silent weapons for quiet wars

chronique · 27 janvier 2014 · Musiques électroniques

Shackleton

Freezing Opening Thawing EP

Cela fait plus d’un an que Shackleton a disparu des radars, un an que le maître de la bass music habité a pris la tangente. Et un an sans un titre de l’anglais à se mettre sous la dent, c’est long. Le voilà de retour avec un EP de trois titres, Freezing Opening Thawing, et le surprenant résultat n’est pas pour nous déplaire.

par B2B

Il faut déjà se mettre d’accord sur un point : Shackleton ne mérite pas d’être catalogué « artiste dubstep ». C’est même un affront que de vouloir lui coller une telle étiquette. Non, Sam Shackleton est un des rares artistes à proposer un univers unique et indéfinissable, reconnaissable en quelques secondes à peine. Tous ceux qui, comme moi, ont découvert l’anglais en 2009 (même si sa carrière débute dès 2004) lors de la sortie de Three EP’s, savent de quoi je parle. A l’époque, ce syncrétisme entre bass music, techno et abstraction m’était apparu comme une révélation. Tout reposait sur une ambiance malsaine, comme si on était lâché en pleine jungle humide, à devoir lutter avec sa machette pour éviter de finir bouffer par une nuée d’insectes gluants. L’année suivante, Shackleton confirmait son esprit d’aventurier des contrées hostiles avec le démentiel Fabric 55. S’en est suivit une collaboration fascinante avec Pinch, pour un album résolument plus tribal et austère, et la sortie en 2012 de Music For The Quiet Hour / The Drawbar Organ EPs, double album aussi hypnotique qu’angoissant.

L’année de silence qui vient de s’écouler semble avoir été l’occasion pour notre producteur de prendre du recul afin de questionner sa musique. Freezing Opening Thawing a beau ressembler à du Shackleton, il n’en demeure pas moins étonnant par son ouverture. Désormais, l’ombre et l’angoisse font place à la lumière et la danse (toutes proportions gardées, ne vous inquiétez pas).

L’EP repose principalement sur son titre éponyme, longue immersion -11min30- dans une bass music psychédélique et débridée. L’intro s’appuie sur la main mise d’instrumentations acoustiques enivrantes (on sent l’influence de l’Asie du Sud mais aussi de l'Amérique Latine) et la présence de voix lointaines, comme un chant de sirènes vous aguichant lentement. S’en suit un déferlement de modulations synthétiques au rythme d’une bass music mutante dont l’unique objectif est de provoquer une transe primaire par la biais d'arpèges répétitifs. Si le morceau tient la distance c’est surtout parce que Shackleton arrive à équilibrer parfaitement les instruments acoustiques et les bidouillages électroniques. Le ping-pong fait place à un mélange parfaitement équilibré. On retrouve cette même idée de dialogue sur White Flower With Silvery Eye, faisant la part belle à des tablas complexifiant la rythmique, et sur Silverkeys, au didgeridoo offensif. Les 3 morceaux se répondent à la perfection, réussissant à former un tout alors même que chaque titre fourmille d’idées et de ruptures de tons.

Shackleton a beau nous surprendre avec cet EP aussi foutraque qu’immersif, on reconnait cependant la patte unique de l’anglais derrière la moindre modulation. Décidément, ce mec est un tueur.

B2B

Brasser la merde

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