silent weapons for quiet wars

chronique · 6 novembre 2012 · Expé. / Modern Classical

Roly Porter & Cynthia Millar

Fall Back : Live at Alderburgh

par Lexo7

Avant d'être l'auteur du chef d'oeuvre noisy Aftertime de l'année dernière, Roly Porter (nouvel onglet) faisait du dubstep viril et dévastateur au sein du duo Vex'd (Planet Mu). Mais ça, c'était avant que le bristolien ne donne un vrai sens à sa vie (le dubstep c'est le Mal). Et avant que le label Subtext (nouvel onglet) ne voit la lumière à travers les néons blafards, carnassiers et anxiogènes de Emptyset. Le jeune Roly est aujourd'hui scruté par ce que la scène noise/drone/expé compte de meilleur. Il a même ouvert la scène à Ben Frost lors de la soirée In Paradisum du 30 juin à la Gaïté Lyrique. Un set aride et pragmatique, à l'image d'Aftertime, de 45 minutes. Un peu trop pragmatique d'ailleurs, son laptop live étant surtout tributaire de la froideur d'Ableton et d'un aspect résolument distancier (qui donnait un caractère hautain à l'ensemble). J'ai voulu hurler pour qu'on me rembourse mon invitation. Je me suis abstenu, car en l'espace de cinq minutes, Ben Frost avait effacé la pourtant bonne prestation précédente des cortexs présents ce soir là.

La surprise fut d'autant plus grande et teintée de scepticisme, quand j'appris qu'une captation live avait été faite au recommandé Snape Maltings Festival à Aldeburgh, où Roly Porter se produisait en compagnie de la multi-instrumentiste Cynthia Millar. Subtext l'a éditée il y a quelques jours, et l'oeuvre est déjà presque introuvable. La qualité brille encore plus quand elle est parée dans la rareté. Il est donc plus que jamais temps d'en parler.

C'est étrange comme quelques notes égrainées de guitare, peuvent instantanément augurer d'un grand disque. Car dès l'entame de Three Brothers, Cynthia Millar vient, avec ses ondes Marthenot et sa guitare à résonateur (Dobro), révéler tout ce qui manquait à Roly Porter pour transformer ses live en véritables communions solennelles. Ce premier titre donne donc le ton, et se hisse comme un hypothétique temple à l'héro, érigé par un Ennio Morricone dans un jour un peu psychédélique.

La démarche de Roly Porter, elle, n'a pas changé. Ce son, abrasif et industriel, tout en déflagration et en graves abyssales, est capable de décharner tout ce qu'il touche. D'assécher en un instant les nappes plus ou moins phréatiques. D'anéantir le moindre soupçon organique résiduel. Tout le contraire de ce qu'est susceptible de faire la demoiselle qui l'accompagne aujourd'hui ? Pas complètement. On retrouve, du moins sur le dense et exceptionnel The Sea de clôture, les violons transis qui lui sont chers. Ceux qui avec onirisme et féérie, tapissent les gargarismes francs et granuleux issus de son laptop.

Il est donc ici question d'union, entre la rouille et la nature, entre le désert et les fontaines insondées. Pour que la caresse se conjugue à la menace. Pour que les éternels antagonismes s'épousent enfin, avec fracas épique pour apporter contraste et dynamique à l'écrin. A l'image des drones froids comme le chrome de Porter, qui s'unissent puis meurrent dans une même note, aux ondes délicates (comparables à des putains de flûtes) de Millar. Sans oublier l'omniprésence d'un patrimoine musical folklorique. Celui de l'Ecosse, terre rebelle et insoumise. Sur The Battle, on peut même sentir battre les couilles de William Wallace et de ses compagnons. Prêts, avec courage et ferveur, à défendre la verdoyance de leurs vallées éternelles face aux poussées de l'envahisseur. Voilà qui aurait plu à Henry Martin, créateur du Snape Mailtings et férus de ce genre de trucs. Les friches et les silences de The Field auraient encore bien besoin d'une centaine d'écoutes pour livrer tous leurs secrets. Ceux qu'on trouve dans les contes pour enfants qui se transmettent à travers les générations. Célébrant les éléments, l'ambivalence des conflits des hommes, et tout ce qui fait force dans la fusion.

Subtext serait bien inspiré de poursuivre dans la voie des lives series. Celle-ci fait figure de réussite absolue. Il n'est peut-être pas encore trop tard pour prétendre à ses bienfaits imprévus.

Fall Back ~ Roly Porter / Cynthia Millar / Rod Maclachlan @ Faster Than Sound, 2011 (nouvel onglet) from Rod Maclachlan (nouvel onglet) on Vimeo (nouvel onglet).

Lexo7

Brasser la merde

4 commentaires

  1. bob

    Peux-tu, stp, détailler la prestation de Ben Frost a la Gaité Lyrique? Je suis curieux d'avoir un avis sur celle ci, j'ai du mal a m'imaginer quelle tournure peut prendre un live de lui. Merci.

  2. lexo7

    Il est un peu tard pour que j'y revienne maintenant. Ce que je peux dire, c'est que c'était un des meilleur concert de ma vie. Spontanéité, semi-improvisation, batteur fou... Y a eu aussi un paquet de défauts (violoncelle qu'on entend pas assez voire pas du tout au début, fausses notes, problèmes électriques) qui on fait que le live était profondément humain. Un peu tout le contraire du set de Porter, qui lui était rigide, austère et froid. Un live laptop qui fait le taf mais qui casse pas des culs quoi.

  3. breubant

    Merci Lexo7, encore du bon à écouter.

  4. bob

    Merci beaucoup.

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