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Pochette de Corsicana Lemonade

chronique · 23 octobre 2013 · Rock / Folk

White Denim

Corsicana Lemonade

Originaire d’Austin, l’îlot progressiste du Texas, White Denim est un groupe à l’image de sa ville-berceau : tous deux parviennent à réunir art et technique de pointe.

par Mattooh

Ce qui frappe lorsqu’on voit White Denim (nouvel onglet) se produire en live (comme au Primavera 2012, ou à Dour cet été), c’est bien la virtuosité bluffante de ces quatre jeunes gens, tout en insolente décontraction. Plus encore que sur disque, on ressent les racines profondément américaines de ces compositions et notamment la parenté avec les groupes de jam-rock dont les Yankees à cheveux longs raffolent (Phish, Gov’t Mule, Dave Matthews Band, …). Et si certains réflexes instrumentaux et ce chant à la chaleur soul (quoique plutôt haut-perché) ne trompent personne, force est de constater que le résultat est un délicieux feu d’artifice qui ne vire jamais à l’orgie instrumentale, ni à la masturbation stérile. Le groupe ne jamme pas en public et s’en tient à ses chansons, qui restent relativement courtes.

Une chance pour nous donc, ces tendances potentiellement craignos ne font que doper l’énergie et la richesse de disques à l’esthétique plus indie- que prog-rock. C’est toujours vrai sur Corsicana Lemonade, quatrième album véritable album faisant suite aux excellents D (2011) et Fits (2009) – il existe aussi un premier album (mal) distribué sous deux noms différents en Europe et aux US, une compilation de raretés et démos (Last Day Of Summer) ainsi qu’une poignée d’EPs inauguraux. Ce nouveau disque, décrit par le chanteur/guitariste James Petrelli comme le premier restituant avec exactitude la manière dont White Denim sonne en live (ce que la plupart des groupes disent à chaque nouvel album), a été mixé et partiellement produit par l’omniprésent Jeff Tweedy. Rien d’étonnant en fait, étant donné la proximité artistique entre Wilco et White Denim : voici deux groupes devenus maîtres dans l’art de dé-ringardiser et radicaliser le country/classic-rock/americana des papas américains, en le télescopant avec un rock indépendant moderne et exigeant.

Corsicana Lemonade aligne une belle série de titres ultra addictifs : Pretty Green, Distant Relative Salute, Let It Feel Good (My Eagles), Cheer Up / Blues Ending, tout ça colle salement au cerveau. Le groupe semble toutefois avoir gagné en finesse de composition sur certains titres (Corsicana Lemonade, New Blue Feeling, A Place To Start) ce qu’il perd en finesse d’arrangements sur d’autres. Pretty Green, Come Back ou At Night In Dreams sont d’excellentes et grisantes compositions remplies de petits exploits de guitare-basse-batterie, mais l’imbrication électrique-acoustique et une certaine discrétion dans la virtuosité maintenaient auparavant la musique de White Denim dans les limites de ce qui est esthétiquement acceptable pour un indie-dude élevé dans le mépris de tout ce qui peut ressembler à de la guitare pointue. Or ici, certains riffs aux sonorités rutilantes franchissent une ligne rouge esthétique pour pénétrer dans ce qu’il convient d’appeler la zone grise marquant la vaste frontière entre Thin Lizzy ou les Allman Brothers et la musique pour les gens bien comme il faut. Ce petit péché de frime peut donc mener à un écœurement plus rapide, ou carrément à un rejet ; moi j’adhère, mais méfiance à l’avenir.

Le songwriting se situe quelque part entre la flamboyance de Fits et la classe de D sans toujours les atteindre, mais le groupe se fait plaisir et ses capacités techniques hors du commun font le reste. Les compositions sont fouillées (Come Back), les idées fusent de partout, et le disque regorge de plans qui donnent envie de rembobiner pour les écouter bêtement en boucle, comme l’ado que tu étais ne se privait pas de faire sur son lecteur de cassettes. Plaisir coupable ou non, tu auras donc plein de passages préférés sur Corsicana Lemonade. Et quand tu seras suffisamment obsédé par ces 10 titres, il ne te restera plus qu’à passer les voir le 12 novembre, au Point Ephémère (nouvel onglet) ; ils se déplacent peu en Europe et encore moins en France, alors ça mérite bien un post-it sur le frigo.

Mattooh

Brasser la merde

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