
chronique · 4 octobre 2013 · Rock / Folk
Dead Meadow
Warble Womb
Cinq années après son dernier album studio, Dead Meadow revient, impérial et flamboyant, mettre à l’amende tous les prétendants rock psyché apparus malencontreusement dans l’intervalle. En 15 titres et 75 mn, histoire de bien mettre les choses au clair.
par Mattooh
Interrogé sur la raison de ce long intermède (pour un groupe habitué à sortir des albums tous les 2 ans), le batteur Mark Laughlin dédramatise : on a pris notre temps, on a peaufiné nos compos, et voilà. Bon. La raison est quand même à chercher du côté du batteur, puisqu’il y a eu du mouvement derrière les fûts : Laughlin, batteur originel de Dead Meadow (nouvel onglet) et démissionnaire en 2002, est récemment revenu pour remplacer (le pourtant excellent) Stephen McCarty. Voilà qui justifiait bien quelques longs mois de rodage, pour retrouver ses automatismes et composer comme en 40.
Dans le même temps, chacun a fait ses trucs. Jason Simon (guitare/chant) a monté un nouveau groupe, Old Testament, et sorti récemment quelques enregistrements dans une veine folk/blues très Dylan-replica. Steve Kille a poursuivi ses activités de studio et enregistré quelques groupes (dont Kim Deal), géré un label et même gardé sa basse autour du cou pour en faire profiter les Pink Mountaintops. Dead Meadow n’est pas non plus resté inactif, puisque les concerts, sporadiques ou dans le cadre de copieuses tournées mondiales, n’ont jamais cessé. Un témoignage en CD/DVD, Three Kings, est d’ailleurs sorti en 2010 et donnait à entendre cinq nouvelles compositions enregistrées en studio, mais passées un peu inaperçues dans cette masse de musique mystique et immersive.
Ce qui nous amène à Warble Womb. Après 15 ans d’évolution, la musique de Dead Meadow atteint aujourd’hui un degré de raffinement assez affolant. Parti d’un rock psychédélique très codifié et basé sur des riffs post-Black Sabbath rampants et bourdonnants, Dead Meadow a dès son second album, le brillantissime Howls From The Hills (2001), calmé son obsession pour Sleep en laissant ça et là une pop léthargique prendre les commandes de son rock hautement psychotrope. Tout cela les a mené jusqu’à Old Growth (2008), superbe disque de pop-rock psyché mais qui ne représentait plus réellement ce qu’est le groupe sur scène. Warble Womb revoit aujourd’hui le dosage et ressemble à son œuvre définitive, un Curriculum Vitae de champion : quelques riffs lents et plombés assurent les fondations (1000 Dreams, Rains In The Desert), de fins égrainages d’accords accompagnent le chant pendant que la basse élastique tricote, des montées en sauce délicieusement noisy débouchent sur de savants contre-pieds rythmiques et comme toujours, ces extasiantes mélodies ensommeillées se révèlent à l’auditeur stupéfait au fil des écoutes.
Le groupe excelle toujours autant dans l'acid-folk bordée de son halo électrique, et les ballades psyché sont bien là : Mr Chesty et One More Tall Taker, très belles. Les plages lascives également (Burn The Here And Now, I’m Cured), de même que les démonstrations de feeling instrumental (September, All Torn Up, Copper Is Restless (‘Til It Turns To Gold)), à la coolitude funky-psyché imparable et à la qualité d’assemblage insultante pour 95% des groupes rock de cette foutue planète. Mais on se réjouit aussi du retour des longues plages hypnotiques et bruitistes (This Song Is Over, Warble Womb II), qui promettent pour la tournée à venir d’insensées jams et les quelques entorses au cerveau qui vont avec. Et puis ces larmes de guitare passées au filtre déformant (Six To Let The Light Shine Thru) sont plus que jamais un délice, tant le toucher de guitare de Jason SImon et les subtilités de Mark Laughlin derrière la batterie font merveille. C’est bien cette sidérante interaction entre rythmique, mélodies de guitares et souples ambiances hallucinogènes qui fait la marque du groupe et qui apparaît dans une version si aboutie aujourd’hui, quelle que soit la forme que prennent leurs compositions.
Dead Meadow suinte le psychédélisme à chaque seconde, et Warble Womb pourrait faire office de testament parfait d’un groupe dont on espère quand même qu’il ne va pas raccrocher les gants de si tôt, parce qu’il est au sommet de son art. Tu pourras vérifier tout cela lors de la tournée européenne en cours (nouvel onglet) ; profite d’une de leurs étapes franquaises car si leurs disques sont fantastiques, c’est encore sur scène qu’on prend le mieux la mesure du talent embarrassant de ces diablotins washingtoniens.






Brasser la merde
2 commentaires
EDD
Les ayant vu pour la première fois il y a un mois au psych fest d'Angers organisé par les black angels je ne cesse de les écouter . Sûrement les meilleurs performers que j'ai vu sur scène
Mattooh
J'y étais également, c'est vrai que leur concert était très bon. Mais j'ai quand même été un peu déçu, dans la mesure où leur nouveau (et en fait premier) batteur est moins bon que le précédent, ou en tout cas beaucoup plus anodin.
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