
chronique · 27 mai 2013 · Expé. / Modern Classical
Pharmakon
Abandon
"La curiosité d'avoir peur existe." (Victor Hugo)
par MarcD
La difficulté d'être critique c'est d'avoir pour devoir d'émettre un avis le plus neutre possible, avec une certaine exigence, des références, un minimum de recherches et une balance aussi objective que possible des qualités et défauts de l'album présenté. Enfin ça c'est la règle de base, l'idéal, parce que quand on tombe sur un album qui nous passionne, l'astreinte à une certaine neutralité s'efface devant l'enthousiasme qu'on espère communiquer. L'inverse est vrai aussi pour le manque d'ardeur, mais ici n'est pas le propos.
Pharmakon, le projet de la forcément étrange Margaret Chardiet, mérite l'intérêt à plus d'un titre. Sorti sur Sacred Bones son premier album est attendu car sans n'avoir rien vraiment sorti d'officiel, Margaret est déjà connue comme le loup blanc dans le New York underground. Membre fondateur de la Red Light District (« Quartier des lanternes rouges ») synonyme de lieux de prostitution et clubs striptease, elle est la figure de proue d'une scène electro bruitisme depuis ses 17 ans (admirez la précoce performance), et comme souvent pour ce genre de musiciens, elle possède une approche mêlant la performance artistique et le mysticisme le plus barré. Elle définit sa musique comme un exorcisme, autant pour elle que pour le public, la confrontation est d'ailleurs souvent extrême, assénant un déluge de cris ou parfois de vocalises, des murmures sur un tapis sonore le plus souvent ambiant, distordu et macabre. Nous avons la une recette gagnante car le résultat est à la mesure de l'attente, une ambiance apocalyptique, presque surnaturelle, faisant parfois songer à Aghast et son désormais célèbre Hexerei im Zwielicht der Finsternis. A du Throbbing Gristle encore plus barré, à Haxan Cloak en plein delirium tremens...
Le nom est d'ailleurs bien choisi, en grec ancien : φαρμακός, celui qu'on immole en expiation des fautes d'un autre, le pharmakos est le bouc émissaire humain qu'on utilise en sacrifice dans certains rituels. Et ce côté magico-religieux se retrouve très bien, comme par exemple sur Pitted aux faux accents d'un Dead Can Dance plongé dans la sinistrose, appuyé par une rythmique assez martiale et des sons saturés. Crawlig on Bruised Knees débute avec une rythmique lancinante, qui s'éternise pour être ponctué d'une voix déformée, Milkweed est sans doute le morceau le plus agréablement malsain avec des cris et des sons stridents, mais se tenant toujours à la frontière, sans tomber dans le parfait chaos bruitiste, sans dire qu'il y a une réelle structure, il y a des marques qui font penser que sous les strates sonore il en reste des traces.
L'album se termine sur le long (27 minutes) et criard Sour Sap, qui fait penser à une scène de ménage dans un couple de harpies, ça vaut le coup d'oreille comme on dit.
La conclusion est élémentaire, avec cet album court (5 titres) mais dense, Margaret réussi son pari et sort un album orgiaque, primitif, atrocement beau, suavement malade, une charogne musicale, où la convulsion en est le mouvement moteur, un abandon qu'on doit adopter à tout prix !






Brasser la merde
1 commentaire
Cornell
Han la tuerie, j'ai peur que des démons sortent des murs maintenant
la suite, depuis 2026