrément infects (How Long ?, qui aurait fait mourir de honte le Trent Reznor jeune) ; fallait pas, vraiment.
Trop rarement, Reznor parvient enfin à outrepasser ses tics gonflants et redevient intéressant. And The Sky Began To Scream évoque le Portishead de Third, gonflé aux hormones. Ice Age est une jolie comptine angoissée, reposant sur d’habiles enchevêtrements acoustiques et une belle montée en intensité. On pense ainsi beaucoup au superbe The Fragile (1999), preuve qu’il n’a pas non plus besoin de se réinventer complètement pour produire de la musique valable. Seulement, il y a un réel problème d’inspiration sur ce disque.
Difficile donc de se passionner pour ce projet sans substance, qui ne semble exister que dans le but de relancer la machine en faisant chanter Madame sur les beats de Monsieur, Madame qui pour l’occasion devient un peu la Yoko Ono du rock industriel US. Reznor semble prisonnier de ses méthodes et outils de travail, si bien que ce disque est rarement intéressant dans la forme et d’une grande vacuité dans le fond. Dans ce contexte, difficile de savoir s’il faut s’enthousiasmer du retour de NIN en l’espérant plus radical, ou craindre le pire tant la source d’inspiration de Reznor, nourrie pendant des années de solitude, d’angoisses et d’addictions semble tarie.
Ce constat, déjà unanimement partagé à la sortie des diversement appréciés With Teeth (2005) et Year Zero (2007) (enregistrés pour la première fois par un Reznor sobre et bodybuildé) est plus vrai que jamais maintenant Monsieur est marié, reconnu par le monde du cinéma (!) et manifestement heureux. On ne peut donc que souhaiter le pire à Trent Reznor.






Brasser la merde
9 commentaires
hank
ouais. Tout pareil. Même pas eu le courage de faire une review (pourtant j'avais aimé l'ep An Omen)
kjgy
Je n'ai pas totalement fini l'écoute de l'album mais je pense que je peux dire qu'il n'y a rien de spécialement mauvais, c'est du bon boulot... mais rares sont les morceaux qui ressortent réellement du lot. J'espère que ça n'est qu'un passage pour Reznor, pourtant j'ai adoré son travail sur les films de Fincher et même sur Ghost et à moindre mesure sur The Slip (qui, si on considère le faite qu'il a été réalisé en pleine tournée sur un laptop et distribué gratuitement, est vraiment sympa).
PS - Je suis quasiment sur que si c'était la voix de Reznor sur les musique de cet album, elles seraient surement plus intéressantes... parce-que Mariqueen Maandig a juste une voix inintéressante (pas mauvaise, mais inintéressante).
redlemoon
Plutôt d'accord avec ce qui a été dit dans l'article et les commentaires, il y a deux trois trucs intéressants (surtout la 1e moitié de l'album) mais globalement ça ressemble aux trucs sans intérêts qu'il fait depuis quelques temps, c'est plat, et en effet la voix de sa femme n'apporte rien. (je suis sûr aussi que si Trent chantait ce serait déjà mieux) Ceci dit, j'avais bien aimé Year Zero globalement, et puis c'était son premier dans ce genre "post indus" donc pas encore lassant ! (et puis un peu plus velu) Et puis oui alors How Long... Reznor a complètement craqué son (the) slip !
kjgy
Ouai et puis Year Zero était tout de même beaucoup plus diversifié, quand je pense à des pistes comme les trois dernières (Another version of the truth, In this twilight et Zero-sum), elles sont juste superbes. Ou meme Hyperpower!, CapitalG .etc nan vraiment pour moi Year Zero est une réel réussite. With Teeth est clairement à part dans le sens où c'est une compilation de titres qu'il n'avais pas sorti pour la plupart des pistes (période de banqueroute où leurs manageur s'était barré avec tout le pognon). N'empêche, même si il est en deçà, il y a de putains de bonnes pistes, et en Live c'était énorme, une énergie incroyable, à la fin de celui où j'étais il ne restait plus un seul instrument en état de fonctionnement..!
Par contre je confirme, "And The Sky Began To Scream" est vraiment bonne.
Somewhat Damaged
Voir cette album dans la catégorie rock/folk me fait aussi mal que si je voyais l'album de Kendrick Lamar dans la section expé/modern classical. Juste non.
Mattooh
On va le déplacer dans hip-hop/rap, bouge pas.
Somewhat Damaged
C'est vrai excuse moi, c'est évident. Welcome Oblivion est un disque rempli de riffs rock n' roll et de petites ballades mignonnes que l'on gratteraient autour d'un feu de camp un soir de pleine lune. Après, on a peut-être pas exactement la même définition du rock, mais moi, quand j'écoute cet album, j'entends surtout des beats, des synthés et des samples. Pourquoi HTDA ne pourrait pas être dans la section musique électronique ? Ca ferait tâche à côté des albums chroniqués là-bas ? Je pense que les mecs lisant votre site pour trouver de bons albums de folk ou de rock seront très certainement heureux de se voir conseiller (en même temps pas de risques ici, ce n'est pas le cas) un HTDA.
redlemoon
D'accord avec Somewhat Damaged, j'avais trouvé ça bizarre aussi. C'est pas parce qu'il y a trois notes de guitares passées au séquenceur que c'est rock.
Mattooh
C’est vrai, cette chronique aurait aussi bien eu sa place dans musiques électroniques. J'ai hésité avant de le mettre là, mais alors très peu de temps. Ça doit avoir un rapport avec le fait que je chronique quasi-exclusivement du rock et du métal au sens large et ne me sens pas du tout qualifié pour aborder les musiques purement électroniques. Ca tombe bien, ce disque contient des refrains (merdiques) et quelques structures « chansons ». De même, j’ai tendance à penser que l’essentiel des gens qui s’intéressent à Reznor pataugent plus dans le rock ou encore que le rock n’est pas forcément une question de guitares, mais ça, c’est un brassage de merde postérieur à une décision prise en 3,5 secondes.
Les catégories ne sont pas définitives et font débat entre nous, mais ça ne reste que des rangements. En l’état, « rock/folk » est clairement fourre-tout et une armée de pinailleurs pourrait débarquer en s’offusquant du fait que Clinic, Julien Pras, Steven Wilson, Pissed Jeans et Gratuit n’ont rien à foutre dans la même catégorie. On ne pourrait en aucun cas leur donner tort, tant les chansons de Pissed Jeans se grattent mal autour d'un feu de camp un soir de pleine lune.
Mais ça n’a AUCUN intérêt, si ?
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