
Depuis vingt ans c’est la même affaire, le même style inimitable. Le trio australien est du genre casse-tête pour les professionnels : quelle étiquette leur accoler, dans quel bac les ranger ? The Necks défie effectivement les catégories traditionnelles, et pourtant à les écouter, tout est simple, limpide, évident.
Chez The Necks, les morceaux font entre 20 et 80 minutes. C’est de la musique en travelling, qui se déplace, qui évolue sans jamais cuter. Le mouvement est lent, très lent. Dès le début on semble y voir clair, un thème se dessine, une basse, un motif de piano, et puis la forme commence à changer, à se charger très discrètement, sans jamais se faire remarquer. La surprise, c’est plutôt de voir qu’en fin de morceau, nous ne sommes plus du tout au même endroit – nous ne nous étions à peine rendu compte que nous bougions.
The Necks emprunte au jazz la couleur des instruments, au courant minimaliste les structures répétitives, à la musique électronique les possibilités atmosphériques. Les trois sont de la partie à chaque fois ; et pour Open, titre-disque qui nous intéresse aujourd’hui, c’est encore la même chose. On dirait que le trio n’a jamais été aussi en forme, aussi sûr de son art. Open crée de la tension sans titiller la frustration, annonce le changement sans négliger le présent. Ce long morceau est en effet narratif, rivé vers un dénouement splendide, et chaque étape respire pourtant la nécessité, le placement méticuleux dans un puzzle global. Open a besoin de temps, besoin qu’on le suive dans ses déambulations, dans son solo de batterie antispectaculaire et dans son piano bégayant. Mais au bout du compte, l’histoire prend, le sens, jusque-là latent, devient manifeste : tout s’éclaire, on comprend tout, ce morceau est magnifique.






Brasser la merde
3 commentaires
Barde Stephane
un Necks ouvert aux vents et aux espaces, entre. A rapprocher de leurs cadets helvètes de Plaistow.
Niconi
Merci pour la découverte! J'ai énormément aimé "Drive by" également (trouvable sur soundcloud).
charly
Insane ! merci pour cette découverte
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