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Pochette de House of Woo

chronique · 5 mars 2013 · Musiques électroniques

Maxmillion Dunbar

House of Woo

C’est un peu toujours la même histoire avec Maxmillion Dunbar : avec lui on ne sait jamais sur quel pied danser.

par Julien Lafond-Laumond

Auteur d’un premier album intrigant en 2010 (Cool Water) et de singles parfois exceptionnels (« Bare Feet » en 2009, « Polo » en 2011), il est un producteur insaisissable, qu’on ne sait pas comment ranger ou définir. Dunbar flirte tantôt avec l’abstract hip-hop, tantôt avec le boogie-funk, tantôt avec la house, avec une propension non négligeable à sombrer aussi dans les expérimentations les plus chelous. Évidemment, il n’est dès lors pas étonnant de le voir participer par exemple à l’éclosion du fascinant et bizarroïde label new-yorkais L.I.E.S (nouvel onglet). Mais pour son deuxième LP, il nous revient sur un autre inclassable, RVNG Intl. (nouvel onglet), label où le nu-disco (Lauer, Tim Sweeney, Blondes) fait copain-copain avec le psychédélisme (Sun Araw, Julia Holter).

Sur leur planning des sorties, The House of Woo fait suite au Movement d’Holly Herndon. On comprend donc que, niveau cohérence et lisibilité sonores, les exigences du label ne sont pas très fortes. Tant mieux : Maxmillion Dunbar peut ainsi donner lire cours à sa créativité fort débridée. Et ce qu’il y a d’indubitablement appréciable, c’est que cette créativité s’exprime totalement et à tout moment. On le sait bien, chez beaucoup de compositeurs électroniques, il y a une part de travail à la chaîne : je prends toujours le même tempo, je place à chaque fois mes kicks et mes snares de la même façon, je construis mes morceaux sur les mêmes modèles préétablis – bref, je ne prends pas beaucoup le risque d’inventer. Chez Dunbar, au contraire, on sent que tout est à chaque fois mis en balance, que tous les chemins sont possibles et qu’aucun n’est fermé par avance.

Ce que cela provoque chez l’auditeur, c’est une forme d’inconfort. The House of Woo est un disque qui se traverse autant en jubilant qu’en fronçant les sourcils. C’est ça, la réelle mise en danger : on ne peut pas y rester neutre. Dunbar, comme à chaque fois, se garde bien de donner forme unique à ses tracks. Il se contente de les construire avec plus ou moins le même matériau de départ : des échantillons rythmiques particulièrement rêches et des synthés réverbérés souvent typés krautrock ou early IDM. À partir de ces éléments renvoyant à la fin des 80’s, Dunbar peut ensuite aussi bien élaborer des titres très percussifs que des divagations ambiant, il peut aussi bien développer ses contenus comme un producteur techno, comme un dj hip-hop que comme un James Ferraro. C’est le travail d’un beatmaker volage qui pour rien au monde ne renoncerait à sa liberté.

On est bien obligés de saluer la démarche, surtout quand elle accouche de tueries comme la somptueuse deep-house de « Woo » ou d’un titre abstract comme « Peeling An Orange In One Piece » – à rendre fou de jalousie les gars de chez Ninja Tune. Après, il y a beaucoup de choses qui me laissent aussi perplexes, par exemple l’étrange chute de tempo au milieu d’ « Ice Room Graffiti » ou bien l’immonde morceau final « Kangaroo ». Enfin, je vous laisse juge d’apprécier ou non toutes ces surprises qui jonchent House of Woo. Ce qui en est en tout cas certain, c’est qu’on tient-là l’un des disques électroniques les plus stimulants que l’on ait pu entendre en 2013. Et donc, rien que pour ça, ça mérite le détour sans hésitation.

Julien Lafond-Laumond

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