
chronique · 25 octobre 2013 · Rock / Folk
The lonesome southern comfort company
The big hunt
« Vantez les terres élevées mais tenez-vous sur les terres basses. » Proverbe Suisse
par Booboow
Nous connaissons la Suisse pour son chocolat fondant, HR Giger et ses créatures biomécaniques libidineuses, son fromage à râper, Henri Dès et ses ritournelles pour les nenfants, ses banques scrupuleuses, les métalleux de Kruger, le boson de Higgs, le grindcore de Nostromo, Stéphane Eicher qu'on va laisser déjeuner en paix, l'indie noise des Ventura ou encore le rock indus culte des Young gods. Tout cela est sans compter le label On the Camper (nouvel onglet) tenu par le art(y)isans rockeurs indie de Peter Kernel. Outre leurs propres disques, les Helvètes sortent les albums de The Lonesome Southern Comfort Company (nouvel onglet) (nom difficile à retenir s'il en est), quatuor alliant à merveille americana rurale (les terres basses) et folk songs classieuses (les terres élevées). A la base TLSCC est le projet solo de John Robbiani, multi-instrumentiste (guitare, pedal steel, banjo), chanteur et féru d'histoire (leur précédent album s'intitulait Charles the bold et traitait principalement d'histoire, celle avec un Grand H). Mais avant même le premier enregistrement studio TLSCC est rapidement devenu une aventure humaine à l'arrivée de trois autres protagonistes : Duke à la batterie, Boris au violon et Abraham à la guitare. Leur méfait 2013 et 3ème album s'intitule The Big Hunt et nous invite à une chasse à la marmotte au grand air.
L'équilibre de cette grande chasse, tiens au fait que le groupe allie parfaitement mélodies enlevées et rythmiques campagnardes (à la manière de Willard Grant Conspiracy). Une petite moitié de l'album a la base bien rustique comme il faut. Le titre d'ouverture When he's down mets d'ailleurs les choses à plat : Pedal Steel qui voltige, Banjo rythmé, tambour d'infanterie qui tape du pied en rythme pour encourager la baston en cours. On s'imagine en bon cul terreux, le moral dans les chaussettes trouées, n'en ayant plus rien à foutre de ses problèmes et ne souhaitant que s'éloigner de l'océan de merde dans lequel on se noie et où l'on coule dans l'alcool frelaté. Mais là, surprise : s'ajoute à cette ambiance délétère de jeune brisquard déjà usé par la vie, une incartade électronique sortie de nulle part qui fait partir en fumée ce cafard. Cette atmosphère de saloon paumé au fin fond du Colorado, on la retrouve sur le titre Retreat (qui fait songer à 16horsepower, surtout l'intro) pour partir en gigue endiablée certes, mais tout de même un poil convenu. That 2am call repart sur le thème du bouseux qui broie du noir et innonde ses remords à grand renfort de tord-boyaux mais, entrevoie tout de même la lumière au bout du tunnel. Dernier titre de la partie la plus americana et terrienne qui clôture l'album, Rent Song a un côté simplet du village, joyeux d'être libéré de prison pour un crime qu'il ne se rappelle pas avoir commis et curieux de la vie nouvelle qui s'ouvre à lui.
Même si la compagnie reste prioritairement ancrée dans une terre agricole en jachère (batterie militaire du siècle dernier, voix de bagnard et banjo campagnard), cela ne l'empêche pas de maintenir les yeux rivés au ciel (pedal steel, violons et guitares des grands espaces)sur la seconde grosse moitié du disque. C'est d'ailleurs Quand ils nous emmènent en ballade mélancolique sur le dos d'un canasson pour traquer le chamois dans les hauteurs des alpes suisses (c'est pas le grand Canyon, mais bon, on fait avec ce qu'on a), qu'ils nous soufflent comme le ferait un paysage grandiose. Mais même dans ses moments les plus contemplatifs, la musique de tlscc garde toujours un pied dans la cambrousse. Spécialement par cette batterie qui fait rudement penser à un tambour menant son bataillon vers la prochaine campagne (64 Warwick way + Wall Street's foreign legion + pont de When he's down) ou donnant le rythme à l'attaque (Retreat+ pont très western That 2am call). Les terres élevées, nous les survolons grâce au violon qui nous fait voltiger tel un rapace en mal de proie, affaibli par une chasse sans fin, planant inlassablement a la recherche d'une musaraigne sur laquelle fondre... ou nous berce tranquillement (64 Warwik way). Pour au final se retrouver au coin d'un feu de camp perdu au milieu de nulle part, éreinté par une longue marche, à se faire narrer des histoires intemporelles de déchéance et d'espoir (That 2am call), d'ombres et de lumière, de rédemption et de renoncement (Ct Scan), de temps qui passe (The big hunt) ou d'amour naissant (Marie Anne).
Seul léger bémol, a trop vouloir nous faire voyager dans le grand ouest, John, même si ses mélodies et sa voix font en grande partie du charme de TLSCC, avale un peu trop ces mots rendant la compréhension des paroles parfois délicate (mais ça doit être un problème inhérent aux Suisses jonglant déjà 4 avec langues, remember Franz Treicshler)... Ce qui est ma foi légèrement dommage pour du storytelling de redneck en costards taillés sur mesure.






Brasser la merde