
chronique · 18 juillet 2014 · Rock / Folk
Radio Moscow
Magical Dirt
Face à ce disque, on comprend immédiatement : Radio Moscow ne s’embarrasse plus de la moindre espèce de subtilité, et laisse les crises existentielles aux faibles et aux oxfordiens.
par Mattooh
Et Radio Moscow (nouvel onglet) d’y aller franchement, notamment sur cette pochette où absolument tout, du champote géant en passant par la police et les formes et couleurs du décor, n’est que gigantesque cliché rétrophile. Pour un peu, on croirait à une caricature si Parker Griggs (guitare, voix, stylo, cerveau) n’était pas un individu si besogneux et fondamentalement obstiné. Cela a au moins le mérite d’annoncer la couleur, et ne de pas mentir sur la marchandise : on va bouffer du gros blues-rock à propulsion thermo-psyché pendant 45 mn, et faudra pas venir se plaindre parce qu’on le savait très bien.
La question, finalement, est de savoir si ce disque est du niveau des précédents ; eh bien, disons qu’il est du niveau du précédent (The Great Escape of Leslie Magnafuzz, 2011), à savoir un très bon disque dont la seconde moitié est éclipsée par une poignée de titres déments, judicieusement mis en avant. On ne tient pas un LP de la consistance de Radio Moscow (2007) et Brain Cycles (2009), et c’est le premier reproche que l’on pourra faire à ce disque.
Le second, c’est celui de catégoriser définitivement Radio Moscow comme un simple groupe de blues, certes sur-amplifié et dont les compos sont basées sur un niveau de technique et une vitesse d’exécution proprement ahurissants, mais dont la musique n’évoluera jamais. On aurait aimé des titres de 10 minutes tout en montées et descentes, des plages d’expérimentation et d’approfondissement maladif du psychédélisme, ou même du bruitisme délirant pourvu que Radio Moscow s’émancipe de ses gammes de blues ; il n’en sera rien. Tous les deux ou trois ans, Radio Moscow sortira le même album jusqu’à écœurement, si toutefois Parker Griggs est capable d’une telle sensation ; en maintenant près d’une dizaine d’années d’incessantes tournées et d’empilage de compositions filantes, ce garçon semble littéralement obsédé par sa matière première, et paraît en cela incapable de se lasser de son gagne-pain.
Eh bien, tant mieux pour nous. Savoir qu’à tout moment Radio Moscow est en train de jouer au taquet dans un rade aux tables gluantes ou d’enregistrer un solo hurlant dans un studio rempli de matériel analogique, c’est un réconfort sur lequel on pourra s’appuyer de temps en temps, par exemple dès que les Black Keys sortiront un nouveau disque. Pointons alors brièvement les réussites les plus imparables de ce nouvel album : Rancho Tehama Airport (déjà balancée sur le net et jouée depuis quelque temps), Death Of A Queen et Sweet Lil’ Thing, un bon vieux blues guitare/voix au feeling du genre tu peux pas test. Voilà trois titres qui viennent s’empiler sur le tas de classiques du groupe, et qui devraient squatter les setlists du groupe pour quelques années.
Tout le reste est très bon, mais moins entêtant. Sur Gypsy Fast Woman, Parker Griggs a tout de même le mérite de me faire mentir, en effleurant une nouvelle approche pour son psych-blues-rock : calmer un peu le tempo, retenir la tension et plomber les guitares. Voilà une voie qu’on aimerait voir approfondie à l’avenir, même si la nuance reste assez subtile.
Pour finir, tu connais le topo : tu te dois de voir en live avant de mourir ou d’acheter un SUV cette incarnation contemporaine et pressée du Jimi Hendrix Experience. Sache que les Radio Moscow y excellent, mais qu’exceptionnellement, aucune date en Franque n’est prévue pour l’instant. Ca ne devrait pas durer : tout comme tu ne peux plus te passer d’eux, eux non plus ne peuvent plus se passer de nous.






Brasser la merde
2 commentaires
Yannosh
"du gros blues-rock à propulsion thermo-psyché" BIM ! ouai c'est exactement l'effet que ça me fait... Bordel j'étais tout calme au taf depuis ce matin, terminé ! Merci pour la découverte ça déboîte j'adore.
Industrial
Du gros son.
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