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Pochette de Everything Will Be Alright In The End

chronique · 3 octobre 2014 · Rock / Folk

Weezer

Everything Will Be Alright In The End

Viens par là, on va bitcher sur de la proie facile. Pas besoin de te fader la chronique dithyrambique d’un groupe dont tu n’as rien à branler, là tu vas pouvoir brasser la merde. T’aimes ça, hein ? Nous aussi, c’est bon pour la street cred'.

par Mattooh

Annoncé depuis des semaines comme LE disque de Weezer (nouvel onglet) enfin digne de succéder aux monuments de power-pop Blue Album (1994) et Pinkerton (1996), Everything Will Be Alright In The End est là. Note que je ne dis pas « est enfin là », car on ne l’a pas franchement attendu, la poubelle de Weezer débordant depuis trop longtemps. N’importe qui d’un peu sensé sait qu’il va encore se faire enfler, comme à chaque disque depuis le Green Album (2001), mais bon, on pourrait bien y pécho quelques bonnes chansons comme sur Maladroit (2002) ou le Red Album (2008), alors on n’est pas sur les dents mais puisque le voici, donnons lui sa chance.

A la première écoute, c’est la stupeur feinte : Everything Will Be Alright In The End ressemble bien plus aux dernières diarrhées du groupe qu’à l'Arlésienne émo. Je ne parlerai pas non plus d’un Raditude (2009) en puissance, parce qu’un tel sommet de médiocrité paraît difficile à réitérer à moins d’un AVC de Rivers Cuomo ou d’un disque de collaborations avec Fred Durst et l’orchestre symphonique de San Francisco, mais on a bien une moitié de ces nouveaux titres à effacer au plus vite de son disque dur et de sa mémoire d’adulescent inconsolable. On est loin de la candeur noisy de Pinkerton ou des perles mémorables du Blue Album, et quand on sait que le groupe a composé près de 200 chansons pour ce disque, on espère que le monde, qui ne va déjà pas si fort nous dit-on, n’aura jamais à entendre le rebut.

Il est grand temps d’admettre qu’une bande de quadragénaires en pulls de laine colorés ne peuvent plus écrire des chansons comme Across The Sea, Undone-The Sweater Song ou Tired Of Sex. Parce qu’ils ne sont plus des post-ados mal dans leur peau, qu’ils ont des enfants qui les aiment et pas mal de pognon, ou encore qu’ils organisent des tournées sur des paquebots pour rejouer leurs deux seuls bons disques en boucle face à des pigeons régressifs (nouvel onglet). Le problème de Rivers Cuomo, finalement, est qu’il est trop honnête pour ce business. Ses chansons d’aujourd’hui lui ressemblent comme elles lui ressemblaient back in the days, et c’est la raison pour laquelle il chante maintenant « Take me back, back to the shack / Back to the strat with the lightning strap / Kick in the door, more hardcore / Rockin out like it's '94 » quand il chantait, suant de mal-être et d’incompréhension face à son nouveau statut de college star « I wonder what clothes you wear to school / I wonder how you decorate your room / I wonder how you touch yourself / And curse myself for being across the sea ».

Everything Will Be Alright In The End n’est finalement qu’une image ressemblante et logique du Weezer d’aujourd’hui, une de plus : agréable quand il se laisse aller sans prétentions, et navrant quand il essaie trop fort de redevenir ce qu’il n’est plus. Du coup, les refrains sont souvent affreusement téléphonés et même le single, Back To The Shack, veut nous la jouer trop facile. Rivers Cuomo doit maintenant comprendre qu’un bon tube de Weezer doit avoir plus de deux accords. Weezer doit certes plus aux Ramones qu’à John Zorn, mais merde, c’est quand même pas compliqué : deux accords, ça donne Beverly Hills ou Back To The Shack. Undone-The Sweater Song (nouvel onglet) ou El Scorcho (nouvel onglet), c’est trois accords. Say It Ain’t So (nouvel onglet), quatre. Si t’as que deux accords, continue à bosser, mec.

A l’inverse, la triplette de fin qui voit Weezer se prendre pour Queen fait froid dans le dos et rappelle à quel point l’équilibre de l’exalté Pinkerton était instable, et impossible à retrouver. Comme toujours avec le Weezer des 15 dernières années, la crispation définitive est atteinte chez l’auditeur quand Rivers Cuomo, incapable de freiner son élan, s’échoue sur les notes suraigües d’un pont lyrique à faire gémir de douleur le punk en chacun de nous (I’ve Had It Up To Here, Eulogy For A Rock Band). Les ponts, voilà d’ailleurs bien le moment où Weezer se prend quasi-systématiquement les pieds en en faisant un exercice obligatoire même quand l’inspiration n’est pas là.

Mais soyons honnêtes, si il faut aussi oublier quelques soli de guitare absolument dégueulasses, l’album comporte de précieux moments où on y croirait presque : Go Away et Cleopatra sont mignonnes tout plein, et dans un moment de vulnérabilité, le refrain de Da Vinci fait son petit effet. La balourde Ain’t Got Nobody aurait mérité sa place sur Maladroit. The British Are Coming (ce titre !) fait même remarquablement illusion, avant que ce foutu refrain vienne encore tout saloper. Et allez, avant de subir le reste du disque, j’ai bien dû siffloter Back To The Shack quelques fois.

Je suis le premier à me repaître à l’occasion de cette nostalgie des 90’s et me réfugier derrière l’insouciance perdue des premiers tubes de Weezer, quand tout le reste a été essayé. On ne se refait pas. Mais quand même, ça peut être bien mieux fait que ça. On ne demande finalement pas grand-chose à Rivers Cuomo : qu’il vienne nous jouer le Blue Album et Pinkerton de temps en temps jusqu’en Europe, et qu’il publie un EP avec Weezer quand ça en vaut vraiment la peine. Everything Will Be Alright In The End n’est pas le pire disque de Weezer, c’est même le meilleur depuis le Red Album. Mais triompher de purges du calibre de Raditude et Hurley, ce n’est jamais qu’un petit regain de dignité, pas un exploit.

Mais peut-être faut-il encore attendre la crise de la cinquantaine pour que toutes ces tentatives mal branlées s’arrêtent ?

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. dim

    my name is Jonas i'm carrying the wheel...

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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