
chronique · 4 mai 2013 · Rock / Folk
Papaye
Tennis
Vous souffrez d'indigestion de groupes math-rock sans saveur ? Notre papaye nationale est arrivée à maturité. Elle soignera vos troubles intestinaux dus à la trop forte ingestion de rock instrumental frelaté, rabâchant inlassablement les mêmes thèmes.
par Booboow
Fondamentalement, le groupe Papaye (nouvel onglet) est composé de la même façon que son homonyme exotique.
Une guitare caoutchouteuse (Mric (Room 204) -la peau- qui protège la seconde guitare fruitée et tropicale (Franck (Kommandant Cobra) - la chair- pendant que (JB (Pneu) -les pépins- pimente le tout de sa frappe explosive et fragmentée. Eh oui! Pour ceux qui ne le savaient pas encore, Papaye est un "supergroupe" composé de la crème des groupes de math-rock frenchie. Tennis est leur second album, et il fait suite à La chaleur, premier essai fugace et éberluant du trio paru conjointement chez Africantape et Kythibong (nouvel onglet). Et comme pour tout bon album de Math-Rock/Noise des écuries françaises sus-cités, c'est l'omniprésent Miguel Constantino (Marvin , Papier Tigre, Choochooshoeshoot, Café Flesh, Fordamage etc...) qui s'est chargé de l'enregistrement du mix et du master. Et pour ne pas changer, ça sonne juste et bon!
On y distingue parfaitement les guitares, qui se livrent à un furieux match de tennis de table, arbitré par une batterie intransigeante. Les balles fusent. Les 2 protagonistes échangent des frappes sèches et tordues pour se déstabiliser. Chaque riff se voit renvoyé avec effets et rebonds incongrus. Les cordes se tendent, obligeant les adversaires à répondre au précédent coup en extension soudaine. La batterie attribue sèchement les points, mais déconne tout de même un peu en induisant en erreur les joueurs exsangues par l'effort. Tous les compétiteurs s'arrachent, jouent d'inventivité et de voltige pour la victoire. Bref, les échanges fous et inattendus de guitares font toujours le charme de Papaye.
Et des loufoqueries en tous genres, cet album en regorge. Chaque chanson se voit affublée d'un titre aussi incongru que les pochettes de leurs disques (ici un sosie version "real housewife cramée" de Ségolène Royal). Pour exemple, Je suis caché sous ton pull côtoie La maturité, Monica Seles ou Moquette Miroir. On imagine les sacrés brainstormings arrosés au rhum devant des dessins animés pour trouver de tels intitulés... Ils aiment les productions Hanna-Barbera, obligé. D'ailleurs Mric et Franck se prennent pour Tom et Jerry, tandis que JB rythme leur course effrénée et stoppée nette par un aboiement de chien stupide sur Super, marché.
Pour rester dans le délire jubilatoire et enfantin, les trois pieds nickelés retranscrivent aussi l'ambiance d'un grand parc d'attractions Allemand renommé ici Europapaye. Les accélérations subites y chassent de nombreux virages virevoltants pour finir en chute libre : une vraie leçon de math-rock.
Papaye, en bon prof de sport philosophique, nous questionne : "pourquoi les groupes dits "Math-rock" devraient utiliser à l'infini le même motif quand il est possible d'en inventer de nouveaux avec fougue et audace?" Ne pas donner à son public le sentiment de satiété riffesque est peut-être leur crédo. Il est en effet impossible de se lasser de leur jeu, puisqu'il est constamment changeant. C'est pourquoi la majorité des titres de Tennis sont courts et dépassent très rarement les 2 minutes. Car après tout, pourquoi faire durer le plaisir quand on peut envoyer la purée à répétition ? Ici, 13 fois d'affilée en l'espace de 26 minutes ! Sachant que les groupes de Grindcore sont hors-concours, serait-ce un nouveau record du monde ? Quant aux titres plus longs (enlarge your Tennis ?) ils leur servent pour quelques expérimentations bien senties. Que ce soit par l'apparition inopinée du chant et des larsens maîtrisés sur le très réussi Grapes, ou bien l'insertion tout en douceur d'une trompette dans Monica Seles, ces nouveautés permettent au groupe de sortir de ses propres sentiers en terre battue, et par la même occasion, de surprendre joliment l'auditeur.
Pour terminer dans la métaphore sportive de mise ici, ce second essai est bel et bien transformé !






Brasser la merde