
chronique · 3 septembre 2014 · Rock / Folk
Ty Segall
Manipulator
Ah bah quand même. On arrive en automne, et Ty Segall n’avait toujours pas sorti de disque cette année.
par Mattooh
Et tu sais pourquoi ? Parce que le disque qu’il annonçait de ses vœux en 2012, celui où il prendrait enfin son temps en studio pour associer entre elles des pièces variées, aux arrangements soignés comme jamais et aux ambitions pop haut de gamme, c’est finalement sur lui qu’il planchait, reclus. Le résultat s’appelle Manipulator, lui a pris 14 mois de boulot (de quoi sortir 3 ou 4 disques, à son échelle) et est d’ores et déjà dans les bacs et sur ton disque dur.
Fun fact : Ty Segall (nouvel onglet) est un garçon aux mœurs si vintage que ce disque annoncé comme un double album tient en réalité facile sur un seul CD (56 mn de musique), et n’est qu’un double album qu’en vinyle, donc pas au sens où on l’entend habituellement - c'est-à-dire 2h de musique, dont au moins 30 mn dispensable et 30 mn abominables, réparties sur deux interminables CD. Autant dire qu’il n’y a aucune raison de fuir face à cet album qui n’est pas trop long, qui n’est pas pompeux et ne repose pas sur un concept foireux dont tout le monde se branle. On peut même imaginer que les gens biens s’apprêtent à l’aimer en masse, et que cette unanimité pourrait finir par bassiner un peu si la machine s’emballait, mais c’est pas grave : c’est un superbe album.
On le savait depuis les quelques titres plus posés disséminés au fil des trois disques qu’il a sorti en 2012, Ty Segall n’est donc pas uniquement capable de jouer du garage-pop-grunge uptempo soulevant derrière lui un nuage d’étincelles électriques ; il sait aussi écrire de très bonnes chansons pop, classic-rock, surf ou même psyché/folk et au passage charmer les cadres-sup et tous les Télérama du monde. Ce n’est en tout cas pas son très ennuyeux album solo acoustique publié l’an dernier (Sleeper) qui l’aura démontré, mais Manipulator prouve à 17 reprises qu’en cuisine, Ty a eu raison de s’attarder, son sens incroyable de la mélodie étant capable de s’épanouir sous n’importe quel revêtement de guitare.
Car de guitare il est toujours autant question, et le travail à ce niveau est même de qualité supérieure. On a cette fois plus à se mettre sous la dent que la délicieuse mais traditionnelle distorsion thermonucléaire (encore à l’œuvre sur It’s Over, Feel, Susie Thumb ou The Crawler, irrésistibles), puisque se succèdent riffs acoustiques catchy (The Clock), duels enchevêtrés avec le copain Mikal Cronin (Tall Man Skinny Lady, géniale), symphonies de fuzz au service d’une mélodie haut perchée (The Connection Man), feeling pop de coquin (Mister Main) ou encore pop-folk boisée (Green Belly) ; bon, c’est festival, quoi.
Bref, Ty Segall est un surdoué de 27 ans complètement exaspérant, tant tout ce qu’il touche se transforme en potentiel album de l’année. Du coup, il s’est déjà construit une discographie magnifique à l’âge où les plus grandes rock stars faisaient leur pitoyable overdose après deux bons albums et demi. Alors qu’est-ce qu’on pourrait bien lui reprocher, à ce connard qui nous fout la misère à tous? Eh bien, si l’évolution de son chant vers des sphères plus crâniennes est tout à fait maitrisée et au service de belles mélodies bien amples (The Singer), on ne peut pas dire que Ty Segall se dévoile grand chanteur pour autant.
Il lui manque probablement quelques fêlures perceptibles dans de vils déraillements vocaux, ou des excès de vanité un peu dégueulasses ; comme un petit supplément d’âme et de fausses notes pour pénétrer le sanctuaire des rockstars éternelles. Ty Segall est certes hyper doué, mais il est aussi affable, érudit, humble, infatigable et semblerait-il, sain de corps et d’esprit ; t’as envie d’accrocher ça en poster, toi ?
Enfin, l’essentiel est qu’on n’essaie pas de nous en faire un nouveau Jack White, icône sans répertoire. Ty Segall a beau avoir la tête dans les années 60 et 70, il est finalement bien de son époque, qui n’a que faire des grand héros tourmentés qu’on vénérait jadis. Et il fait des putains de bons albums. Tous les ans.






Brasser la merde
2 commentaires
Cioran Celine Selby Suicide
il passe bientôt à la Cigale, tu conseilles le déplacement? Ou alors il est déjà trop mainstream et l'ambiance sera gâchée par des chemises à carreaux "Teleramesque"
Mattooh
Faut y aller, c'est une tornade en live. Un plaisir primaire. En plus y'a les très bons JC Satan en première partie. Si des chemises à carreaux peuvent te gâcher le plaisir, c'est que tu regardes pas où il faut.
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